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Languedoc-Roussillon
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Institutions
| 31/03/2014

Municipales : le triomphe des dissidents

En Languedoc-Roussillon, les candidats « anti-système », ou s’affichant en dehors des partis, ont raflé la mise. À Montpellier, le divers gauche Philippe Saurel a fait de son exclusion un atout pour balayer le candidat officiel du PS, Jean-Pierre Moure. À Narbonne, l’avocat Didier Mouly reprend le flambeau de son père, l’ancien maire Hubert Mouly, à la tête d’une liste divers droite, mais qui se veut « apolitique ». À Carcassonne, l’ancien maire divers droite Gérard Larrat reprend la ville au PS Jean-Claude Perez, après avoir fusionné sa liste avec celle de sa rivale UMP Isabelle Chésa. À Béziers, l’ancien secrétaire général de Reporters sans frontières a joué habilement de l’étiquette Front national : le journaliste proche des réseaux d’extrême droite a cultivé jusqu’au bout l’ambigüité sur ses relations avec le parti de Marine Le Pen, assurant représenter « tous les Biterrois ».

• Le PS subit une cuisante défaite. Il perd Montpellier, au profit d’un dissident socialiste, ainsi que Narbonne et Carcassonne, conquis par des candidats divers droite. Le PS parvient néanmoins à conserver des villes moyennes, comme Bagnols-sur-Cèze, Mende ou Lodève.
• L’UMP conserve ses bastions de Perpignan, Nîmes, Alès, Sète et Agde. Mais il perd Béziers face au candidat du FN.
• Le FN conquiert une grande ville, Béziers, grâce à une triangulaire FN/UMP/DVG. Il enlève également Beaucaire, dans le Gard, à la faveur d’une lutte fratricide à droite, qui provoque une quadrangulaire. En revanche, les duels FN/UMP sont fatals à Louis Aliot à Perpignan et Gilbert Collard à Saint-Gilles.
Montpellier : la surprise Saurel 


