Les clés d’une open innovation réussie
Open innovation. Derrière ce mot, qui ne saurait éviter totalement les effets de mode, se cache une réalité complexe. Comment conjuguer les intérêts des grands groupes et des start-up en vue de porter une innovation commune ? Zoom sur les clés d’un partenariat réussi.
« Je sais que ça peut paraître fou, mais aux États-Unis, si j’ai un beau projet, je peux rencontrer Bill Gates ! ». A l’occasion de la Mêlée numérique, grand-messe du digital organisée par l’association régionale La Mêlée, Omar-Pierre Soubra, expert des questions d’innovation basé dans le Colorado, met en lumière les différences culturelles qui existent entre les Etats-Unis et la France en matière d’open innovation. Outre-Atlantique, les grands groupes ouvrent en effet selon lui plus facilement leurs portes aux start-up qui ont « quelque chose d’intéressant à raconter ». Reste que depuis quelques années, les groupes hexagonaux n’hésitent pas à s’engager de façon volontariste dans des démarches d’innovation ouverte, allant chercher chez les start-up les produits et services les plus novateurs, susceptibles d’accompagner leur croissance.
Une question de timing
Un échange gagnant-gagnant, estime Viviane Rousselet, responsable de projets chez Easymile (véhicules autonomes), à Toulouse. Car au-delà des financements, « le grand groupe amène du process, des méthodes, de l’analyse de risques, tandis que la start-up apporte de l’expertise technique et une très forte réactivité », résume-t-elle. Demeure cependant un point de crispation : la temporalité. « Nous ne vivons pas dans la même échelle de temps, constate Thomas Binant, cofondateur de la start-up toulousaine Geotrend (veille économique basée sur des outils d'intelligence artificielle). Le cycle de décision des grands groupes est beaucoup plus long… Il est donc nécessaire de cadrer dès le départ la relation, de définir le nombre de réunions, de travailler par lots, par blocs d’actions, de poser ensemble des jalons bien clairs. La transparence est la clé de tout. » Frédéric Malfilatre, directeur régional d’Harmonie Mutuelle Occitanie, acquiesce : « Nous avons besoin des start-up innovantes pour faire bouger les lignes. Elles vont plus vite, elles nous poussent. Et elles nous aident à nous transformer culturellement… »
Financements et risques
De son côté, Omar-Pierre Soubra déplore que l’open innovation se cantonne parfois à la seule preuve de concept. « La question de la pérennité des relations se posent, estime-t-il. Les groupes ont tellement peur que les start-up disparaissent dans six mois qu’ils ne vont souvent pas plus loin que le prototype. Il faudrait qu’ils investissent davantage, via des fonds dédiés. » Une solution qui trouve néanmoins ses limites. « Au sein de notre société, nous travaillons sur des questions sensibles, confie Thomas Binant. Très clairement, les groupes ne voudraient pas collaborer avec nous si nous avions un autre grand acteur à notre capital. » Reste une certitude, résumée par Viviane Rousselet : « Il faut savoir prendre des risques pour trouver des solutions innovantes. »










