Les pôles d’échanges multimodaux essaiment en Occitanie
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, a détaillé, mercredi 7 mars à Montpellier, un plan régional de développement de pôles d’échanges multimodaux (PEM), autrement dit une reconfiguration de gares devenues désuètes, et inadaptées face à une croissance du trafic. 25 M€ seront injectés par la collectivité, dans le cadre de financements croisés, dans les dix prochaines années, pour l’aménagement d’une soixantaine de PEM en Occitanie, dont huit dans l’Hérault, les plus significatifs étant ceux de Lunel, Sète (début des travaux imminents), Baillargues (1ère phase livrée), Agde (lancement des études du projet) et Béziers. Pour ce dernier, le protocole d’intention a été signé ce jour par Carole Delga, Pierre Pouëssel, préfet de l’Hérault, Frédéric Lacas, président de Béziers Méditerranée, Robert Ménard, maire de Béziers et SNCF Gares et connexions. Avec 1,3 millions de voyageurs en 2016, la gare de Béziers est la 5ème d’Occitanie en termes de fréquentation et enregistre une progression de 15 % entre 2013 et 2017, malgré une configuration et une organisation multimodale jugées « pas satisfaisantes » par la Région. Les études vont porter sur la programmation et la localisation du PEM, la future passerelle urbaine et la libération de foncier.
« La population est en augmentation, avec une saturation des axes routiers et ferroviaires, a constaté Carole Delga. On doit proposer plusieurs solutions pour que les habitants du territoire, les touristes et les entreprises aient des facilités pour les mobilités, ce d’autant plus qu’il y a un goût prononcé, ici, pour le train. Le trafic TER y progresse plus vite qu’ailleurs. Les PEM sont une des solutions. Il faut aussi la LGV Montpellier-Perpignan, avec la 1ère phase Montpellier-Béziers, qui donnera la possibilité de rajouter des services supplémentaires sur l’axe existant. À ce jour, l’axe ferroviaire sur le littoral languedocien est saturé, on ne peut pas rajouter des trains aux heures de pointe. » Si le PEM de Béziers a donc une utilité propre, il doit permettre aussi « d’anticiper l’arrivée de la LGV ».
Le préfet de l'Hérault promet l'arrivée de la LGV à Béziers
« La LGV arrivera en gare de Béziers depuis Montpellier, a assuré le préfet de l’Hérault, en utilisant un mode indicatif remarqué dans la salle, alors que le projet semble sur la sellette à Paris. La question est de savoir quand. On est en attente des arbitrages, on a espoir que dans les années 20 (2020, NDLR), la gare de Béziers verra arriver cette LGV tant attendue en provenance de Montpellier. » Carole Delga a rappelé la mise en place de « financements innovants, portés par les acteurs d’Occitanie auprès de Bercy. On peut, dans le cadre budgétaire de l’État, réaliser, dans un temps plus proche que ne le prévoit le scénario 2 du rapport du conseil d’orientation des infrastructures, la première phase de la LNMP. Et on a le détail du tracé jusqu’à Béziers. Il faut à présent une mise en enquête publique du tronçon Montpellier-Béziers le plus rapidement possible. Nous travaillons sur un scénario 2 bis, avec des délais raisonnables ».
Les PEM permettent recomposer des cœurs de ville
Plusieurs maires concernés par des projets de PEM ont témoigné de l’intérêt des PEM en matière d’aménagement urbain. « À Agde, la passerelle ouvrirait un nouveau quartier, La Méridienne, adossé au canal du Midi », détaille Gilles d’Ettore, maire d’Agde et président de Hérault Méditerranée. Idem à Sète (PEM évalué à 16,4 M€), avec le projet de la Zac Entrée Est. François Commeinhes, maire de Sète, étudie une multimodalité inédite, avec, en plus des voitures, vélos et bus interconnectés à la gare, des navettes fluviales empruntant les canaux de Sète et l’étang de Thau. À Lunel (9,3 M€), la Ville (maire : Claude Arnaud) étudie un projet urbain à proximité du PEM, avec notamment des logements étudiants. À Béziers, la gare reconfigurée (chiffrage des travaux non encore arrêté) ouvrira la ville vers les bords de l’Orb et du canal du Midi, ont observé de concert, et assis côte à côte, Robert Ménard et Frédéric Lacas, d’ordinaire plus enclins à des relations tendues. « La gare actuelle est difficile d’accès pour les handicapés, Béziers mérite une gare digne de ce nom, ce n’est pas le cas aujourd’hui, a martelé Robert Ménard. Et Béziers a une gare routière en plein centre-ville, ce qui est dangereux pour les piétons. Il faut la mettre à côté de la gare. » Frédéric Lacas souhaite « changer une vieille gare, pas tournée vers le canal du Midi, qui bloque le développement de la ville. Les réseaux de bus doivent y arriver. Il faut travailler sur le foncier considérable de cet espace ».
En matière de premier retour d’expérience, Jean-Luc Meissonnier, maire de Baillargues, constate un effet PEM, celui de sa commune, fréquenté par 380 000 voyageurs en 2017, permettant de gagner le cœur de Montpellier en 8 minutes : « Résider à 10 minutes à pied du PEM est devenu un argument foncier et immobilier », indique-t-il.










