Les professionnels oscillent entre espoir et inquiétude
Si la commande publique devrait soutenir l’activité des professionnels des travaux publics en 2024, le spectre de la récession menace la filière régionale du bâtiment, sur fond de crise de l’immobilier. Le point sur la situation avec les professionnels du secteur.
Optimiste dans les travaux publics
« Les travaux publics se portent bien. Nous misons sur une croissance de 2 % de l’activité liée à l’augmentation des commandes émanant des collectivités locales », résume Olivier Giorgiucci, président de la fédération régionale des travaux publics (FRTP) et de la fédération départementale de l’Hérault. Mais le manque de visibilité et la crise immobilière inquiètent. » Même analyse pour le secteur du côté de la FBTP de l’Aude. « Nous avons le sentiment que le marché des travaux publics est plus stable et qu’il offre de meilleures perspectives que celui du bâtiment, avec de nombreux projets liés au déploiement de la fibre, aux énergies renouvelables ou à la sécurisation de la ressource en eau », commente son secrétaire général, Stéphane Sansinena. En Haute-Garonne, Émile Noyer, le président de la FBTP, confirme la bonne dynamique de la filière locale. « Après une période tendue, nous avons plutôt de bonnes orientations grâce aux grands projets à l’image de la troisième ligne de métro de Toulouse, explique-t-il en rappelant que le secteur des TP dépend à 70 % de la commande publique. Sur ce segment, la croissance est de l’ordre de 1,3 % dans le département, en lien direct avec les projets portés par les collectivités. Leur budget a augmenté en moyenne de 14 %, voire de 36 % pour Toulouse Métropole. »
Le spectre de la récession dans le bâtiment
Malgré ces perspectives plutôt positives, les préoccupations ne manquent pas pour les professionnels des TP. Ces derniers évoquent en premier lieu les difficultés de recrutement, l’augmentation des délais de paiement ou la hausse des défaillances d’entreprise du secteur (1 334 en 2023, en hausse de 46 % sur un an). Autant de problématiques auxquelles sont également confrontées les entreprises régionales du bâtiment. Avec un motif d’inquiétude supplémentaire : la crise de l’immobilier. Pour Stéphane Sansinena, l’évolution du marché du logement constitue l’enjeu majeur des prochains mois pour le bâtiment. Avec le risque d’une entrée en récession du secteur. « Dans l’ancien, le marché est uniquement porté par la réhabilitation énergétique. La chute des transactions immobilières entraîne celle des travaux de rénovation. Et dans le neuf, le recul des mises en chantier devrait se poursuivre cette année. De 1 400 l’an dernier, leur nombre pourrait atteindre 1 000 unités en 2024 dans l’Aude. Une situation totalement inédite. »
Crise profonde
Un constat largement partagé par Émile Noyer : « La construction de logements neufs traverse une crise profonde. Tous les segments sont dans le rouge. Dans notre département, 5 300 lots ont été mis en chantier l’an dernier, soit 16 % de moins qu’en 2022. Cette chute de la production dans le neuf engendre une baisse significative de l’activité globale du BTP. » Seul point positif à ses yeux : la stabilité de l’activité de la construction hors logement (locaux d’activités, entrepôts…) et la bonne tenue du marché de la rénovation énergétique. « Le calendrier électoral redevient théoriquement favorable au lancement de projets d’investissement public en vue de leur inauguration avant les prochaines municipales », explique Stéphane Sansinena en évoquant de potentiels relais de croissance. Président de l’association des maires de l’Hérault, Frédéric Roig concède qu’« en cette période de mi-mandat, les investissements publics vont atteindre un pic ». Le représentant des élus tempère cependant son constat : « Il est de plus en plus compliqué de faire aboutir nos projets compte tenu des contraintes réglementaires et de la hausse des coûts. »











