Raymond Couderc veut créer un pôle intermodal à l’aéroport de Montpellier
La Lettre M a interviewé le chef de file de l’UMP aux prochaines élections régionales sur ses projets économiques pour le Languedoc-Roussillon, et sur sa vision de l’action menée aujourd’hui par Georges Frêche. Parmi les propositions du sénateur-maire de Béziers : la création d’un pôle intermodal à l’aéroport de Montpellier, et celle d’une agence de développement touristique, Atout Languedoc-Roussillon.
Les parcs régionaux d’activité économique
Malgré toute la propagande qui est faite ici ou là, la région a acheté des centaines d’hectares à travers le territoire régional, mais il n’y en a pas un seul qui est occupé. Ce qui prouve que la stratégie est totalement décalée par rapport aux besoins. Je ne sais pas dans quelle mesure nous aurons la possibilité de nous dégager de cette politique qui, à mon sens, est totalement décalée par rapport aux besoins du XXIe siècle. La politique des pracs régionaux d’activité a réussi à Frêche sur Montpellier il y a trente ans. Aujourd’hui, le problème numéro un des porteurs de projets ou des entreprises installlées, ce n’est pas celui du foncier, c’est l’immobilier et la ressource humaine.
Dans le domaine de l’immobilier, les entreprises souhaitent ne pas immobiliser leur capital pour les bâtiments. Donc il faut trouver une solution pour les héberger et leur laisser les moyens d’utiliser leur capital pour un outil de production ou de prestation, selon la nature de l’entreprise. C’est ce qui me remonte de partout de la part des porteurs de projets : le foncier d’entreprise, ce n’est pas véritablement un problème. Du foncier, il y en a, et c’est facile à aménager.
J’ai toujours pensé que les parcs d’activités relevaient de l’action des collectivités locales. Ce sont les communautés de communes et les communautés d’agglomération qui doivent mettre en place ces parcs, avec éventuellement une aide de la part de la Région. Mais l’idée d’avoir un système régional de parcs est une idée totalement stupide. Parce que la gestion de ces parcs se fait au niveau local. Il faut bien sûr qu’il y ait une bonne coordination entre l’ensemble des structures existantes et qu’on évite des concurrences imbéciles. Par exemple, au sein de Béziers-Méditerranée, on arrive à faire des choses en se coordonnant. On a créé une pépinière d’entreprises commune. On n’est pas toujours sur le mode de la concurrence. On peut être sur celui de la complémentarité.
Les entreprises vont sur les parcs qui leur paraissent intéressants ! Un parc est bien placé s’il est à proximité immédiate de voies de communication et de desserte et, si possible, de croisements de voies de communication. Donc, il y a des choix qui peuvent paraître judicieux et d’autres, franchement… Salles-d’Aude, c’est une ineptie totale. C’est de la propagande pour dire : « regardez, on achète plusieurs centaines d’hectares ! ». En plus, c’est dans une zone inondable. Ce sont des hectares qu’un jour ou l’autre, on va revendre, parce que les entreprises que je vois passer, aucune ne va accepter d’aller là-bas, en plein milieu d’une zone rurale, loin des vrais carrefours autoroutiers.
Les aéroports
Il faut réaliser un véritable pôle intermodal autour de la plateforme aéroportuaire de Montpellier. Les passagers vont là où c’est le plus facile. Il faut, comme à Roissy ou Lyon, amener le TGV jusqu’à l’avion, qu’un passager qui arrive à Montpellier puisse prendre directement le TGV. Il faut également amener la ligne de tramway jusqu’à l’aéroport, au lieu de la faire passer à l’écart. Créer un véritable pôle intermodal donnerait un avantage compétitif considérable à l’aéroport de Montpellier. J’utiliserai tous les appuis dont je dispose auprès du gouvernement pour mettre en œuvre ce projet. Ce n’est pas en asséchant les autres plateformes aéroportuaires, comme veut le faire Georges Frêche, qu’on va augmenter le trafic de l’aéroport de Montpellier. Rapprocher les aéroports de Montpellier et Nîmes n’est pas non plus essentiel, ni urgent.
