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Hérault
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Conjoncture
| 18/03/2022

Organisation du travail : la donne change

Hybridation du travail, partage de la valeur, montée en puissance de la RSE : la crise a accéléré la mutation du monde du travail. Invité par le Medef Hérault Montpellier le 8 mars, Benoît Serre, DRH de L’Oréal France, partage sa vision sur ces évolutions.

Chez L'Oréal France – 11 000 salariés – « 98 % des personnes dont le poste permettait le télétravail ont signé l'accord mis en place à ce sujet dès octobre 2020, rapporte le 8 mars son DRH Benoît Serre, par ailleurs vice-président de l’association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), devant un parterre de chefs d'entreprise montpelliérains. La preuve, selon lui, que le mode de travail hybride – présentiel/distanciel – est enclenché.

« Près de 80 % des DRH interrogés par l’ANDRH estiment qu’il n’y aura pas de retour en arrière sur ce point », souligne-t-il. Et le prix élevé de l’essence ne devrait pas inciter les actifs à reprendre massivement leur voiture pour se rendre au travail. « En France, 25 % environ des salariés ont opté pour le télétravail quelques jours par semaine, relève Benoît Serre. Les candidats le demandent lors des entretiens d’embauche. Nous risquons même de constater un défaut d’attractivité sur les métiers ne permettant pas le télétravail. »

Hybride et équilibré
Quand elle est possible, cette hybridation du travail nécessite toutefois de fixer certaines règles, estime le DRH de L'Oréal France, qui préconise de limiter le télétravail à deux jours par semaine pour éviter la déconnexion avec l’entreprise. « Les entretiens annuels ne peuvent pas se faire à distance, les comités de direction non plus, de même que le dernier échange d’un processus de recrutement. » Le DRH prévient : « Sans ces précautions, l’entreprise perd sa dimension collective et n’est plus qu’une somme d’individualités. » À ces règles s’ajoute l’obligation pour le manager de faire évoluer son mode de fonctionnement qui, traditionnellement en France, est « très présentéiste », rappelle-t-il. « Le manager “soleil“, qui tient son pouvoir par son rayonnement sur les personnes autour de lui, doit revoir son approche. Le management doit être fondé sur la confiance. »

Autre impératif selon le DRH de L'Oréal France : « La question du partage de la valeur, qui va bientôt se poser ». Une refonte des modes de rémunération est l’une des grandes attentes des collaborateurs, explique-t-il. « Cela fait des années que les dirigeants associent leurs équipes à la stratégie de l’entreprise, il est assez logique de les associer aussi aux retombées, à l’intéressement. Chez Leroy Merlin, 15 % du capital est détenu par les salariés : cela génère une dynamique totalement différente », précise celui qui a travaillé durant dix ans au sein de l’enseigne de bricolage. Et ce dernier de souligner également l’importance de répondre à la quête de sens des actifs, qui ont besoin de comprendre l’impact de leur mission dans toute la chaîne de valeur de l’entreprise. « La première étape de cette compréhension est de bien connaître le poste de son collègue de bureau », émet-il.

Engagé et social
Au même titre que la dimension environnementale, l'engagement social des entreprises, notamment vis-à-vis de leurs salariés, revêt une importance accrue depuis ces deux dernières années. « Après une sortie de crise, il y a souvent un phénomène de décompression, alerte Benoît Serre. Les managers et DRH doivent être vigilants sur ce point. » Le bien-être au travail passe, entre autres, par une vigilance particulière quant aux dérives potentielles du télétravail, qui peut susciter des phénomènes d’isolement et de burn out, met en garde Benoît Serre. Convenir, par exemple, de plages horaires au sein desquelles les appels téléphoniques et les visioconférences professionnelles sont proscrits est une nécessité, estime-t-il. Sans cette implication dans les sujets RSE, les entreprises risquent de perdre en attractivité, en particulier auprès des jeunes actifs. « Le rapport à l’entreprise a changé et la confiance n’est pas donnée, elle s’acquiert, constate le vice-président de l’ANDRHC’est aux entreprises de prouver qu’elles méritent l’engagement de leurs salariés. » Un engagement qui doit être cohérent pour remporter l’adhésion des équipes.

Stéphanie Roy / roy@lalettrem.net
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