Le publicitaire Jacques Séguéla alerte contre les dangers des Gafa
Le Pôle Action Média, cluster des industries créatives et numériques en Occitanie et Catalogne invite le 19 décembre au Soler, le publicitaire Jacques Séguéla pour animer une conférence sur le thème : « plongée dans l’univers impitoyable des Gafa ». Un thème que ce dernier évoque largement dans son dernier livre (le 30e) intitulé « le diable s’habille en Gafa », sorti en octobre (éditions Coup de Gueule). Le choix du lieu de la conférence n'est pas anodin, car la commune accueillera d’ici le printemps 2020 un Pôle économique numérique (PEN) et en parallèle, Perpignan Méditerranée Métropole et l'agence de développement économique Perpignan Méditerranée Invest œuvrent à l'obtention du label Frech Tech.
Dans un entretien accordé à La Lettre M en amont de sa conférence, Jacques Séguéla lance une charge contre Google, Apple, Facebook et Amazon et dénonce ce qu’il appelle le « dataïsme » : la dictature de la data.
On sent que le sujet vous tient à cœur…
C’est d’abord un cri d’alarme et un cri du cœur ! Il faut prendre conscience du danger du numérique, mon métier de publicitaire est touché tout comme celui de la presse d’ailleurs. Les Gafa se sont construits sur les budgets des annonceurs que nous leur avons apportés, ils détiennent 80 % du marché de la publicité. À la révolution marchande, puis industrielle succède enfin la 3e révolution de notre ère, la révolution infostrielle, la révolution de l’info. Le numérique c’est à la fois le diable et le bon dieu. Nous ne voulons pas du diable mais nous sommes prêts à en accepter une part. C’est l’histoire de l’inventeur de la roue, il y a 6000 ans, qui débouche sur l’automobile et améliore notre mobilité, et sur les accidents de la route qui vont avec… Mais où serions-nous sans la voiture ? Les gouvernements ont dû développer la prévention pour faire face aux drames humains qu’elle provoquait et à son impact financier. Regarder l’élection de Trump, le Brexit qui ont été alimentés par les fake news ! Même Bill Clinton a dit que les Gafa portaient atteinte à la démocratie mondiale ! Pourquoi ne faisons-nous pas de la prévention sur les dangers du numérique ? Le progrès construit notre avenir mais il nous appartient de décider de sa finalité et surtout de rester vigilant.
C’est difficile de rentrer en résistance ?
Je suis convaincu que le numérique va changer le monde et l’humanité, sauver des vies, certainement plus qu’en gâcher. Mais est-ce une raison pour subir le pire, alors qu’il suffit de garder le meilleur ? Il faut saluer ses chercheurs américains qui ont amassé pendant 10 ans 100 000 données permettant avec une photo de détecter un mélanome à distance. En France, une jeune start-up, Dream Up Vision, s’est attaquée à la détection de la rétinopathie diabétique (420 millions de malades). Comment ne pas aimer cette Intelligence artificielle ? Mais dans le même temps, une équipe de chercheurs de Stanford a mis au point un algorithme qui permet sur une simple photo de décider si vous êtes homosexuel ou pas. D’autres ont créé des robots tueurs. Je ne veux pas de cela et demande une prévention numérique. L’Europe a lancé un sommet numérique pour établir les mêmes règles dans les États. En Europe, nous avons commencé ce travail en mettant en place la RGPD (règlement général sur la protection des données). Le gouvernement français remet à leur place les Gafa, qui ont jusqu'à présent toute impunité face à l’impôt, en les taxant à partir de janvier.
Vous parlez de hold-up du siècle dans votre livre. Pourquoi ?
C’est en effet le plus grand hold-up du siècle dont nous sommes à la fois complices et victimes. Le comportement de Mark Zuckerberg, co-fondateur de Facebook et PDG de Wikipédia, devant le Sénat américain, montre avec quelle arrogance et quel autisme il continue de bâtir son empire. La richesse des Gafa est comparable au PIB de la France (2600 milliards de dollars), il sera dans cinq ans, dans dix ans, celui de l’Europe, et pourquoi pas un jour celui du monde. Un État numérique est en train de se constituer.
Vous êtes présent au Soler, dans un territoire qui a fait du numérique un enjeu de développement économique et territorial. Quel message aux acteurs catalans ?
Le territoire des Pyrénées-Orientales et ses acteurs ont bien raison d’aller vers le progrès et participer à la création de nouveaux métiers. Il est vrai que le digital intervient dans les entreprises à la fois pour améliorer les performances et la productivité, mais aussi comme ressource à travers la data.










