Région/Presse - Alain Plombat (Journaux du Midi) croit à l’avenir des journaux papier
Opposition de style, mardi soir à l’auditorium du Musée Fabre (Montpellier), où Alain Plombat, président des Journaux du Midi, a rendu compte de sa participation aux récents États généraux de la presse. ?D’un côté, Pierre Serre, pdg de Saga (Gazettes de Montpellier, Nîmes et Sète, ndlr), a dressé un constat noir de la presse écrite : « Je doute que les Etats généraux prennent la mesure de l’ampleur de la crise de la presse écrite papier, face à l’émergence successive, dans l’histoire, de trois concurrents : la radio, puis la télévision et aujourd’hui Internet. » Il écarte les gratuits, « déficitaires » et victimes de leur dépendance au marché publicitaire, mais prédit, à terme, la fin de la presse papier.?Alain Plombat défend une autre thèse : « Il y aura des journaux papier, qui permettent de se poser, de prendre le temps de la réflexion face à la fulgurance d’Internet et de la télévision. La vraie question, aujourd’hui, c’est : pourquoi ne peut-on plus lancer de quotidiens en France, aujourd’hui ? C’est un vrai problème. Des gens ont des idées mais y renoncent. Les deux quotidiens sportifs qui viennent d’être lancés auront du mal à passer l’été. Ils avaient un équilibre à 80 000 exemplaires et plafonnent à 30 000. La presse est dans un univers hyper concurrentiel, où les budgets publicitaires sont fragmentés. Comment peut-elle retrouver un nouvel équilibre et un nouveau modèle économique ? »Le mal n’est pas que français : « Le New York Times est obligé d’hypothéquer son immeuble pour assurer les fins de mois. Le Washington Post s’associe avec le Boston Globe pour faire des pages communes. Ce n’est pas neutre ! » ?Concernant les Journaux du Midi, Alain Plombat a indiqué un résultat d’exploitation (hors coût des départs dans le cadre du rachat des parts du Monde par Groupe Sud Ouest) de 2 M€ en 2008, « en progression par rapport à 2007 ». Le CA s’élève à environ 150 M€. « 39 % provient de la publicité et 61 % de la diffusion. » ?Manque de prospective « Fallait-il un président de la République pour convoquer la profession autour d’une même table ?, a interrogé Alain Plombat. Si la profession n’avait pas été un vaste troupeau de chats, où tout le monde joue l’individualiste, on aurait pu prendre nos problèmes à bras le corps il y a quinze ou vingt ans. La crise ne date pas d’hier. Elle remonte à la fin des années 70. Et depuis la Libération, il n’y a pas eu de réflexion globale et collective sur la fabrication et la distribution. On n’a pas fait preuve de beaucoup de prospective... La presse est une industrie. Or, en 60 ans, aucun budget n’a été mis sur la recherche et le développement. Est-ce qu’on a engagé des sociologues pour comprendre ? Quels sont les goûts des lecteurs ? Quel est leur niveau d’alphabétisation ? Comment une page se lit graphiquement ? On a élaboré les journaux au doigt mouillé, au pif, à l’expérience. Il faut débloquer des crédits pour la R&D. Enfin, le journalisme manque de données fiables. Il faut créer un observatoire de la profession. »?Sur l’augmentation des tarifs postaux : « Nous devons subir une augmentation des tarifs postaux de 25 % en cinq ans, soit 5 % par an. Compte tenu du service rendu, avec des journaux qui arrivent parfois à 11h ou midi, c’est compliqué. Il faut savoir raison garder. Sarkozy retarde cette augmentation d’un an, c’est une bonne chose. » ?Sur le poids de la publicité : « Un quotidien qui coûte entre 80 cts d’€ et 1 €, son prix de revient c’est 1,5 €, une fois qu’on a payé le papier (30 %), le transport, les systèmes informatiques et les rédactions. Si vous voulez équilibrer économiquement un quotidien et gagner un peu d’argent, il faut que la publicité fasse le delta. C’est un problème majeur : s’il n’y a pas de ressource, il n’y a pas d’indépendance de la presse, et pas de liberté de la presse. »??Une profession sinistrée, mais attractive ?La profession (36 000 cartes de presse attribuées en 2008) attire toujours autant, et pourtant beaucoup sont précaires, même à la sortie des écoles les plus prestigieuses (CFJ Paris, ESJ Lille) : « Cinq ans après leur sortie de l’ESJ Lille, 45 % des anciens étudiants sont pigistes, constate William Genieys, professeur de sciences politiques à l’UM1 et chercheur au CNRS. Sur ces 45 %, 10 % sont pigistes par choix. » Le nombre d’écoles reconnues par la profession devrait donc rester à douze pour quelque temps… ?Les États généraux de la presse se sont décliné en quatre pôles : métiers du journalisme ; fabrication et distribution ; Internet ; presse et société. Dans sa synthèse communiquée le 23 janvier, Nicolas Sarkozy a annoncé 600 M€ d’aides. ?H.V.










