Pour le Medef, « la réforme des retraites reste centrale »
En visite à Montpellier, le 26 avril, le président délégué du Mouvement des entreprises de France (Medef), Patrick Martin, a accordé un entretien à La Lettre M. Après la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, ce dernier commente les chantiers à venir pour l’organisation patronale, dans un contexte économique complexe.
La Lettre M - Pourquoi venir dans l’Hérault ?
Patrick Martin - Nous sommes avant tout des entrepreneurs et le président de notre organisation, Geoffroy Roux de Bézieux, estime que c’est au plus près des entreprises et des territoires que les choses se passent. Le Medef compte à ce jour 120 structures territoriales pour être présent auprès des pouvoirs publics et législatifs locaux. Le Medef Montpellier Hérault (président : Jean-Marc Oluski) fonctionne remarquablement bien. Son action va bien au-delà du déploiement des messages que l’on peut avoir au niveau national. Il est force de proposition sur des thématiques auxquelles nous sommes très attachés : diversité, inclusion, RSE, environnement. Il y a ici une inflexion qui va au-delà des discours. Dans notre positionnement, dans nos convictions. Nous sommes très contents que tout ceci soit singulièrement retranscrit. En mieux.
Que pensez-vous de la réélection d’Emmanuel Macron ?
PM - Nous avons pris position entre les deux tours sur le seul sujet où nous sommes légitimes. L’économie. Le programme du candidat Macron nous paraissait le plus conforme à nos positions. Ce qui nous importe au Medef, c’est d’avoir des pouvoirs publics qui définissent des trajectoires claires et qui fonctionnent de manière harmonieuse. Avec la situation géopolitique actuelle et les défis environnementaux devant nous, le pays ne peut pas se permettre une période de chaos. Il y a sur le plan géopolitique deux gros aléas : la situation ukrainienne et la situation sanitaire chinoise, même si elles ne sont pas évidemment de même nature. Il y a un impact économique, on parle d’inflation ou de réorganisation des chaînes de valeur. Notamment sur les approvisionnements en métaux, en microprocesseurs. La mondialisation heureuse, c’est une page tournée.
Et sur la retraite ?
PM - Notre position n’est pas circonstanciée. Cela fait des années que l’on souhaite une réforme, non pas systémique mais paramétrique, des retraites. Il y a aussi un enjeu de rééquilibrage de régimes sociaux au sens global et pas uniquement des régimes de retraites. Sauf erreur, quand on travaille, on cotise aussi à l’assurance maladie et à l’assurance chômage. Le président de la République l’a lui-même indiqué, il impliquera les partenaires sociaux. Il est donc difficile de se prononcer avant le début des discussions. Néanmoins, le sujet de la réforme des retraites reste central, cela fait des années qu’on le dit. Il y a aussi un enjeu qui a jusque-là été un peu sous-estimé dans le débat politique, c’est celui du rétablissement des finances publiques.
C’est-à-dire ?
PM - L’endettement reste abyssal. Nous n’allons pas critiquer les mesures de soutien aux entreprises durant la crise sanitaire, dans le sens où nous avons formulé la demande. Mais cela ne représente qu’une part congrue de l’endettement public. Il faut trouver le bon dosage entre le maintien d’une activité dynamique et des investissements colossaux annoncés par l’État en matière de transition environnementale. Les économistes convergent vers une valeur comprise entre 2 à 3 % du PIB par an pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Ce qui fait 80 Md€ de dépenses supplémentaires. Pour corser l’équation, il y a un sujet de compétitivité. Le gendarme de paix, reste la balance commerciale. Ce sujet est préoccupant et cette question a été peu traitée dans le débat présidentiel. Nous souhaitions aussi poser, de manière construite et argumentée, le sujet de l’efficience de la dépense publique.
Qu’en est-il du remboursement des PGE ?
PM - On ne dira jamais assez que l’État et les banques ont remarquablement été efficaces pour distribuer plus de 700 000 PGE, pour 45 Md€. Et ce, en suivant les préconisations du Medef appelant à ne pas être trop sélectif, eu égard de la brutalité de la situation. 16 % des PGE, soit 120 M€, ont déjà été remboursés par les entreprises, dès la première année, voir la deuxième année de différé. Pour les autres, nous commençons à avoir des chiffres assez précis des réseaux bancaires indiquant un taux de sinistralité allant de 3 à 4 %. Ce qui est conforme aux projetions initiales de l’État. La situation va-t-elle dégénérer ? L’impact de la guerre ukrainienne accélère encore l’inflation avec des prix de revient qui augmente massivement. Il est encore très difficile de répercuter cette hausse dans certains secteurs. Je pense évidemment au BTP.










