LNMP : un projet de ligne ferroviaire, deux communiqués de soutien
Les grands élus languedociens ont diffusé deux communiqués distincts pour défendre la réalisation de la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP), dans le cadre des Assises nationales de la mobilité. Deux lettres distinctes seront donc adressées au président de la République Emmanuel Macron et à la ministre des Transport, Élisabeth Borne. Le premier tronçon de la LNMP doit relier Montpellier et Béziers (enquête publique annoncée en 2018-2019) .
Dans le courrier* signé, entre autres, par les maire de Montpellier, Philippe Saurel, de Sète, François Commeinhes et de Béziers, Robert Ménard, plusieurs arguments sont soulevés pour porter ce projet à ce jour ensablé, pas prévu avant 2030 par la SNCF elle-même : la forte croissance démographique du Languedoc, une densité plus forte d’habitants que sur l’ex-Midi-Pyrénées (220 habitants/km2 sur la partie littorale) - allusion au projet de LGV Toulouse-Bordeaux -, une ligne ferroviaire actuelle saturée et « à bout de souffle », offrant de faibles capacités d’amélioration, un montant relativement peu onéreux pour le tronçon Montpellier-Béziers (1,885 Md€) par rapport aux autres projets au niveau national, une position européenne du projet, entre Europe du Nord et Europe du Sud.
Philippe Saurel a déclaré, lors d’une conférence de presse, ce lundi 25/9 : « Ce projet correspond aux six critères élaborés par Elisabeth Borne, ministre des Transports, à l’amorce de ces Assises de la Mobilité. Toutes les études sont faites. On n’attend plus que le déblocage politique. Pour l’enquête publique, on parle de 2019, mais on peut la lancer demain matin. La LNMP fait partie d’un grand plan structurel des voies ferrées, qui, avec d’autres LGV, devait être construit dans les années à venir. Le ministère et le gouvernement ont lancé les Assises nationales de la Mobilité, jusqu’au 15/12. Dans le cadre de ces Assises, nous tenons à nous exprimer de façon positive, non pas pour jalouser le voisin ou critiquer les autres. Juste pour dire que la LNMP n’est pas une aberration, ni un gouffre financier, mais au contraire est très utile aux collectivités qu’elle traverse et pour les citoyens qu’elle dessert.
Depuis l’entrée de l’Espagne dans le marché commun, la LNMP a été décidée. Elle dessert du côté français de très grandes agglomérations : Perpignan, Béziers, Sète, Montpellier, Narbonne, Nîmes.
Ces agglomérations forment un chapelet très important sur la côte, là où vivent en priorité les habitants. Créer une LGV dans ce cadre me paraît logique, d’autant que cela correspond à des accords faits à l’époque entre les États français et espagnols. L’État espagnol a fait son travail. L’État espagnol a d’ailleurs intenté un procès contre l’État français et l’Europe, car l’Espagne n’a pas les LGV attendues.
La création de la LNMP est une façon de lutter contre les improvisations horaires, ou les approximations, des arrivées et des départs. Dans le Sud, les horaires sont moins respectés qu’ailleurs. La LNMP permettra de créer plusieurs faisceaux pour les trains du quotidien, et c’est peut-être là le point le plus important. Les cadencements du train du quotidien doivent être renforcés, or, il n’y a plus de créneau disponible sur la ligne actuelle. La Région est impliquée, en tant qu’autorité organisatrice des transports. Mais la loi ne prévoit pas que nous soyions dans un rapport de vassalité avec la Région (sic). Nous souhaitons travailler en bonne intelligence. Les TGV, le fret et les TER ont à ce jour des passages obligés qui sont problématiques. Les trains passent tous par là (il montre une photo du pont levant à Sète). Imaginez les conséquences sur le trafic en cas de panne de ce pont.
La LNMP sera une ligne mixte, assurant à la fois la grande vitesse et le fret. C’est là qu’il faut être logique : se dire écologiste pour le ferroutage, et être contre la LNMP, ce n’est pas possible. Les poids lourds, qui sont en nombre sur l’autoroute, pourraient être mis en partie sur les trains. Cela limiterait la pollution, alors que sur l’autoroute, ils génèrent des gaz à effet de serre, créent de l’encombrement et parfois des accidents.
Enfin, il s’agit d’un tronçon transfrontalier entre la France et l’Espagne. C’est un axe majeur d’intérêt européen. Le plan Juncker avait décidé de participer au financement des études et d’une partie de la ligne.
Pour cette 1ère partie de la ligne jusqu’à Béziers, tout le monde était d’accord : Région, Ville et Agglo de Béziers, SNCF, moi-même.
Ce dossier n’est pas une affaire politique, c’est une affaire d’aménagement du territoire. La LNMP a été portée par Georges Frêche et les ministres des Transports successifs. Aujourd’hui, il est temps pour nous de nous exprimer pour soutenir cette ligne, c notre rôle d’élus de la République.
