Pointés du doigt, les assureurs de la région font les comptes
Pointées du doigt par certains acteurs économiques, notamment les fédérations professionnelles dans l’hôtellerie et restauration ou encore dans l’agriculture, pour leur manque de soutien durant la crise du Covid-19, les compagnies d’assurance pâtissent actuellement d’une image plutôt mitigée. La Lettre M s’est entretenue avec plusieurs acteurs locaux du secteur.
« Aujourd’hui aucun autre organisme en France, mis à part l’État, n’a autant contribué à financer les mesures destinées à compenser l’impact de la crise que les assureurs, estime Stéphane Juan, co-dirigeant d’Assurinco (courtier en assurances, 52 salariés, CA : 7,5 M€ Toulouse). Au total, toutes compagnies d’assurances confondues en France, l'ensemble de leurs actions représente plus de 3,5 Md€. » Au-delà d’un accompagnement humain - « Au 11 mai, nous avions passé 115 000 appels auprès de nos clients », explique Michel Penet, directeur général de Groupama Méditerranée (CA : 651 M€, 1 483 salariés, siège : Aix-en-Provence) – la plupart des compagnies d’assurance ont en effet soutenu financièrement la crise du Covid-19. « Au global, la contribution de Groupama Méditerranée (pour perte d’exploitation, remboursement prime…) représente environ 20 M€ », évalue Michel Penet. Sur ce montant, 4 M€ correspondent à des remboursements de prime pour les risques professionnels, entre 8 et 12 M€ sont liés à des pertes d’exploitation et 1,7 M€ au remboursement de deux mois de cotisation sur le matériel agricole. Même réaction du côté de Sada Assurances* dont les principaux clients sont des courtiers. « Nous n’appliquons aucune franchise et autre mesure de report en cas de déclaration tardive des sinistres pour loyers impayés. Le coût de ces mesures proposées à nos clients, nous l’estimons à environ 1,5 M€ », détaille André Hess, président de Sada Assurances. La compagnie a également suspendu les mises en demeure pendant le confinement et jusqu’au 24 juin. Un geste qui représente plus de 12 M€ de prime ».
La question des pertes d’exploitation
Le point qui a concentré beaucoup de frustrations de la part des assurés, est celui des pertes d’exploitation. « Nous avons un certain nombre de contrats qui prévoient une perte d’exploitation pour fermeture administrative, pour les campings et les restaurants par exemple ou encore des crèches privées qui ont des garanties de cette nature, souligne pourtant Michel Penet. Pour ces clients nous avons mis en jeu notre garantie perte d’exploitation. » Par ailleurs, bon nombre de contrats d’assurance ne prévoient tout simplement pas de garantie pour fermeture administrative ce qui ne permet pas aux assurés d’être indemnisés. Une situation qui pourrait évoluer, surtout en cas d'accord public-privé avec l'État, considère Stéphane Juan : « C'est déjà le cas par exemple avec le risque de catastrophe naturelle ou les attentats. » De son côté, André Hess rappelle : « Notre profession est très réglementée. L’ACPR, notre organisme de contrôle, nous impose d’avoir un certain montant de provisions afin d’être en mesure de garantir les sinistres de nos assurés. Ce niveau de provisions n’a pas été assoupli pendant la crise. » Pour Stéphane Juan, les assureurs ont agi en ordre dispersé et la profession n’a pas su communiquer de façon homogène sur ces actions vis à vis de ses clients. Un constat qui tendrait à expliquer, du moins en partie, l’incompréhension, voire le mécontentement de certains professionnels envers leurs compagnies d’assurance.
* Filiale du groupe allemand DEVK, 125 salariés dont 110 à Nîmes. CA : 147 M€, résultat net : 10,6 M€.










