Réindustrialisation : les recettes de Didier Pineau Valencienne

Invité, mardi 14 mai, par Sup de Co Montpellier (CCI) à propos des pistes de réindustrialisation du L.-R., Didier Pineau Valencienne (DPV), ex-président de Schneider Electric et nouvel actionnaire de Comeca (Saint-Mathieu-de-Tréviers), aux côtés de son fondateur Joseph Francis, a identifié trois gisements industriels potentiels dans la région : « la logistique, les services et les industries légères. Il faut avoir la bonne idée, d’un métier nouveau et utile, comme Joseph Francis l’a eu avec Comeca (équipements basse tension, NDLR). Il y a 28 ans, ils étaient quatre dans un garage. Aujourd’hui, l’entreprise compte 1 000 salariés ».
A propos de la logistique, DPV constate que les délais d’approvisionnement sont passés « de 30 jours à 3 jours à l’échelle mondiale. Il y a un savoir-faire à vendre en la matière, et votre région a sa carte à jouer ».
D’après lui, le L.-R. n’est pas condamné au statut de désert industriel. À 82 ans, l’homme d’affaires a gardé un optimisme intact. Exemple : « on espère faire franchir des paliers à Comeca, pour, pourquoi pas, atteindre un jour, comme Schneider, les 100 000 salariés dans le monde. Je ne raisonne pas en chiffres d’affaires, mais en emplois créés. Je ne suis pas dans la bulle financière, mais dans des histoires d’hommes », a-t-il déclaré, sous les applaudissements des 200 étudiants et décideurs présents.
La décentralisation, mère du favoritisme et du clientélisme
Ce capitaine d’industrie a multiplié les sorties polémiques, encourageant publiquement les jeunes créateurs d’entreprises à s’installer en Belgique, pour y échapper au fisc, et d’où ils pourront « attaquer les consommateurs français ». Il a par ailleurs brocardé toutes les politiques menées en France « depuis 45 ans », le dernier dirigeant digne de ce nom étant Georges Pompidou (décédé en 1974, NDLR). Il a qualifié la décentralisation de « catastrophique », générant, pêle-mêle, « dépenses inutiles, favoritisme et clientélisme. Les impôts locaux sont une machine infernale. » Vendéen d’origine, il a fustigé l’action de Ségolène Royal à la tête de la Région Poitou-Charentes : « ça fait 15 ans qu’elle subventionne Heuliez (voitures électriques), qui en est à sa 5e faillite. Imaginez le coût induit par employé, au lieu de financer des activités nouvelles ! A la BPI, elle voulait continuer à financer les canards boîteux. L’argent public n’a pas vocation à aider les entreprises, mais à créer les conditions pour qu’elles puissent se développer seules et exploiter leur potentiel de croissance. » Il s’est enfin étonné des propos de François Hollande en Chine. « Qu’a-t-il dit aux Chinois en un jour et demi ? "Venez en France tant que vous voulez. Rachetez notre patrimoine, nos châteaux, nos marques." Mais avec nos marques, les Chinois vont conquérir le monde ! Voilà une ineptie politique. Qui l’a dit dans le patronat ? Personne. Nul n’a moufté. J’enrage. Que Hollande s’entoure de conseillers qui le briefent, au moins, sur les choses à ne pas dire. »
Déclin
D’après lui, la France regorge d’atouts (niveau d’éducation, grandes écoles, infrastructures…), mais son déclin est consommé. « "Les grands pays le sont pour l’avoir voulu", disait de Gaulle. Cette volonté n’existe plus. Nous sommes plus préoccupés par nos RTT que par la croissance et le risque industriel. Les politiques ne sont que le reflet de nous-mêmes. Les mentalités ont changé dans un sens contraire à celui qu’il devrait être dans un marché mondialisé et concurrentiel. L’instabilité fiscale permanente et la réduction du temps de travail ont détérioré la compétitivité des PME et les prix de revient. Une heure de travail, charges comprises, coûte 34 euros à l’entreprise. C’est un frein considérable à la réindustralisation. Résultat : 500 000 emplois industriels détruits en cinq ans. »