Le 4/10, je serai présent aux Assises de la Mobilité à Toulouse. Le 8/11, j’inviterai tous ceux qui souhaitent voir sortir de terre la LNMP à visiter la gare Montpellier Sud de France. Le 1er tronçon de la LNMP, c’est le contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier (sur lequel est situé la gare nouvelle de Montpellier, NDLR), qui intègre la mixité de la ligne. En remerciant l’Etat d’avoir poussé les feux pour que la gare de Manduel se fasse avant fin 2019, et pour que les LGV puissent transiter par Manduel et Montpellier. Le programme a été accéléré de près d’un an. Cela dit, il n’y a pas de garantie pour que l’enquête publique se déroule en 2018, alors qu’elle a déjà été reportée plusieurs fois. »
François Commeinhes : « Cette ligne serait un ballon d’oxygène pour la ligne entre Béziers et Montpellier. Les TER et les Intercités sont un calvaire en ce moment. Je ne parle pas du ferroutage à partir du port de Sète : des remorques, des containers partent sur l’autoroute, alors qu’on pourrait les faire partir sur des trains vers toute la France. Ça fait 20 ans que j’ai une bande de 5 km gelée au nord du bassin de Thau pour ce projet de LGV. Je pensais en profiter : mais j’ai aujourd’hui la carte vermeille (sourire). Il faut que j’attende quoi, la carte diamant ? »
Robert Ménard a réagi à une autre déclaration commune favorable à la LNMP, publiée dans la journée par les présidents du « Cœur de Languedoc » (Frédéric Lacas pour Béziers Méditerranée, Gilles d’Ettore pour Hérault Méditerranée, Jacques Bascou pour le Grand Narbonne, Alain Caralp pour La Domitienne, Michel Maïque pour la région Lézignanaise, Corbières et Minervois) : « Il faut arrêter avec les conneries politiques (les divisions entre élus locaux, NDLR). C’est se moquer des gens. M.Vidalies (ex-secrétaire d’Etat aux transports) a formulé des engagements clairs. On fait le tronçon Montpellier-Béziers pour le fret et les voyageurs, pour soulager Sète… Des études ont été payées. C’est fort de café de décider du jour au lendemain qu’on change d’avis.
Cet investissement d’1,8 Md€ est essentiel. C’est l’avenir d’un territoire qui se joue. Des aveuglements sont incompréhensibles. On est au-delà des prochaines élections. Si on échoue, on laissera comme souvenir que, dans un moment essentiel où il faut être tous être ensemble, on se préoccupait de nos divisions. Il n’y a pas de refus du pouvoir à ce jour. C’est pour ça qu’il faut absolument se battre. Les rapports ne sont pas publiés, les décisions pas encore prises. Ne pas faire la ligne, c’est une aberration, au niveau européen, quand vous regardez une carte : la LGV s’arrête à Montpellier et reprend à Perpignan. Toute une économie européenne est concernée, et ne pas la réaliser serait manquer de parole par rapport à nos amis espagnols. Eux ont amené le TGV à Perpignan, nous, nous n’y allons pas.
Il y a eu des promesses successives. Tout est sur les rails : le trajet est organisé. À Montpellier, la gare nouvelle serait un cul-de-sac. C’est dans l’intérêt de nos deux villes. La Région annonce investissement de 30 M€ dans modernisation de la gare de Béziers. Ça n’a de sens que s’il y a le TGV. Ce serait une catastrophe pour Béziers que la ligne n’y vienne pas. Ça fait par ailleurs des années qu’on gèle des territoires entiers en prévision du passage de la ligne. Ça empêche le développement économique sur ces fonciers.
On n’est pas dans le choix « TGV ou TER ». On ne développera les trains du quotidien que si on construit la LGV. Sinon, il ne faut pas nous parler de ponctualité, de liaisons plus faciles entre les villes. Sans LGV, il n’y aura aucune amélioration des TER. A Sète, les ponts bloquent tout développement.
On a mieux à faire qu’à se disputer sur un projet aussi important pour le territoire. On arrive à se retrouver malgré nos différences politiques : ça prouve qu’on est un peu adultes. Sans cette ligne, ça sera une défaite pour nous tous, et pour toute cette région. »
Philippe Huppé : « L’ex-LR s’est développé sur un chapelet de villes, qui forment l’ossature de notre vie économique et touristique. Et il y a l’Espagne au bout. Sans TGV, Béziers périclitera. Fermer les portes bêtement pour 1,8 Md€ : toute l’Occitanie en pâtirait. On a un devoir de conseil du gouvernement, qui a, lui, un devoir de tenir les comptes publics. Il y a les plus courageux autour de cette table, les autres ont décidé de ne pas venir. »
Patricia Mirallès : « On ne peut pas ne pas relier Europe du Nord et du Sud. Barcelone, c’est 7 M d’habitants, une économie dont on ne peut pas se passer. Il faut une mobilité entre Nîmes et Barcelone. Je vais défendre ce dossier à Paris, j’y crois depuis longtemps. Il y a un vrai problème de fiabilité des TER. Or, tout le monde n’a pas deux voitures dans les villes périphériques. »
Dans leur déclaration, les élus « Cœur de Languedoc », déclarent : « Ce projet a d’ores et déjà coûté 75 M€ en études et acquisitions foncières, dont 5 M€ supportés par les agglomérations de Béziers Méditerranée, d’Hérault Méditerranée et du Grand Narbonne. Les élus que nous sommes sont les garants d’une gestion rigoureuse et intelligente des deniers publics. Si ce projet était enterré à ce stade par la seule volonté de l’État, nous serions en droit de demander le remboursement de ces sommes. Ensuite, parce que nos populations attendent cette ligne depuis trop longtemps. Relier tout l’arc méditerranéen et désenclaver des territoires est une question d’utilité publique. Alors que la Région a lancé son Plan littoral 21 pour relancer la façade maritime, ce projet doit être une priorité économique, touristique et sociétale. »
* Philippe Saurel, maire DVG de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole ; Didier Mouly, maire de Narbonne ; Robert Ménard, maire app.FN de Béziers ; François Commeinhes, maire DVD de Sète, président de Sète Agglopôle Méditerranée ; Robert Navarro, sénateur de l’Hérault ; Henri Cabanel, sénateur de l’Hérault ; Patricia Mirallès, députée de l’Hérault ; Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault ; Philippe Huppé, député de l’Hérault ; Éric Andrieu, député européen ; Franck Proust, député européen.










