Patrick Berger, Directeur régional de la Banque de France à Toulouse « En 2014, la croissance devrait être plus forte qu’en 2013…»
A quelques jours de la fin de l’année, sans attendre la visibilité des chiffres du dernier trimestre, Patrick Berger, donne sa vision sur la santé de l’économie régionale.
Quelle est la situation économique de Midi-Pyrénées en cette fin d’année 2013 ?
De façon globale, l’économie régionale continue incontestablement à profiter des effets d’entraînement de l’aéronautique. Dans ce secteur, les carnets de commandes sont pleins, la visibilité reste bonne pour les prochaines années, le taux d’utilisation des outils de production est remonté au-dessus de 80%, toutes les conditions semblent réunies, au vue des paramètres macroéconomiques, pour réinvestir. Toutefois, cette bonne santé sectorielle, dont on ne peut que se féliciter, ne doit pas masquer la situation plus contrastée d’autres secteurs. Si depuis l’été dernier, les chiffres de l’économie semblent mieux orientés, ils ne prêtent pas pour autant à l’euphorie. On est sur un sentier de croissance positif, mais cette croissance reste fragile, avec des disparités très fortes entre les secteurs. L’hôtellerie et la restauration souffrent. La situation dans le BTP reste préoccupante.
D’autres inquiétudes pour 2014 ?
Tous les indicateurs montrent qu’en 2014, la croissance devrait être plus forte qu’en 2013. Toutefois, cette reprise reste très lente. L’analyse doit être prudente : on est sur une phase de croissance qui a besoin d’être consolidée. Après deux années déjà difficiles, les prévisions pour le bâtiment restent sombres. Dans les TP, on assiste à une relance de certains chantiers. Mais ce phénomène semble s’inscrire très temporairement dans le cadre des élections municipales. Il n’y a aucun signe de reprise durable du secteur. Un autre sujet est exprimé par certains chefs d’entreprises du secteur de l’ingénierie, qui s’inquiètent de la baisse des investissements dans les futurs grands programmes aéronautiques. C’est un vrai sujet. Mais pour l’heure, nous n’avons pas de signes alarmistes et nous relevons des réponses contrastées chez les principales entreprises concernées, selon qu’elles sont, ou non, positionnées sur l’accompagnement des programmes en cours, où le volume des innovations à venir reste élevé.
Où en est-on du côté du crédit aux entreprises ?
Il faut le dire et ne pas hésiter à le répéter : les banques en Midi-Pyrénées ont accompagné le développement des entreprises régionales, qu’elle que soit leur taille. La dynamique a même été plus forte qu’ailleurs. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par la Banque de France, à la demande de la Région Midi-Pyrénées auprès des PME et TPE indépendantes. Il n’y a pas eu de crédit crunch en Midi-Pyrénées.
Pourquoi les entreprises se plaignent-elles de difficultés sur l’accès au crédit ?
A l’automne 2008, le blocage des crédits n’a en fait duré que quelques semaines, mais cela a marqué les esprits. Très vite, les pouvoirs publics ont mis en place des outils et notamment la médiation du crédit. Dans les faits, le grippage a cessé très vite. Je ne dis pas que tout est parfait, mais il n’y a pas eu d’asphyxie. Le crédit aux entreprises ne cesse de progresser, et ici plus qu’ailleurs. Sur l’ensemble des crédits aux entreprises, la progression a encore été de 0,3% au niveau national, en septembre 2013, par rapport à septembre 2012 et de 2,5% en Midi-Pyrénées. De leur côté, les banques soulignent une baisse de la demande.
Pourquoi certaines entreprises sont-elles encore inquiètes sur leurs relations avec les banques ?
La situation est globalement favorable, toutefois il subsiste des foyers de vigilance.
Les chiffres globaux sont toujours à prendre avec précaution. Sur les PME dites indépendantes, la progression du crédit reste moins favorable que pour les grandes entreprises et surtout, en ce qui concerne les crédits courts termes de trésorerie.
Où en est la médiation du crédit en Midi-Pyrénées ?
Nous constatons une baisse régulière des saisines. Au plus fort de la crise, de fin 2008 à début 2009, le rythme des saisines était de l’ordre de 90 à 100 par mois. Actuellement, il est à peine d’une vingtaine de dossiers. Les banques jouent mieux le jeu, c’est incontestable. En revanche, on constate que les dossiers qui arrivent à la médiation sont souvent plus délicats et présentent de vraies difficultés. Il n’empêche que le taux de succès reste intéressant : supérieur à 60%. Ce qui démontre que la médiation du crédit est un dispositif vivant, utile et efficace. Si un chef d’entreprise n’arrive pas à convaincre sa banque, je ne peux que l’encourager à faire appel à la médiation.
Propos recueillis par Marina Angel
Encadré
Les conclusions d’une enquête régionale
La Région Midi-Pyrénées a confié à la Banque de France une étude destinée à mesurer l’évolution du financement des entreprises industrielles régionales sur la période 2007-2012 en regard de leurs performances économiques et financières. Cette évolution a été réalisée sur un échantillon de 1 600 entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 K€. MPS a obtenu la primeur des premières conclusions :
• Une industrie constituée d’une majorité de TPE (effectif inférieur à 50 salariés) indépendantes (97% des entreprises régionales) ;
• Une sinistralité en baisse mais qui touche plus particulièrement les PME les plus anciennes et les TPE les plus jeunes ;
• Une industrie en croissance et créatrice d’emplois, essentiellement portée par les grandes entreprises (effectifs supérieurs à 250) ;
• Un effort d’investissement dans les moyens de production mais un ralentissement du développement des capacités de production depuis 2009 avec un recours accru à la sous-traitance et au personnel intérimaire ;
• Une répartition de la richesse créée favorable aux salariés qui ont bénéficié sur la période de revalorisations salariales, rapprochant
les salaires moyens régionaux des données nationales ;
• Des équilibres financiers marqués par un bon niveau de capitalisation et un faible endettement ;
• Un accès au financement bancaire assuré avec des encours de crédits qui augmentent de 6% alors qu’ils reculent de 14,5% au niveau national. Ces encours de crédits profitent essentiellement aux TPE (55%) ;
• Des encours de crédits qui accompagnent essentiellement l’investissement alors que les besoins de trésorerie sont en baisse grâce à des fonds propres mieux constitués ;
• Le quart des entreprises régionales demeurent toutefois fragiles : faiblesse des fonds propres, endettement élevé et 16% cumule les deux difficultés. Parmi celles-ci figurent des entreprises stratégiques pour le territoire.
(Source : Conseil Régional Midi-Pyrénées)










