Région/Manifestation – Grogne : le privé s’y met
Environ 20 000 personnes (estimation provisoire communiquée par la préfecture de l’Hérault, chiffre non définitif) ont défilé jeudi après-midi dans les rues de Montpellier.Nouveauté par rapport à la manifestation du 29 janvier : la présence massive du secteur privé : Eiffage Construction Languedoc (bâtiment), Carrefour, Auchan, IBM, Sanofi-Aventis, Système U Sud, secteur de la santé privée (cliniques du Millénaire, Saint-Roch, Rech…)… ?« Dans la région, on commence à connaître des difficultés dans le bâtiment et les transports surtout, déclare Christian Ventura, secrétaire départemental CGT. Aujourd’hui, le mouvement s’enracine dans les entreprises, c’est la différence essentielle par rapport à fin janvier. Il y a une volonté d’en découdre, pour améliorer les salaires et les conditions de travail ». ?« Rien n’a bougé depuis fin janvier, tempête Anne-Marie Lucier, aide-soignante depuis 34 ans, qui travaille à la clinique du Millénaire à Montpellier. On n’est ni écoutés ni reconnus. »?« Les négociations annuelles cette année se sont très mal passées : 1 % d’augmentation et réaménagement des horaires au détriment de l’organisation familiale, affirme Michel Chatagnier, délégué syndical CGT à Sytème U Sud (Vendargues, 1 000 salariés). Nos emplois ne sont pas menacés mais il faut une meilleure redistribution des richesses. Tout l’argent ne doit pas aller à quelques personnes. Je ne comprends pas la gestion de la crise actuelle par le gouvernement. Alors qu’il y a des wagons de licenciements, on casse les services d’aides, de solidarité, de santé … c’est maintenant que les gens vont en avoir le plus besoin ! » ?« On n’est pas considérés, renchérit François Alddrin, délégué syndical CGT Saint-Clément-de-Rivière, travaillant à la réception des marchandises. A Carrefour, un jeune entre avec les mêmes avantages que quelqu’un qui a 20 ans d’ancienneté. Il n’y a pas de reconnaissance. Le 29 janvier, on ne nous a pas écoutés, le gouvernement nous a donné quelques mesures. On veut que le Smic soit à 1 600 euros brut. » « Les mesures du gouvernement sont trop catégorielles, selon Philippe Benacquista, délégué syndical CGT et ingénieur informaticien au GIE Exa (services informatiques du Crédit Agricole). Le gouvernement aide le Crédit Agricole, mais nous on n’en voit pas la couleur ! Il y a une dépréciation de notre pouvoir d’achat, et trop de rémunérations variables qu’on voudrait voir réintégrer en fixe. Compte tenu de la crise actuelle, on sent que toutes les parties variables se réduisent comme peau de chagrin. Un ingénieur débutant sortant de l’école gagne à peine au-dessus du Smic et a ses évolutions de carrière et de salaire bridées. » « Nous défilons pour l’augmentation des salaires, la défense de l’emploi et des mesures adaptées pour que chaque citoyen sorte honorablement de la crise, déclare, en tête de cortège, Patrice Dugovic, du syndicat chimie-énergie CFDT de l’Hérault. Nous demandons la suspension du bouclier fiscal, nous voulons des heures supplémentaires non défiscalisées, sinon les patrons mettent tous les salariés au Smic. Il faut arrêter ça. C’est complètement nul. Ça fait que des pauvres, on ne s’en sort pas avec le Smic. »H.V.