« C'est le plus beau combat que j'ai mené ! » C'est par ces mots que le candidat DVG Philippe Saurel, très ému, a commenté dimanche soir sa large victoire, devant l'Hôtel de Ville. Le dissident socialiste fait perdre au PS une grande ville (265 000 habitants) qui lui était acquise depuis 1977, date de la première des cinq élections de Georges Frêche. Philippe Saurel, soutenu à la dernière minute par la maire sortante Hélène Mandroux (PS), l'emporte largement, avec 37,54 % des suffrages, soit dix points d'avance sur Jean-Pierre Moure, candidat PS (27,40 %) et l'UMP Jacques Domergue (25,88 %). Ce dernier n'a pas su profiter de la guerre de succession que se livre la gauche montpelliéraine, depuis le décès de son patron, Georges Frêche, en octobre 2010. En remportant la capitale du Languedoc-Roussillon, Philippe Saurel crée la surprise. Crédité d'à peine 9 % d'intentions de vote lors des premiers sondages, fin 2013, cet élu de terrain, bien connu des Montpelliérains (il a occupé la délégation à l'urbanisme, puis, actuellement, à la culture), a peu à peu grignoté son retard face aux candidats UMP (Jacques Domergue) et PS, pour finalement l'emporter dans la dernière ligne droite. Exclu du PS pour avoir maintenu sa candidature malgré l'investiture de Jean-Pierre Moure, président de l'agglomération, Philippe Saurel a joué à plein la carte de l'anti-système. Il n'a eu de cesse de qualifier son adversaire socialiste de « maire de Cournonsec », petit village de l'ouest de Montpellier, pour le décrédibiliser aux yeux des électeurs. Jean-Pierre Moure, en tête dans tous les sondages, jusqu'au dernier paru jeudi, subit un cuisant échec, malgré le soutien des caciques socialistes régionaux - présidents du conseil général et de la Région Languedoc-Roussillon en tête.
Côté programme, Philippe Saurel promet d'arrêter de grands équipements impulsés par Jean-Pierre Moure, notamment la 5e ligne de tramway (« Il faut d'abord que la ligne 3 rallie la mer, et que la ligne 4 fasse le tour du centre ville ») et le quartier d'affaires Ode Nature urbaine, le long de l’avenue de la Mer. Il annonce également la fin de la marque économique « Montpellier Unlimited », d'après lui impulsée par une agence de communication à des fins purement mercantiles, et sans aucune retombée réelle.
Robert Ménard (FN) triomphe à Béziers
Béziers vire FN. Une victoire en forme de plébiscite : la liste conduite par Robert Ménard, soutenue par le FN (et par Debout la République, le Rassemblement pour la France et le Mouvement pour la France), l'emporte largement (46,98 % des voix), face à l'UMP Elie Aboud (34,62 %) et au socialiste Jean-Michel du Plaa (18,38 %), qui s'est maintenu malgré l'appel de Jean-Marc Ayrault à faire barrage au FN. Ménard, qui a joué sur l'ambiguïté de sa position (il n'est pas membre du FN), confirme ainsi son score surprise du premier tour (44,88 %, sept à huit points au-dessus des estimations des sondeurs). Pour le Rassemblement Bleu Marine, c'est la plus importante victoire de ces élections municipales - Béziers, 75 000 habitants, est la deuxième ville de l'Hérault -, et la 2e dans l'histoire du parti frontiste, après Toulon en 1995.
À 60 ans, Robert Ménard, fondateur de Reporters sans frontières, a su ratisser large, bien au-delà du seul socle de l'électorat FN, en jouant sur son aura internationale (le journalisme, l'engagement militant, le boycott des JO de Pékin en 2008), sur les ruines d'une UMP locale à bout de souffle (l'actuel maire, Raymond Couderc, est élu depuis 1995), sur sa jeunesse passée au bord du canal du Midi et sur ses racines pied-noir (il est né à Oran), communauté-clé à Béziers.
Depuis presque deux ans, Robert Ménard mène campagne auprès des Biterrois. Après des mois de porte à porte, il constate « un fort rejet du système. Beaucoup de gens m'ont dit : "j'ai voté Hollande en 2012, on ne nous y reprendra plus, je voterai pour vous." »
D'après lui, « la surdiabolisation du FN n’est plus d’actualité. Elle fonctionne encore dans les soit-disant élites, et le petit monde politico-médiatique. Mais vis-à-vis du peuple, on ne fait plus peur. Ma victoire à Béziers a une signification qui dépasse le cadre de Béziers. » Problème pour le nouveau maire de Béziers : ne pas rester isolé. Ni dans l’agglo, dont il veut la présidence, ni à l’extérieur. Le conseil général de l'Hérault et la Région Languedoc-Roussillon sont tous deux dirigés par des élus PS, André Vezinhet et Christian Bourquin. « L'isolement de la ville est en jeu, glisse Elie Aboud. Un maire FN, ça ne va pas inciter des entreprises à s'installer, ni la Région à signer des conventions de territoire. »
Sète : 3e mandat pour François Commeinhes
Le maire sortant UMP de Sète qui briguait un troisième mandat, s’est imposé avec plus de 1 800 voix d’avance sur son principal rival dans le cadre d'une triangulaire. François Commeinhes obtient 47,64 % des voix, devant François Liberti (liste de rassemblement Front de Gauche, PS et centre), 39,67 %, et la candidate FN, Marie-Christine Aubert, 12,62 %. Le maire de Sète semble en position de force pour ravir la présidence de la communauté d’agglomération du bassin de Thau (Thau agglo) au maire PS de Frontignan, Pierre Bouldoire.
Nîmes : la gauche offre un boulevard à Fournier
La droite unie l’a emporté facilement, et sans surprise, face à une gauche qui a accumulé les couacs et les bévues tout au long de la campagne. Tandis que le maire UMP Jean-Paul Fournier s’entendait avec son rival UDI, l’adjoint aux finances Yvan Lachaud, pour afficher l’image d’une équipe unie, la gauche n’est pas parvenue à s’entendre. Ni sur le nom d’une tête de liste, avec la valse-hésitation du président socialiste du conseil général, Damien Alary, qui a annoncé sa candidature, puis l’a retiré. Ni sur une liste unique avant et après le premier tour. Les deux listes de gauche sur trois encore en lice après le 23 mars n’ont pas réussi à déposer une liste d’union dans les délais impartis. Les deux têtes de liste ont négocié en vain jusqu’à une heure avancée en préfecture, après l’heure limite de dépôt des listes, sous l’œil incrédule de la presse locale, opportunément conviée à assister à la déroute par la liste Fournier, qui n’en demandait pas tant. Au final, malgré une fin de mandat riche en polémiques, Jean-Paul Fournier est réélu triomphalement pour un 3e mandat avec 46,80 % des voix, devant le FN Yoann Gillet (24,41 %). La candidate PS Françoise Dumas, qui est apparue comme la principale responsable de l’échec de la liste d’union, recueille 13,94 % des suffrages, derrière la communiste Sylvette Fayet (14,83 %).
Alès : 4e mandat pour Roustan
À Alès, le maire sortant, l’UMP Max Roustan, 69 ans, est le seul maire d’une grande ville de la région à être réélu dès le premier tour, qui plus est pour la troisième fois consécutive avec 54,14 % des voix. Il balaye aisément ses adversaires de gauche, divisés : Jean-Michel Suau (FDG), 16,77 %, et le nouveau venu Benjamin Mathéaud, 12,29 %. Le candidat FN recueille 11,99 %
Perpignan : Pujol bat le FN
Le maire UMP sortant de Perpignan Jean-Marc Pujol, qui avait succédé à Jean-Paul Alduy en cours de mandat, remporte ses premières élections municipales, avec 55,11% des votes. Il bat le candidat FN Louis Aliot, qui obtient un score de 44,89 %, sans précédent pour le parti d’extrême droite dans la cité catalane. L’opposition de gauche, qui s’est retiré du second tour pour faire battre le FN, sera absente du conseil municipal mis en place le 4 avril. « J’ai toujours dit que j’avais une liste ouverte sur la société civile, souligne le maire UMP. Notamment à travers Olivier Amiel, issu du courant chevènementiste, un homme de gauche qui figurera parmi mes adjoints. »
Carcassonne : la droite unie vainc Perez
L’association improbable des listes du divers droite Gérard Larrat et de l’UMP Isabelle Chesa a eu raison du socialiste Jean-Claude Pérez. La liste de droite unie décroche 40,42 % des votes contre 39,24 % pour Pérez, soit un écart d’à peine 236 voix. Le candidat FN Robert Morio recueille 20,34 % des voix. L’ancien maire de Carcassonne et la fille de son prédécesseur ont repris les clés de la mairie de la préfecture audoise. La mise en place du conseil municipal se fera le 6 avril. Isabelle Chésa, occupera le fauteuil de première adjointe aux côtés des 30 élus de sa liste, 8 de celle de Jean-Claude Pérez et 4 du FN.
Narbonne : Mouly, le retour
Même nom, Mouly. Même souci affiché d’apolitisme. À Narbonne, Didier Mouly, fils de l’ancien maire de Narbonne Hubert Mouly reprend la mairie à la gauche en totalisant 45,2% des votes face au PS Jacques Bascou, qui obtient un score de 43,82 %. La liste FN, qui s’est maintenue au second tour, est en recul avec 10,98 % des votes.
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