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Languedoc-Roussillon
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Conjoncture
| 15/12/2010

Luc Ferry voit l’avenir économique en noir

Invité de l’assemblée générale de la Fédération régionale des Travaux Publics, mardi 14 décembre au Corum de Montpellier, l’ancien ministre de l’Education nationale et philosophe Luc Ferry a livré une vision pessimiste de l’avenir économique national.
Alors qu’il était convié à intervenir sur le thème « L’engagement environnemental et social des entreprises », Luc Ferry a déclaré d’emblée : « La situation économique est très préoccupante. La priorité pour les entreprises, c’est de durer, c’est leur plus grand engagement environnemental et social ! »
S’appuyant sur les analyses de l’économiste Patrick Artus, il a soutenu que la crise n’était pas financière, mais bien réelle, avant de comparer la mondialisation économique à une lame de fond.

La crise vient de l’économie réelle, pas des banques

« La crise actuelle est présentée comme une crise financière, due à une économie casino. S’ensuivraient les crise bancaire et de l’économie réelle. Ce schéma est véhiculé par tous les médias. Il est faux. Nous vivons quelque chose de plus grave. Nous traversons une crise de l’économie réelle, qui devient bancaire. Au début des années 90, les président de la Fed (Réserve fédérale américaine, NDLR) et des Etats-Unis se rendent compte que la croissance est en baisse. Le monde du travail s’est recomposé autour d’une bipolarisation. D’un côté, des gens très bien formés qui gagnent beaucoup d’argent, et de l’autre, une prolifération de petits salaires. La période est marquée par l’effondrement des classes moyennes, celles qui tirent la croissance, qui peuvent acheter des écrans plats, des appartements, des voitures… Cet effondrement, c’est bien l’économie réelle, pas l’économie casino.

Les présidents de l’époque donnent ordre aux banques d’endetter les petits ménages, via le système des subprimes. Ces prêts sont risqués, les banquiers ne sont pas sûrs de revoir leur argent, mais il faut bien que la croissance soit tirée. Sauf que la croissance n’est plus tirée par la richesses des classes moyennes mais par l’endettement des petits. Les taux d’endettement explosent. A la fin des années 90, tous les secteurs de la vie d’activité dans lesquels on a besoin de s’endetter (immobilier, voiture) patinent. Dans les années 2000, c’est l’automobile et l’immobilier qui s’effondrent donc en premier.
Les crédits à risque sont ensuite titrisés, et cachés dans des produits disséminés dans le monde entier, entraînant une crise financière majeure. La crise de confiance entre les banques rejaillit sur l’économie réelle, générant des faillites et du chômage. Aujourd’hui, je ne suis pas certain qu’on sorte de la crise. Ce n’est pas une crise anecdotique. C’est une crise de toute l’économie occidentale. »
La mondialisation attaque comme au marteau piqueur

« Tous les économistes sont très pessimistes, seuls les gouvernements sont optimistes, ils sont bien les seuls à y croire ! Les marges de manoeuvre des PME sont bouffées. Le revenu moyen des chefs d’entreprise en France est de 5 000 €/mois. Ce n’est pas extraordinaire, et ce n’est qu’une moyenne. La mondialisation est venue avec l’entrée de l’Inde et de la Chine dans le commerce international. Ces pays ont des coûts de production 20 fois inférieurs, des salaires de misère, une volonté de travailler, et aucune protection sociale, 2,5 milliards de pauvres arrivent dans le commerce international. Un problème gigantesque se pose. Cette masse qui déboule attaque comme au marteau piqueur, à coup de dumping social massif, nos systèmes providentialistes. La réforme des retraites est dure, et imposée par un gouvernement méchant ? C’est la réalité de la mondialisation qui est dure.
J’en viens presque à souhaiter, moi qui suis un Républicain de droite, que la gauche revienne au pouvoir en 2012, pour que les citoyens se rendent compte que ce n’est pas la droite qui est méchante. La gauche aurait exactement les mêmes problèmes que Fillon, j’en suis intimement convaincu.
(…) La mondialisation actuelle, c’est la compétition universelle, entre les laboratoires, les universités, les modèles culturels. Là est la véritable crise. L’innovation permanente est l’impératif absolu de tous les chefs d’entreprise du monde. Ça change totalement notre vision du monde totalement. La concurrence nous oblige à avancer, mais nous ne savons pas quel monde nous construisons. Pourquoi les gens résistent autant à la mondialisation ? Il y a une raison…

La vérité, c’est que les leviers de la politique nationale ne lèvent plus grand chose. Les politiques ne veulent pas le dire et les gens ne veulent pas l’entendre, ce qui ne simplifie pas les choses. »
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