La LGV Montpellier-Perpignan
J’ai réussi à faire entendre ma voix, en allant jusqu’à aller voir le ministre pour lui expliquer l’intérêt de notre région pour la grande vitesse voyageurs. Qu’à côté de ça, on puisse faire passer du fret secondairement aux heures creuses, la nuit, pourquoi pas. Mais il faut donner une priorité absolue au trafic voyageurs. Dans ces conditions-là, je serai d’accord pour financer l’opération. C’est le levier fondamental pour mettre fin à la saisonnalité de nos structures touristiques. Si nous voulons véritablement gommer la saisonnalité touristique, il faut que nous puissions être à trois heures, pour Montpellier, à 3h30 pour Béziers-Narbonne, et 3h45 pour Perpignan, de Paris. C’est indispensable. Le Lubéron a complétement changé avec l’arrivée du TGV. Il faut donc que la ligne TGV soit principalement dédiée aux voyageurs, et à grande vitesse, entre 300 et 320 km/h. Et pas 250 km/h, comme on a essayé de nous le faire avaler pendant le débat public.
Les ports
Je vais poursuivre les investissements sur les ports, mais en faisant attention de ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. Par exemple, les fruits et légumes sont une vieille spécialité de Port-Vendres. Or, au lieu de renforcer l’existant sur Port-Vendres, on se met en tête de développer une nouvelle plateforme sur Sète. On va faire baisser le trafic de Port-Vendres pour augmenter celui de Sète. Je ne vois pas très bien ce que la Région va gagner à ça. Par ailleurs, je suis d’accord pour investir sur les ports, et pour mener une vraie politique de croisière. Jusqu’à maintenant, c’est vraiment anecdotique ce qui se fait dans ce domaine. Or mes amis sétois disent qu’il y a un énorme potentiel pour les croisières et qu’on doit renforcer les équipements pour recevoir les croisières. C’est une richesse considérable. Nos ports ont l’avantage de pouvoir servir de ports de secours par rapport à Marseille où les grèves sont fréquentes. Mais il ne faut pas rêver : Sète ne deviendra pas Marseille ou Rotterdam.
Les voies navigables
Ce qui est catastrophique, c’est que la Région a totalement coupé les ponts avec Voies navigables de France. Elle ne fait plus rien dans le domaine du transport par voie d’eau, ni pour le canal du Rhône à Sète, ni pour le canal du Midi, où la Région L.-R. est la seule à ne pas avoir contractualisé avec VNF. Le seul défaut du canal du Midi, c’est qu’il ne passe pas à Montpellier ! Lors de la séance du conseil régional du 20 novembre, Georges Frêche a décidé d’inscrire 3,6 M€ pour les études, et ensuite 36 M€ d’autorisations de programme pour la liaison par le Lez entre Montpellier et la mer, ce qui est une ineptie totale. D’abord parce que le Lez n’a plus d’alimentation en eau propre, puisqu’on est obligé d’y mettre de l’eau du Rhône depuis qu’on pompe dans la source du Lez pour alimenter Montpellier en eau potable. Or pour pouvoir faire de la navigation, il faut quand même qu’il y ait de l’eau, un courant. Deuxièmement, il va falloir faire des écluses. Donc il faudra un temps fou pour remonter de la mer jusqu’à Montpellier. Et Montpellier va devenir un garage à bateaux pour l’hiver. Je ne vois pas l’intérêt de dépenser 36 M€ pour cette opération alors qu’il y a des vrais priorités à mettre en œuvre dans le domaine économique. C’est pour la satisfaction personnelle du président, pour qu’il puisse voir des bateaux depuis son bureau du douzième étage.
L’agriculture
Quels sont les secteurs qui ont besoin de notre aide ? En premier lieu l’agriculture et la viticulture Il faut pouvoir assurer, sur des niches, de la reconversion. L’élevage est également une priorité. Hier, j’étais dans la Piège, à la limite de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Au total il doit y avoir 600 éleveurs en région. J’ai trouvé des gens qui avaient un sentiment d’abandon complet. On peut les aider à investir, à être plus performants, à supprimer un certain nombre de dépenses. Il y a une série d’actions à mener pour aider nos agriculteurs, qui sont aujourd’hui le secteur le plus sinistré de la région.
L’export
Dans notre région, nos entreprises sont très en retrait par rapport à l’export. Nous avons un déficit de 4 Md€ pour la balance commerciale régionale. Il faut aider les entreprises à être plus performantes sur le plan de l’exportation, rechercher les marchés, s’y installer. Il y a un vrai travail à réaliser en s’appuyant sur un outil totalement négligé aujourd’hui, qui est Sup de Co ? On a 500 étudiants sous la main. Tous ces étudiants font des stages. Ils peuvent apporter une aide aux différentes filières qui exportent.
