Région/Débat - Le L.-R. a-t-il envie de grandir ?, interrogent coach Canayer et Olivier Torrès
?Lors du forum « Confiance Attitude », organisé lundi soir par la Fédération Française du Bâtiment de l’Hérault, à Montpellier, l’entraîneur et manager de Montpellier Handball Agglomération a secoué l’auditoire, venu en nombre, en posant une question simple : « Sommes-nous dans une région qui a vraiment envie de grandir ? Vouloir aller de l’avant, c’est un état d’esprit, c’est se confronter aux autres, c’est accepter de se mettre en difficulté, en danger. » Se référant au monde du sport : « Un joueur de 37 ans qui a envie de progresser m’intéresse plus qu’un jeune de 25 ans qui ne veut pas avancer. » L’économiste montpelliérain Olivier Torrès a renchéri : « Je suis sidéré du nombre d’expressions françaises figées qui utilisent l’adjectif ‘petit’ : petit-déjeuner, petite amie, boire un petit coup… J’y vois un signe de défiance, de corporatisme, de défense de l’intérêt des siens au détriment de la prise en compte de la culture de l’autre. » L’universitaire explique cet état d’esprit par « le morcellement excessif du territoire : 36 000 communes, ça incite à ‘penser petit’. »« Une mauvais perception de la réalité peut faire prendre des mauvais choix »Selon Olivier Torrès, « la confiance, c’est la capacité à penser grand. En économie, la croissance est une croyance. Elle ne se décrète pas, elle s’éprouve. Avoir confiance en l’avenir a une influence sur la façon dont les choses vont se dérouler. » « On ne peut pas être performant sans confiance, a ajouté Patrice Canayer. Ça ne sert à rien de se dévorer de l’intérieur. Il existe des méthodes très efficaces pour être plus efficace dans son travail, mieux dans sa peau et dans sa relation aux autres. » Patrice Canayer, qui intervient régulièrement en tant que formateur auprès de grandes entreprises, a insisté sur les différentes facettes de la confiance : « Il y a la confiance en soi, la confiance en les autres et la confiance dans l’environnement : il faut avoir une perception aussi lucide que possible de la réalité, sans l’enjoliver ni la dramatiser. Même des joueurs chevronnés tombent dans le panneau. On a perdu un match récemment en Roumanie. Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de leur prestation et ai noté leurs remarques sur un tableau. Nous avons ensuite revisionné le match : ce qu’ils avaient dit initialement ne correspondaient pas à la réalité du terrain ! » « Une mauvaise perception peut faire prendre des mauvais choix », a constaté Patrick Ceccotti, président de la FFB 34.?« La réunion qui règle tous les problèmes, ça n’existe pas » ?? « N’ayons pas peur des gens compétents, dans le sport comme dans l’entreprise, a souri Patrice Canayer. Quelqu’un d’ultra compétent, comme Nikola Karabatic (recrue du Montpellier Handball cette année, et considéré comme le meilleur joueur du monde, ndlr), contribue bien sûr par son talent aux bons résultats de l’équipe, mais il insuffle aussi de la confiance, du niveau et de la sérénité aux autres. Il faut reconnaître le travail de tout le monde, et surtout celui accompli dans l’ombre. Karabatic n’a pas besoin de reconnaissance de ma part, d’autres le font à ma place. Par contre, je me dois, en tant que manager, reconnaître le travail de celui dont personne ne parle. Il faut donner à manger à tout le monde. La pire des choses, dans un travail, c’est quand il n’a plus de sens. »« Dans les entreprises, je vois des choses étranges, a-t-il poursuivi. On organise à prix d’or des séminaires pour soit-disant renforcer la dynamique de groupe, mais je me rends compte, en échangeant avec les salariés, que les gens ne se disent pas bonjour au bureau. Or, les petits gestes au quotidien sont plus importants qu’une réunion. La réunion qui règle tous les problèmes, les journalistes en sont friands, mais ça n’existe pas. »Patrice Canayer a ainsi évoqué les règles simples de communication et d’échanges qu’il impose aux joueurs du Montpellier Handball : « Je leur demande de se serrer la main avant chaque entraînement. J’exige aussi que tout le monde parle français dans le vestiaire, sauf bien sûr pour les joueurs étrangers qui viennent d’arriver. Enfin, les casques sur les oreilles sont interdits… » ?Patrice Canayer relève une grande différence entre monde du sport et de l’entreprise : « Le sport de haut niveau, comme l’artiste d’ailleurs - le danseur, le musicien, le chanteur… -, c’est 80 % de répétition et d’entraînement, et 20 % de compétition et de performance. L’entreprise, c’est l’inverse, surtout quand les structures sont de petite taille. Le dirigeant est toujours le nez dans le guidon. Prépare-t-il assez son staff à ce qui pourrait se produire ? Quand on est dans un temps fort, comment anticiper le temps faible qui va venir immanquablement, à un moment ou à un autre ? »??Hubert Vialatte?










