Raphaël Petit (Oaklins France) : « Les consolidations vont se poursuivre dans le secteur aéronautique »
Raphaël Petit, managing partner d’Oaklins France, banque d’affaires spécialisée dans l’accompagnement des PME et ETI dans leur processus de fusion-acquisition et de levée de fonds, fait le point pour La Lettre M sur le phénomène de consolidation dans le secteur aéronautique régional.
Vous avez accompagné depuis Toulouse le projet de prise de participation majoritaire du groupe indien Wipro Infrastructure Engineeering (WIN) au sein du groupe Lauak, basé à Hasparren (64) et disposant de deux sites stratégiques dans le Gers (L'Isle-Jourdain et Saint-Germé), qui compte 1 800 salariés et enregistre 210 M€ de chiffre d'affaires. Dans quel contexte s'est déroulée cette opération ?
C'est un contexte particulier pour l'ensemble de la supply chain (chaîne de sous-traitance partenariale, NDLR) aéronautique, qui a devant elle un certain nombre de défis à affronter, de haies à sauter pour courir. Il y a tout d'abord le ramp-up (montée en cadence de la production, dans le sillage des commandes record enregistrées notamment par Airbus, NDLR), alors que de nombreux acteurs doivent rembourser leurs Prêts garantis par l’État (PGE). Dans ce contexte, les consolidations se poursuivent ; c'est d'ailleurs la volonté des grands donneurs d'ordre. Se rajoute parfois à cela - comme dans le cas de Lauak - le sujet de la transmission familiale. Ce groupe a fait un constat simple : pour continuer à grandir, faire des acquisitions et répondre à ses ambitions, il lui fallait préparer l'avenir. La famille Charritton m'avait ainsi mandaté il y a environ un an afin d'étudier les différentes options. Assez rapidement s'est dessinée la piste d'un investisseur industriel. La proposition formulée par Wipro Infrastructure Engineeering s'est avérée très attractive, avec des valeurs familiales proches.
Quels sont les détails de l'opération ?
Le format est un peu particulier, puisque Wipro reprend 51 % du capital de Lauak. D'ordinaire, c'est bien davantage. Pour ce groupe informatique indien, qui pèse 14 Md$ (soit environ 12 Md€, NDLR) de chiffre d'affaires, il s'agit de poursuivre une stratégie de diversification entamée dans l'aéronautique. C'est une acquisition stratégique, qui lui permet de tripler la taille de son pôle dédié au secteur. De son côté, Mikel Charritton reste président de Lauak pour plusieurs années. Le groupe peut désormais poursuivre son développement en s'appuyant sur un actionnaire disposant d'importants moyens financiers.
Au-delà de cette opération emblématique, doit-on s'attendre à une poursuite des consolidations dans le secteur aéronautique, notamment en Occitanie ?
Je ne vois pas de raison pour que le mouvement s'arrête. Bien sûr, les choses vont plus ou moins rapidement, avec un ralentissement lié au remboursement des PGE et des niveaux de free cash flow relativement bas, ce qui freine certaines acquisitions. La consolidation se fait à petite vitesse, ou avec des opérations un peu particulières ; mais le mouvement est bien enclenché et il se poursuit.
Quelles typologies d'entreprises vont se faire racheter dans les mois et les années à venir ?
Il est difficile d'établir des généralités, en la matière. Mais ce qui est certain, c'est que les petites entreprises d'usinage multi-sites trouveront de plus en plus difficilement preneurs. Car les acquéreurs sont aujourd'hui dans une logique de rationalisation. Ils se positionneront davantage sur des entreprises de MRO (maintenance et réparation, NDLR), de service ou d'équipement disposant de propriété intellectuelle.
La reprise de Lauak par un groupe indien est symbolique d'une tendance. Le sujet de la souveraineté se pose-t-il de plus en plus ?
Concernant la souveraineté, la Direction générale de l'armement (DGA) fait son travail ; pour tous les sujets qui relèvent de la Défense, les acquéreurs ont toujours des engagements à respecter. En matière de reprise, la réalité de terrain s'impose. Entre des groupes européens qui ont des situations financières difficiles et des groupes indiens disposant de solides moyens financiers, ce n'est évidemment pas la même proposition... Et j'insiste : l'idée n'est surtout pas de fermer des usines, mais bien de développer l'ensemble des sites.