Les fonds propres
Il y a un gros problème de fonds propres pour les PME et les TPE. Il faut que la région s’institue comme chef de file. Soridec est dotée de 25 M€. C’est ridicule. Ce n’est pas du tout à la hauteur du besoin. Il faut que Soridec se spécialise dans les TPE et qu’on augmente sa capacité d’intervention. Il faut qu’elle soit intégrée à l’ensemble des structures qui peuvent aider les entreprises, avec Oseo, avec la Banque européenne d’investissement. Il faut que la Région serve de chef de file et de coordonnateur, pour pouvoir répondre aux différentes demandes d’aides en fonds propres. Il faut mettre en place un comité de pilotage qui réunira les CCI, la Région, la Banque de France et différents partenaires qui peuvent apporter un éclairage sur l’utilisation de ces outils pour que ça réponde aux attentes et aux besoins. Ensemble, on sera en mesure de fixer à quel niveau il faut intervenir, et comment.
Sud de France
Sud de France est une bonne démarche dans l’absolu. J’ai bien l’intention de poursuivre cette démarche, mais de façon très différente, c’est-à-dire avec des normes de qualité. Je suis allé au show-room de l’Aria. J’ai discuté un peu avec tous les producteurs qui exposaient. Tous ont la même réponse : « attention danger ! ». Parce qu’aujourd’hui, n’importe qui prend la marque Sud de France, l’utilise comme bon lui semble, sans aucun règle, sans aucun norme de qualité, dans n’importe quel domaine. On peut très bien vous louer une chambre pourrie en bord de mer ou des produits alimentaires très mauvais sous la marque Sud de France. Je suis d’accord, c’est une bonne formule. Aujourd’hui, ça commence à avoir une visibilité, une notoriété. Mais ça peut se casser la gueule du jour au lendemain. Il suffit que quelques produits soient de mauvaise qualité pour annihiler les effets de notoriété de la marque. Il faut donc fixer des normes avec les professionnels.
Les Maisons de la Région
Je garde celle de Bruxelles et je ferme les autres, qui coûtent 6 M€ par an pour peanuts comme résultats. On va faire quelques économies et réorienter ces crédits vers la constitution de forces de vente sur la base du travail que fait aujourd’hui Sup de Co.
Les ressources humaines
Tous les porteurs de projets qui viennent nous trouver ont la même réflexion : quel est le niveau de formation de la main d’œuvre que l’on trouve ici. Est-ce qu’il y a des moyens faciles de former la main d’œuvre qui ne le serait pas. À mon sens, la Région n’est pas suffisamment adaptée et réactive. Elle envisage tout ce qui est formation des hommes de façon traditionnelle et classique sans avoir une capacité à réagir, à s’adapter rapidement pour répondre à des projets.
L’apprentissage
Je me suis occupé de l’apprentissage pendant des années à la Région. J’ai gardé des bonnes relations avec tout le réseau. La plus grosse difficulté, c’est celle des maîtres d’apprentissage. Il faut les aider davantage, faire en sorte que leur travail soit plus reconnu. Aujourd’hui, on donne un petit chèque à l’entreprise. Ce n’est pas suffisant.
Les lycées
En 2004, Georges Frêche nous a promis 12 lycées, puis neuf. Finalement, il n’a fait qu’appliquer le plan prévu par Jacques Blanc, à une exception près : le lycée Pierre Mendès-France à Montpellier. Il a construit au même rythme que l’équipe précédente, ni plus ni moins. Aujourd’hui, tous les jeunes sont accueillis dans des conditions acceptables. Ce n’est plus une urgence comme ça l’a été dans le passé. Il faut maintenant entretenir les bâtiments. On a certes construit des lycées nouveaux, mais certains lycées plus anciens, comme Jean-Baptiste Dumas, à Alès, sont dans un état déplorable.
Les énergies renouvelables
La politique de la Région n’est pas très visible dans ce domaine. Georges Frêche est même totalement opposé à l’énergie éolienne. Ce n’est pas mon cas. Je prône un développement maîtrisé et raisonné, en agissant avec discernement. L’éolien est positif, à condition de ne pas altérer les paysages. Pour le photovoltaïque, il faut être plus incitatif vis-à-vis des propriétaires. Quant aux fermes photovoltaïques, il ne faut pas que leur multiplication gâche nos paysages, qui sont particulièrement attractifs. Il faut les installer en priorité dans les terrains délaissés, les anciennes décharges. La France a la particularité de produire l’essentiel de son électricité par le nucléaire. Nous n’avons donc pas d’absolue nécessité de produire de l’électricité par le soleil et le vent.
Le tourisme
Je veux lancer en Languedoc-Roussillon une agence de développement touristique Atout Languedoc-Roussillon, sur le modèle d’Atout France. Elle fédérera l’action du Comité régional du tourisme et des services de la Région.










