Olivier Nicollin : « Nous restons à l’affût d’opportunités de rachats »
Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, le président du Groupe Nicollin, spécialisé dans la collecte, le traitement des déchets, les services, l’eau et l’assainissement, revient sur la stratégie de croissance externe de l’ETI depuis quatre ans. Le principal employeur privé de la métropole de Montpellier évoque aussi les axes de développement de l’entreprise dans un contexte économique toujours incertain.
Comment se porte le Groupe Nicollin ?
Nous essayons d’amortir les événements qui se sont déroulés en 2022. Tout d’abord, l’inflation et ses répercussions sur nos achats. Nous avons aussi accordé des augmentations salariales à la quasi-totalité de nos employés, soit une revalorisation de 6 % au niveau du pôle environnement et de 5,5 % pour la branche services. Nous éditons 8 500 fiches de paie pour 7 800 équivalents temps plein, dont 1 338 basés dans la métropole montpelliéraine.
Vous venez de boucler le dernier exercice avec un chiffre d’affaires de 550 M€. Ce dernier va-t-il progresser en 2023 ?
Nous avons enregistré 150 M€ de chiffre d’affaires sur la partie services et 400 M€ pour l’activité environnement. Je ne fixe pas d’objectifs chiffrés en 2023. Si nous reprenons le fil de l’historique du groupe, la croissance est élevée depuis quatre ans. Il y a seulement deux ans, le chiffre d’affaires s’élevait à 400 M€. Depuis, nous avons étoffé notre back-office pour pouvoir digérer cette croissance. Avec une remise à niveau de l’ensemble des services support. Et nous intervenons sur des marchés publics, avec des appels d’offres dont l’issue est incertaine.
Cette croissance passe-t-elle aussi par des acquisitions ?
Depuis quatre ans, nous avons engagé des opérations de croissance externe ciblant de “petites” entreprises réalisant entre 5 et 10 M€ de chiffre d’affaires. Ce sont clairement nos cibles, avec plusieurs opérations bouclées durant cette période : Vidimus en Gironde, Usinet dans la Loire et Caronet en Moselle. Autre acquisition sur un marché à fort potentiel : celle de Fast dans le Val d’Oise. Il s’agit toutefois d’une entreprise de taille plus modeste. Plus largement, notre cap consiste à nous maintenir dans cette voie en conservant un ratio d’endettement cohérent, de l’ordre de 0,92 % de l’excédent brut d’exploitation. Nous sommes sereins à ce niveau.
Envisagez-vous des opérations en Occitanie ?
Rien n’est ciblé pour le moment, nous continuons de scruter le marché. Mais avec l’acquisition du girondin Vidimus en 2018, nous avons mis un pied dans le Sud-Ouest en direction de Toulouse et de Bordeaux. Nous n’avons pas d’a priori sur ce territoire.
L’an passé, vous avez aussi racheté auprès de Veolia deux centres de tri de déchets à Nîmes et à Montpellier.
Veolia se séparait de l’ensemble de ses activités liées aux déchets industriels dans ces deux villes. Nous avons fait affaire. À ce jour, nous devons avoir une quarantaine d’agences dans le segment de l’environnement, incluant la collecte de déchets et la propreté urbaine. Nicollin Services compte pour sa part 35 antennes. Essentiellement dans le nettoyage industriel et plus modestement dans la sécurité. Nous sommes aujourd’hui présents partout en France, hormis dans le Grand Ouest et dans le centre du pays.
Quid des start-up ?
L’an passé, nous avons réalisé des prises de participation minoritaire dans le domaine du réemploi auprès de Scop3 à Montpellier et d’Indigo à Paris. Cette dernière est une plateforme gratuite de don d’objets permettant de limiter la production de déchets. Indigo propose aussi un calculateur d’économie de CO2. C’est une activité qui peine à démarrer, mais je pense qu’elle est vouée à se développer dans les prochaines années.
Quelle est votre capacité d’investissement ?
Nous sommes endettés à hauteur de 60 à 65 M€. Nos investissements demeurent néanmoins réguliers, notamment dans le renouvellement de notre flotte à horizon de six à huit ans. Concernant la croissance externe, nous n’avons pas de schéma précis. Nous pouvons consacrer 20 M€ sur une année et rien au cours des suivantes. Tout dépend des opportunités.
Vous avez construit une centrale solaire sur l'un de vos sites du Rhône. Les énergies renouvelables sont-elles un axe fort de développement ?
Cela fait partie des projets que nous souhaitons développer. Nous disposons de nombreux bâtiments. Le coût de l'énergie va donc devenir un défi important à relever pour notre groupe. Nous disposons par ailleurs d'une flotte de 700 poids lourds et venons de commander 50 camions électriques pour renouveler ce parc. Ces nouveaux véhicules sont livrés au fil de leur production. Une fois opérationnels – fin 2024 et début 2025 –, notre consommation énergétique annuelle va augmenter de 35 %. Et nous arrivons cette année au terme d’un contrat de trois ans avec EDF, négocié sur une base tarifaire de 2020. La renégociation pour les trois prochaines années aura lieu en septembre. Je suis donc un peu inquiet de cette évolution programmée de nos coûts énergétiques. Enfin, à titre personnel, je suis conscient des enjeux liés à la transition écologique.
Quelles sont vos perspectives pour 2023 ?
Nous devons accentuer notre politique RSE et veiller à nos dépenses avec l'objectif de consolider l'entreprise. Il ne faut pas se leurrer. Si nous sommes une société de taille significative, nous faisons face à de nombreuses difficultés. Et les incertitudes sont réelles pour les mois à venir. Sans être pessimiste, la situation économique est compliquée pour tout le monde. Nous ne serons pas épargnés.











