Pascal Mailhos, préfet de région : "Je prône un État proche, modeste et réactif"
Filières d’avenir, infrastructures, Plan Littoral… Interview de Pascal Mailhos, préfet de la région Occitanie, le 12/9 à Toulouse.
Pascal Mailhos, quel est le grand défi économique de la région ?
Il y a une courbe en ciseau entre croissance démographique et croissance économique. À l’heure actuelle, l’Occitanie est la 5ème région de France d’un point de vue démographique et en 2022, elle sera 3ème, devant Nouvelle-Aquitaine et Hauts-de-France. Mon souci, que j’essaie de partager avec les collectivités, c’est que nous soyons aussi la 3ème région économique de France. Il faut éviter que cette croissance démographique, qui est une chance, ne soit un obstacle. Plus de personnes, c’est plus d’emplois, plus de logements, plus de mobilité, plus de besoins en eau : il faut que notre région soit en capacité de l’assurer.
Les points forts sont connus : santé, numérique, aéronautique et spatial, innovation, patrimoine, tourisme, agroalimentaire. Un zoom sur l’un d’entre eux ?
La filière agroalimentaire et agricole emploie le plus de salariés, contrairement à ce que l’on croit. Mais les branches qui la composent - viticulture, production de céréales, l’élevage – sont insuffisamment structurées. Nous sommes depuis des siècles une région de production, moins une région de transformation. Nous produisons, mais n’apportons pas assez de valeur ajoutée. Prenez la filière bois, dont les assises régionales se sont tenues le 12/9. Nous sommes le 2ème massif forestier de France. Peu de gens le savent. On produit du bois, mais sa valorisation se fait ailleurs ! Se doter d’outils de transformation, pour gérer sur place la collecte, la transformation et la commercialisation, est une priorité.
Le poids économique de l’Occitanie est-il suffisant ?
Avec 151 Md€ de PIB, l’Occitanie n’est pas si éloignée de la Catalogne (190 Md€), poumon économique de l’Espagne. Quand Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon étaient séparés, ils ne faisaient pas la maille avec la Catalogne ; aujourd’hui, si. C’est positif, mais il ne faut pas décrocher. Beaucoup d’entreprises et d’emplois se créent, mais pas assez par rapport à la croissance démographique.
Vous avez été désigné pour élaborer le schéma directeur de la transversale Sud (Bordeaux-Toulouse-Montpellier-Marseille), pour améliorer cet axe ferroviaire afin de le rendre plus attractif au regard des perspectives de développement du territoire. Où en est-on ?
Cet axe ferroviaire fait partie des 3 lignes structurantes à l’échelle du territoire national, dont l’État demeure l’autorité organisatrice. Le cadencement des trains est insatisfaisant entre les deux métropoles de la région. Les horaires de départ et d’arrivée ne sont pas adaptés à des gens qui veulent faire des journées pleines dans l’autre métropole. Une augmentation significative du trafic est attendue dès 2018, avec le passage de 6 à 8 liaisons quotidiennes. Deux utiliseront le nouveau contournement Nîmes Montpellier (CNM), avec l'ouverture de la gare nouvelle de Montpellier Sud de France. L’objectif est de finaliser le schéma directeur à l’horizon de l’hiver 2018.
Lors de la rencontre avec les préfets, le 5/9 à Paris, Emmanuel Macron a évoqué des contrats financiers avec les collectivités, dans le cadre de la baisse des dotations accordées par l’État. Quels sont la méthode et l’agenda de ces contrats financiers ?
L’idée est de ne plus prélever sur les dotations des collectivités, comme cela a été fait les années précédentes, mais de leur demander d’identifier les secteurs dans lesquels elles peuvent économiser. L’État vérifiera si les économies réalisées sont à la hauteur des efforts demandés. Le président de la République a annoncé la mise en place de ces contrats avec les 300 collectivités représentant 80 % de la dépense publique en France, c’est-à-dire les Régions, les Départements, les métropoles, les communautés d’agglomérations, les grandes villes… Si la méthode nationale, la négociation se fera à l’échelle régionale.
Le chef de l’État vous a aussi demandé d’agir en « entrepreneurs de l’Etat » : ça veut dire quoi ?
Cela signifie le droit à l’expérimentation, l’adaptation des normes réglementaires, la gestion des sujets au plus près des territoires. Lors de son passage à Toulouse, le 11/9, Emmanuel Macron a par exemple cité en exemple les expériences menées dans la Ville rose pour le logement des plus défavorisés. Ce n’est pas pour autant qu’il faut en faire un modèle national. Il s’agit de faire preuve d’inventivité sur le terrain, de formuler des propositions, de demander des adaptations de texte, pour que les besoins des interlocuteurs locaux trouvent des réponses. Les acteurs économiques ne veulent pas de représentants de l’Etat qui s’abritent derrière des phrases-type : « les normes ne le permettent pas », « ce n’est pas prévu ». Je prône un État proche, modeste et réactif. Avec la fusion des deux anciennes régions et l’harmonisation des politiques, notre encadrement supérieur s’est mis en mode projet depuis deux ans. Le but est désormais de faire partager cette méthode à l’ensemble des fonctionnaires.
Le Plan Littoral 21 est lancé par la Région et l’État. Ce n’est pas le premier plan lancé pour moderniser le littoral languedocien et catalan…
Il est cette fois urgent d’agir pour redonner du souffle à ce territoire. Dans les communes littorales, la moyenne de réserve foncière disponible, pour accueillir des logements et des activités économiques, n’est plus, en moyenne, que neuf ans, indique le Conservatoire du Littoral. Ce qui signifie que dans 9 ans, il n’y aura plus de capacité à se développer sur le littoral. Si nous voulons, sur le trait de côte, concilier croissance démographique, préservation de l’environnement et usage des sols, une politique beaucoup plus volontariste s’impose : réinvestissement des centres-bourgs, utilisation des dents creuses, plus grande densification, ... L’État, qui a nommé un directeur de projet pour le Plan Littoral 21, Raynald Vallée, sera très attentif aux plans locaux d’urbanisme des communes littorales. De nombreux projets vont dans le bon sens : urbanisation d’une dent creuse au Grau-du-Roi (urbaniste : Joan Busquets), éco-port de Béziers Méditerranée, requalification des quais du port de plaisance à Gruissan… Il y aura un effet démultiplicateur de cette démarche Plan Littoral 21, dans le logement, la recherche, la plaisance, la pêche et les activités pérennes.










