Sakata finance la formation de futurs agronomes africains
Soucieux de préparer son déploiement en Afrique dans plusieurs années, le semencier gardois Sakata accorde une bourse de vie à un étudiant africain pour lui permettre de suivre un master 2 à l’Institut d’enseignement supérieur dédié à la recherche en agriculture, alimentation et environnement (Agro Montpellier).
Dans les laboratoires de Sakata, à Uchaud dans le Gard, Hezouwe Katado effectue son stage de première année en master Sciences et technologie de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement. Âgé de 32 ans, il est arrivé du Togo en septembre et étudie à l'institut Agro Montpellier, à Montpellier, où il a intégré la spécialité Sepmet (sélection et évolution des plantes méditerranéennes et tropicales). Ce cursus à 5 000 € l’année et qui dure deux ans, jamais le trentenaire n’aurait pu le financer. Il a été retenu par Sakata, grossiste en semences potagères et maraîchères, qui pour ses futurs projets en Afrique investit dans la formation de jeunes Africains. Hezouwe Katado est le deuxième à bénéficier de cette bourse généreuse qui prend aussi en charge un logement, les frais d’installation, un billet aller-retour vers son pays, des cours d’anglais, soit au total une somme de 46 000 €.
Avec ce projet qui doit permettre à des étudiants de se former, Sakata fait le pari de l’avenir. L’entreprise prévoit à terme de se déployer en Afrique de l’Ouest, où le défi des semences et de l’agriculture est immense. Sur place, la main d’œuvre n’a pas forcément les connaissances très spécifiques en agro-ingénierie. « Nous finançons les formations de potentiels futurs salariés, explique Hélène Chaptinel, directrice des ressources humaines. L’un de nos objectifs est de développer notre activité sur ce territoire où il y a des besoins forts en semences potagères. Nous souhaitons travailler avec les habitants de ces régions, qui auront les bonnes compétences en agro-ingénierie et la connaissance du terrain, les codes du pays. » Hezouwe Katado, diplômé de l’École supérieure d’agronomie de Lomé, savoure sa chance. « Au Togo, il n’y a pas cette formation pertinente pour devenir sélectionneur. Mon projet est d’avoir une compétence pointue en agronomie pour devenir sélectionneur car mon pays a de plus en plus besoin de personnes formées au changement climatique. Je m’intéresse aux variétés dont la culture respecte l’environnement et répond aux besoins des agriculteurs et des habitants. »
« Il s’agit d’une démarche innovante et vertueuse », observe Dominique This, enseignante-chercheuse et responsable du parcours Sepmet à l’institut Agro Montpellier : « Pour Sakata, c’est une façon de se créer un vivier de collaborateurs mais ce n’est pas une formation par apprentissage ni une bourse au mérite, on est plutôt dans un sponsoring. » Côté institut Agro Montpellier, ce partenariat permet d’ouvrir les rangs de la formation à « des étudiants qui n’ont pas la possibilité financière de se former en France. Les bourses ne sont pas toutes généreuses ni fréquentes. Cela correspond aux stratégies de développement de l’entreprise à l’intérieur d’un pays, en formant des jeunes qui connaissent parfaitement le terrain. » L’enseignante y voit un intérêt pour la promotion : « Ce sont des jeunes qui ont une belle motivation et une expérience du terrain avec une vraie connaissance des cultures. C’est une richesse et une complémentarité. » Les premières expériences du genre ont été menées par le passé avec Syngenta, mais ce genre d’initiative reste très rare et peu connue.
L’école comme trait d’union
Avec Hezouwe Katado, Sakata finance sa deuxième bourse. Auparavant, un étudiant originaire du Sénégal, Farba Gaye de la promotion 2018-2020, a bénéficié du même partenariat. Pour le faciliter, le service des relations internationales et des langues de l’établissement met en place avec le financeur les modalités pratiques et joue le trait d’union. « Notre rôle est d’accompagner l’étudiant dans toutes les démarches, explique Cécile Durand, chargée de projets au sein du service des relations internationales et des langues. Avec l’entreprise, nous nous accordons sur le montant de la bourse de vie des deux années et sur ce qu’elle inclut. L’étudiant est sécurisé de son arrivée jusqu'à la fin du cursus et sait qu’il percevra cette aide. Il peut se concentrer sur ses études. » Hezouwe Katado complète : « Je n’ai pas à trouver un job pour financer ma vie en France. Je me donne à 100 % pour mes études et je suis très bien suivi par l’équipe enseignante. Je travaille deux fois plus en biologie moléculaire car j’avais des lacunes. »
Sakata ne prévoit pas son développement en Afrique avant 2025. Mais comme l’explique le directeur Basile de Bary : « On ne peut imaginer se déployer sans la population locale. On aura besoin d’ingénieurs agronomes avec la double compétence : celle du terrain et celle de la recherche fine. Avec ce programme, on prépare demain en restant fidèles à nos valeurs et à nos ambitions. » ◆
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