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Région Occitanie
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Finances
| 28/10/2026

« Sans les business angels, il n’y aurait pas de start-up », assurent les co-présidents d’Occitanie Angels

© Laurie Correia

Dans un contexte économique chahuté, alors que nombre de jeunes pousses peinent à se financer, Occitanie Angels se pose en acteur incontournable de la phase d’amorçage. Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, Pierre Carli et Philippe Nahoum, co-présidents du réseau de 170 investisseurs individuels, évoquent l’importance stratégique des business angels dans la chaîne de financement des start-up.

Quelles sont les missions d’Occitanie Angels ?
Philippe Nahoum (P.N.) :
Né mi-2025 de la fusion des réseaux Capitole Angels, dans l’ouest de la région, et Melies Business Angels, dans l’est, Occitanie Angels a vocation à accompagner les start-up du territoire lors de leur phase d’amorçage. Nous avons pris le meilleur des deux réseaux, dans une logique de synergie et de mutualisation. Depuis un an, ce travail de fond mené par nos membres bénévoles nous a permis de nous déployer de façon harmonieuse et égalitaire.
Pierre Carli (P.C.) : Nous nous positionnons en effet en phase d’amorçage, entre l’étape de la love money et des prêts d’honneur et celle de la série A. Nous aidons les entreprises à se développer et, en fonction des secteurs, à enregistrer leur premier chiffre d’affaires. Une levée d’amorçage va s’établir entre 300 k€ et 1,5 M€ en capitaux, avec ensuite un complément en dette bancaire. Sachant qu’il y a cinq ans, le ratio entre les deux était de 1 pour 1 et qu’aujourd’hui, nous sommes plutôt à 1 pour 0,5. Le dossier-type est une start-up désireuse de lever 500 k€ en fonds propres. Nous travaillons en synergie avec d’autres réseaux de business angels, qu’ils soient régionaux ou sectoriels. L’objectif est de consolider nos analyses et d’apporter un « plus » aux start-up.

Votre rôle dans la chaîne du financement est donc stratégique…
P.C. :
Soyons clairs : s’il n’y avait pas les business angels dans la chaîne du financement, il n’y aurait pas de start-up ! Car aujourd’hui, personne ne veut financer l’amorçage. Pour la plupart des fonds d'investissement, les dossiers sont trop petits et le taux de casse trop élevé. Il y a bien sûr l’alternative des plateformes de crowdfunding, qui est un modèle différent, avec parfois des commissions très importantes.
P.N. : Nous venons combler un manque dans la chaîne du financement. Cela devient capital pour les start-up.

Vous parlez de taux de casse élevé…
P.C. : Oui, schématiquement, on peut dire que sur dix start-up que nous accompagnons, sept vont se casser la figure, vivoter ou se transformer en PME. Sur les trois autres, nous aurons un retour sur investissement, avec un multiple plus ou moins important selon les cas. Pour les business angels, des dispositifs fiscaux existent, c'est vrai, mais ce n’est pas pour cela qu’ils s’engagent. Ils souhaitent avant tout participer à une aventure entrepreneuriale.

Quels types de start-up accompagnez-vous ?
P.N. :
Nous sommes un réseau généraliste. Nous accompagnons par conséquent des entreprises de tous les secteurs. Actuellement, nous étudions beaucoup de dossiers dans les domaines de la santé, de l’alimentation et de l’environnement.
P.C. : Dans l’ouest de l’Occitanie, outre la santé, l’aéronautique demeure un secteur très porteur en termes de projets, de même que le numérique.

Quels montant avez-vous engagé l’an dernier et quels sont vos objectifs pour 2026 ?
P.C. :
En 2025, nous avons injecté 1,2 M€ dans le financement de 10 entreprises. Cette année, la fourchette devrait être comprise entre 900 k€ et 1,2 M€, pour une dizaine d’opérations également.
P.N. : Notre activité est très soutenue car il faut savoir que nous recevons chaque année entre 250 et 300 demandes. Nous menons une trentaine d’instructions et investissons en effet dans une dizaine de dossiers. En sachant que si tout le processus est mutualisé, l’investissement, lui, demeure individuel.

Quels sont vos critères de sélection ?
P.C. : Nous sommes de plus en plus vigilants sur le marché, l’état de la concurrence, le potentiel commercial et, bien entendu, la nature de l’équipe.
P.N. : Ce dernier point est en effet très important, car nous devons être convaincus de la capacité de l’équipe dirigeante à s’adapter au marché et à la concurrence, dans un monde qui va de plus en plus vite. Parce que tout cela, c’est aussi de l’humain : nous devons anticiper la façon dont les personnes vont se comporter face aux embûches.

Votre communauté d’investisseurs individuels est en plein développement. Quels sont vos objectifs en la matière ?
P.N. :
Les business angels qui nous rejoignent disposent de compétences, de savoir-faire et d’expérience, qu’il s’agisse de personnes qui ont terminé leur activité professionnelle ou de chefs d’entreprise en activité. Tous ont une appétence pour la performance économique. Le sujet n’est pas de faire fructifier de l’épargne, mais avant tout d’œuvrer pour le développement économique du territoire. On peut commencer à investir à partir de 5 k€ ; c’est donc tout à fait accessible.
P.C. : Nous comptons désormais 170 membres, dont 21 qui nous ont rejoints depuis le début de l’année. Notre objectif est d’atteindre rapidement le cap des 200 membres.

Votre envergure régionale, fruit du rapprochement de Capitole Angels et de Melies Business Angels, vous permet-elle de muscler votre maillage territorial, d’aller chercher les projets dans tous les départements d’Occitanie ?
P.N. :
Cela fait partie en effet de notre stratégie. Avec l’agence de développement économique Ad’occ, qui anime le réseau IP+ (RésO Incubateurs Pépinières +, qui fédère les structures d’accompagnement et d’hébergement des créateurs d’entreprise à fort potentiel, NDLR), nous intervenons régulièrement au sein des incubateurs et des pépinières, dans toute la région. Nous présentons nos actions aux start-up, qui peuvent parfois être très en amont en termes de maturité. Nous effectuons un vrai travail d’évangélisation.
P.C. : Par ailleurs, nous proposons - à la fois en présentiel et, de plus en plus, sous forme de webinaires - des modules de formation, gratuits et ouverts à tous, présentant les différentes étapes du financement des start-up. Depuis trois ans, nous avons ainsi formé plus de 700 personnes dans tout le territoire.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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