Fil infos

Languedoc-Roussillon
|
Finances
| 24/02/2021

Nathalie Bulckaert-Grégoire (Caisse d’Épargne L.-R.) : « Nous voulons devenir le banquier d’une entreprise sur quatre »

PGE, lancement de la banque judiciaire, montée en puissance auprès de la clientèle entreprises…Nathalie Bulckaert-Grégoire, récemment nommée mandatrice du pôle Banque de développement régional, au sein de la Caisse d’Épargne Languedoc-Roussillon*, fait le point sur l’actualité et les ambitions de la caisse régionale dans un entretien à La Lettre M.

Banquier historique du secteur public, mais aussi du logement social et de l’ESS, la Caisse d’Épargne a une marge de progression sur le segment des entreprises. Quelles sont ses ambitions ?
N. Bulckaert- Grégoire :
Si nous sommes déjà un acteur reconnu dans l’accompagnement financier des entreprises, nous souhaitons intensifier notre rôle auprès d’elles. Actuellement, nous sommes le banquier d’environ une entreprise sur six, nous avons l’objectif de passer à une entreprise sur quatre. Récemment arrivée dans la région, je suis surprise par le dynamisme de ce territoire. Nous souhaitons accompagner son développement en soutenant les projets d’infrastructures par exemple, le logement, et en capitalisant sur les forces locales telles que l’écosystème santé, la silver économie et, plus largement, l’innovation.

En matière de soutien aux entreprises, combien de prêts garantis par l’État (PGE) avez-vous accordé jusqu’à présent ?
La Caisse d’Épargne L-R a consenti 3 700 PGE, ce qui représente 376 M€. Nous sommes la première banque à avoir mis en place le PGE sur le territoire. 50 à 60 % de ces PGE n’ont toutefois pas été consommés par les entreprises bénéficiaires qui gardent l’argent sur leurs comptes, comme matelas de sécurité. Nous avons également reporté automatiquement 10 500 échéances de crédits.

Ce soutien massif au tissu entrepreneurial va-t-il se poursuivre ? De nombreux dirigeants craignent des difficultés accrues pour l’octroi d’un nouveau prêt ?
Nous ne sommes pas dans une logique de stop and go. L’économie n’est pas à l’arrêt et nous voulons répondre présent. Cette crise est aussi une période d‘opportunité pour certaines entreprises qui vont pouvoir faire de la croissance externe, relancer leur outil de production…

La crise sanitaire risque aussi d’entraîner des défaillances d’entreprises dans les mois à venir. En prévision, vous avez lancé début janvier la Banque de l’Orme (Montpellier), à qui s’adresse-t-elle ?
Environ 50 000 défaillances d’entreprises ont été comptabilisées en France en 2019, contre un peu plus de 30 000 en 2020. Il risque donc d’y avoir un rattrapage en 2021. La Banque de l’Orme vise à adresser cette problématique majeure. Nous anticipons d’accompagner au moins une centaine d’entreprises d’Occitanie, clientes ou pas, qui se retrouveraient en procédure collective cette année. Une équipe de quatre personnes, dirigée par Stéphane Vaney - qui dispose de plus de trente ans d’expérience en banque judiciaire -, est mobilisée au sein de la Banque de l’Orme. Au-delà de cette banque judiciaire, nous travaillons aussi au développement d’un dispositif complet avec du reprofilage de la dette dans sa globalité afin de redonner de l’oxygène aux sociétés. Cela consiste aussi à leur donner une nouvelle capacité d’emprunt pour faire des investissements, les aider à monétiser leurs actifs, trouver plus de souplesse et d’agilité dans l’accompagnement en s’appuyant bien sûr sur le digital. En la matière, nous aidons nos clients, en particulier les commerçants et artisans, à développer le e-commerce.

Des orientations qui s’inscrivent dans les grandes lignes du futur plan stratégique 2022-2024 de la Caisse d’Épargne…
Oui, il est actuellement en gestation mais un des objectifs est de coller au plus près à nos territoires et à ses besoins. Cela a déjà commencé avec la création d’une banque privée, puis de la Banque de l’Orme. Nous allons aussi accentuer nos expertises déjà marquées notamment en énergies renouvelables, en maritime. En janvier, nous avons aussi créé un centre d’affaires Entrepreneurs qui s’adresse aux entreprises dont le CA excède 750 k€. Nous allons développer des pôles d’expertise au sein de nos centres d’affaires existants.

Vous accompagnez des acteurs de la promotion immobilière, sentez-vous une inquiétude du secteur ?
L’année 2020 a été plutôt bonne car beaucoup de permis de construire (PC) avaient déjà été obtenus avant la crise sanitaire. La situation risque de se tendre cette année car il y a un ralentissement dans la délivrance des PC. Mais la demande est là. Montpellier a besoin de bureaux. Nous allons continuer à accompagner ce segment ainsi que le résidentiel.

La Caisse d’Épargne n’investit pas directement dans les entreprises, comment se traduit votre soutien à l’innovation ?
Nous sommes partenaires d’acteurs de premier plan tels qu’Irdi Soridec gestion. Nous avons aussi un dispositif, Neo Business, dédié aux start-up et entreprises innovantes. Nous avons mis en place un comité Neo Business, qui permet à des entreprises de présenter leur projet devant des membres de notre banque ainsi que des personnes référentes de leur écosystème. À l’issue de ce processus, nous labellisons, ou non, des entreprises qui pourront ensuite bénéficier d’un accompagnement dédié et d’un financement assez souple pour développer leur projet. Nous jouons un rôle de facilitateur et ouvrons notre réseau d’experts à ces entreprises.

*1 500 collaborateurs, 180 agences bancaires, quatre centres d’affaires, PNB 2019 : 291,3 M€, siège à Montpellier.

Propos recueillis par Stéphanie Roy / roy@lalettrem.net
Bloc Abonnement

La Lettre M sur votre bureau chaque mois, la newsletter quotidienne à 18h, toute l'actualité en temps réel sur lalettrem.fr, les magazines thématiques, le guide « Les Leaders, ceux qui font l’Occitanie », la référence des décideurs d'Occitanie