Main tendue de la grande distribution aux commerçants indépendants : pourquoi pas ou inenvisageable?
Accusés de concurrence déloyale par les petits commerces de proximité dits « non essentiels », les acteurs de la grande distribution proposent d'accueillir ces derniers au sein même de leurs rayons et de vendre leurs produits en click&collect - puisqu'à compter du 4 novembre, c'est le seul canal de vente autorisé pour les produits non essentiels. En région, cette main tendue de la grande distribution reçoit un accueil mitigé de la part des commerçants interrogés. « Quand cela est possible, bien sûr je conseille aux commerçants de le faire, estime Odette Daudé, gérante de la boutique Lingerie Daudé à Montpellier et présidente d’une association de commerçants basés dans le centre-ville de Montpellier (300 adhérents environ), à La Lettre M. Nous sommes tous complémentaires. Si vendre par le biais de ces grandes surfaces peut permettre de sauver certains commerces, je conseille d’y aller. Toutes les options je les prends, il ne faut rien rejeter. »
Inenvisageable en revanche pour Emmanuel Levesque, co-gérant de la librairie Pop Up et Cie, à Nîmes. « C’est de la communication, une façon pour eux de montrer qu’ils ne sont pas les vilains petits canards. Mais l’ennemi c’est Amazon ET la grande distribution. De plus c’est techniquement assez compliqué d’aller vendre ses produits dans leurs rayons. Dans le textile, c’est ingérable avec le stock, les cabines d’essayage… » D’autant plus que le libraire ne voit pas véritablement l’intérêt : « Je fais déjà du click&collect dans ma boutique. Je suis spécialisé dans les BD et la jeunesse mais je peux commander toutes sortes de livres. Nous ne sommes pas liés aux éditeurs mais aux distributeurs. J’ai par exemple un compte chez Hachette, alors si demain on me commande un livre de cuisine chez Hachette, je peux le commander. »
Unis contre les Gafa
Côté grande distribution, il s'agit de tendre la main aux petits commerçants et de faire front face à ce qu'elle estime être la vraie menace : les Gafa « Faut-il laisser les clés du camion à Amazon demain sur tout ce qui est non alimentaire, ou essayer de travailler ensemble ? », explique-t-on en interne à La Lettre M. Dans un communiqué, la direction indique que, « pour ne pas laisser à quelques plateformes numériques le monopole de la vente de certains produits considérés comme non-essentiels, Auchan a décidé, avec l’aide de ses partenaires Mondial Relay et Ceetrus, de mettre à disposition de ces commerçants ses hypermarchés et ses points de retrait sans coût supplémentaire. »
Initialement prévue pour les libraires, cette offre s’étend désormais à tous les commerçants de proximité. L’avantage pour ces derniers : maintenir le lien avec leurs clients, garder leur rôle de conseil, prendre des commandes « et même se faire connaître auprès de clients potentiels ». Les clients viennent, se font conseiller par le libraire ou autre commerçant indépendant, ils passent commande et viennent la récupérer en click&collect plus tard. « Un espace de stockage (au sein du magasin, NDLR) leur sera offert. » Concrètement, s'il est intéressé par cette offre, « un commerçant montpelliérain par exemple peut appeler la directrice du magasin Auchan de Pérols pour la solliciter et ils verront ensemble ce qu'il est possible de faire », précise-t-on en interne. Initiative similaire pour Carrefour qui « met à disposition des libraires indépendants des espaces de ventes dans ses hyper, écrit Nous créons un numéro de téléphone dédié aux libraires pour identifier les meilleures solutions locales », écrit Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, sur Twitter.










