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Languedoc-Roussillon
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Institutions
| 24/07/2014

Martin Vanier : « la fusion entre le L.-R. et Midi-Pyrénées est l’une des moins défendables »

Martin Vanier est géographe et spécialiste de l’aménagement du territoire. Professeur à l’Université de Grenoble, il est membre du bureau d’études Acadie (Paris), qui regroupe des géographes et des politistes. La Lettre M l’a rencontré à propos de la réforme territoriale.

Faire des grandes régions, est-ce pertinent ?
Les pays les plus compétitifs ne sont pas les plus grands. Prenez la Suède, la Hollande, le Danemark et la Suisse. Le temps de la conquête de la puissance par la surface est révolu. Le modèle de l’empire, il y a très longtemps que c’est fini. Pour rendre une collectivité plus compétitive, il ne faut pas forcément la faire grandir. Ce n’est en tout cas pas vrai pour tout le monde. J’ajouterai que nous n’avons pas des régions si petites que ça.

Quels sont les autres leviers de compétitivité ?
L’Etat peut renforcer les régions en renforçant leurs pouvoirs de compétences (administratif et technique), leur puissance fiscale et en réformant leurs rapports aux autres collectivités. Voilà trois façons, pour les régions, de gagner en puissance sans changer de périmètre. Mais il n’y a pas de modification du pacte fiscal entre l’échelon central et local. La fiscalité dynamique a été remplacée par des dotations de l’Etat.
Les régions n’ont pas de capacité à promouvoir leur stratégie fiscale. Ce sont des collectivités déconcentrées, qui font le métier de l’Etat à sa place.

Le L.-R., viticole et touristique, et Midi-Pyrénées, plus industriel, semblent complémentaires...
Intellectuellement, ça peut être satisfaisant de voir sur le papier des régions apparemment complémentaires : "tu fais des avions, je fais du vignoble" ; "à moi la sidérurgie, à toi la petite mécanique" (Bourgogne/Franche-Comté) ; tu fais de l’industrie, je fais du commerce" (Rhône-Alpes/Paca)". Mais la Région n’est pas le stratège de l’économie ! Les collectivités locales ne sont pas des opérateurs économiques. Ce n’est pas elles qui ne font les alliances économiques, et elles ne coordonnent pas les relations entre les filières productives. C’est le marché et les privés qui décident.

Ce mariage ne serait donc pas bénéfique ?
Dans la nouvelle carte des régions, ce couple-là est l’un des moins défendables. Le pire est la fusion entre Poitou-Charentes, Aquitaine et Limousin. Derrière, je mettrais la fusion entre le L.-R. et Midi-Pyrénées. Cela revient à griller deux très bonnes cartouches, qu’il faudrait faire jouer autrement. Les unir, c’est perdre la possibilité de réassemblages plus pertinents. Midi-Pyrénées travaille déjà avec l’Aquitaine dans le secteur aéronautique. Ces deux régions sont déjà dans une logique de filière, et Airbus est organisé à l’échelle birégionale. Il faut suivre la prescription faite par les entreprises.

Beaucoup d’élus, le maire de Montpellier en tête, sont favorables à la grande région. Montpellier y perdrait ?
Il y aura une compétition évidente entre les deux métropoles. Montpellier et Toulouse ont un commandement, une capacité de polarisation, une organisation des services suffisants pour ne rien avoir à gagner à s’unir à l’autre. Montpellier a déjà des armes en termes d’attractivité : biotechnologies, image hyper positive, culture. Quel intérêt à s’allier avec Toulouse ? Montpellier a besoin de fabriquer un système d’alliances avec les villes de proximité (Béziers, Nîmes...), pour éviter une mauvaise compétition.

Vous verriez un L.-R. restant seul, comme le souhaite Christian Bourquin, président de la Région L.-R. ?
Je verrais le L.-R. avec Paca. Le Sud méditerranéen est une réalité géographique, qui fait sens en France et en Europe : impact du tourisme, effet de fonctionnement de la façade portuaire et logistique, logique de l’arc méditerranéen entre Barcelone et Gênes.

Quelles pratiques doivent être encouragées, selon vous ?
Les pratiques de mutualisation, en matière d’innovation, de tourisme... Les régions fabriquent de l’efficacité partagée, à travers de grands réseaux (éco, innovation, R&D, prospection économique, marketing territorial). Il y a autant de dispositifs de mutualisation que d’enjeux. La mutualisation peut se faire sur un sujet avec Midi-Pyrénées, sur un autre avec Paca, et sur un autre avec une région qui n’est même pas limitrophe. La mutualisation ne se limite pas à un seul horizon. On est loin de la vision anachronique de fusion entre les territoires.
Par ailleurs, je suis favorable à une intensification des régions, plutôt qu’à l’extension de leur périmètre. Cela suppose de parler des compétences. Quelles nouvelles ou plus fortes prérogatives pour les Régions, en matière de formation professionnelle, d’apprentissage, de tourisme, de politique de santé environnementale ?

Le projet de loi a été voté à l’Assemblée nationale en première lecture. Pensez-vous que des surprises sont malgré tout possibles ?

Oui. La vie politique réserve des basculements qu’on s’était interdit d’imaginer. Et une fois la volte-face effectuée, tout le monde se dit : "évidemment". Je ne vois pas comment le gouvernement va franchir l’étape parlementaire. Le PS va perdre le Sénat à l’automne, et la droite va transformer le Sénat en front de bataille. Il faut donc que le gouvernement plie cette loi avant septembre. Je n’y crois pas. Et même avec une victoire à la Pyrrhus, s’ouvrira derrière un 2e débat sur les compétences, avec une fragilité énorme pour l’exécutif. J’ai mené l’audition auprès des commissions respectives au Sénat (15 sénateurs) et à l’Assemblée nationale, et je n’ai senti ni d’un côté ni de l’autre une volonté de faire triompher ce texte. Je vois des députés plongés dans un très profond désarroi. On le voit avec le nombre de propositions d’ajustements. Beaucoup de députés disent en sous-main qu’on peut rendre plus efficaces, économes et modernes les collectivités sans jouer au redécoupage des fiefs.

D’après vous, Hollande joue gros...
Bien sûr. D’autant plus que cette opération est sortie de nulle part. Ce n’est pas dans ses propositions de candidat, ni dans le programme du PS. Le sujet n’a pas émergé depuis deux ans. Il est sorti totalement du chapeau, sur le mode : ‘qu’ouvre-t-on comme chantier sur lequel on peut faire une démonstration d’efficacité politique facile et peu coûteuse ?’ Certes, toute la France se passionne pour ce sujet. Mais je pense que le soufflet va vite retomber. Et les pouvoirs locaux sont plus divisés que jamais, entre métropolitains, régionalistes et départementalistes.

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