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Languedoc-Roussillon
| | 16/04/2014

Les PME ont-elles vraiment envie de croître ?

« Entre 70 et 80 % des PME ne font pas d’objectifs de croissance », martèle Didier Chabaud (université d’Avignon), le 10 à la Faculté d’AES de Montpellier (Richter), lors de la journée 'croissance des entreprises' organisée par le Labex Entreprendre. « La moitié des entrepreneurs ne veulent pas croître. C’est un enjeu à prendre en compte. Et les entreprises qui veulent croître n’y arrivent pas toujours. Et d’autres ne croissent pas alors qu’elles devraient ! », détaille Frank Lasch (Groupe Sup de Co Montpellier).
« Pourtant, il faut de la croissance ! C’est une cause nationale, insiste Karim Messeghem (Labex Entreprendre). A fortiori dans une région avec un taux de chômage de 14 %. »
« La croissance ne va pas de soi pour l’entreprise, a déclaré Gilles Guieu. C’est d’abord une volonté du dirigeant et de l’équipe managériale. Si une entreprise croît, c’est avant tout par la volonté de son dirigeant d’aller au-delà, même quand sa PME est installée. Il faut un charisme spécifique au dirigeant, qui va au-delà du simple aspect managérial. » Autres ingrédients : « le dynamisme et l’optimisme ». Mais une hypercroissance, « c’est aussi un potentiel et des moyens, car la volonté seule ne suffit pas. »
En termes de gestion des hommes, le dirigeant qui réussit l’hypercroissance de son entreprise « a la capacité de mettre en tension l’organisation de l’entreprise, en la déstabilisant pour la dynamiser. Il faut à la fois créer des routines (logique dominante, équilibrante), et déstabiliser - générer des paradoxes pour questionner à la fois son management et sa propre manière de penser ».

Chaîne de financement

Jean Rédis a rappelé la chaîne du financement de l’entreprise : R&D (incubateurs), naissance (business angels, de 50 K€ à 500 K€), survie (amorçage, de 300 K€ à 3 M€), succès (capital-risque, de 1 à 10 M€), décollage et maturité (capital-développement ou marchés financiers, à partir de 5 M€). Le poids des business angels est encore limité en France : « Il y en a 4 000 en France, au lieu de 10 000 en Angleterre et des centaines de milliers aux Etats-Unis. En 2012, l’investissement moyen des business angels s’élevait à 114 K€, pour un total de 40 M€ injectés, représentant 2 600 emplois. Le mode de financement reste sélectif : seules 352 entreprises concernées en 2012 en France. »

Déléguer pour grandir

Pour l’économiste Olivier Torrès, spécialiste des PME, « la croissance est une croyance. Pour que son entreprise se développe, le patron doit accepter de lâcher prise ». « Il faut accepter de renoncer à la maîtrise à 100 % du capital, renchérit Martine Séville (Université Lyon 2). En ouvrant le capital, le dirigeant a la sensation de perdre son bébé. C’est la raison pour laquelle beaucoup ne veulent pas croître, car ils ont peur de cette perte de contrôle. »
Un plafond de verre clairement identifié par Sylvie Reitz, qui pilote de dispositif Pack Croissance au sein de Montpellier Agglomération : « au bout de trois ans, les créateurs d’entreprises n’en peuvent plus, physiquement et mentalement. Il leur est difficile de vouloir croître en restant seuls à bord. Or, on observe une grande difficulté à déléguer. »

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