Le préfet de région alerte sur les défis lancés par la croissance démographique
Devant environ 150 personnalités, issues des services régionaux de l’État, Pascal Mailhos, préfet de la région Occitanie et de Haute-Garonne, a dressé, le 10/11, un portrait économique de la grande région, en appuyant sur ses atouts, mais également sur les défis à relever par les acteurs du territoire.
« Cette région est jeune, elle n’a que deux ans, mais pour nous, c’est presque déjà une vieille institution. On nous a expliqué que c’était impossible de marier les ex-régions LR et MP, que nous n’y arriverions pas. Nous avons franchi les obstacles, pour deux raisons. La première : nous avons été modestes. Nous avons avancé jour après jour, les directeurs régionaux s’en souviennent, avec pragmatisme, ambition et modestie. La seconde condition, tout aussi indispensable : nous avons été unis. Les victoires sont collectives, les défaites sont individuelles. »
La distorsion entre métropoles et autres territoires
« Bien sûr, tout n’est pas acquis, ni facile. La distance entre Toulouse et Montpellier reste la même. La grandeur de la région, la taille de l’Autriche ou de l’Irlande, reste la même. La région avec le plus grand nombre de départements de France, 13, reste identique. Les tiraillements entre des métropoles très dynamiques et des territoires aux situations plus contrastées, des taux de chômage qui vont du simple au triple, un nombre de quartiers Politique de la Ville 20 % supérieur à celui de la Nouvelle Aquitaine qui a pourtant la même population que nous, 50 % de la région en zone montagne, des territoires qui souffrent, qui se considèrent comme un peu oubliés, ce sont des réalités. »
Canal du Midi et Plan Littoral 21, deux dossiers emblématiques
- Canal du Midi : « C’est le sourire de la région, liant les deux anciennes régions. Il était un peu à l’abandon. Pierre-Paul Riquet a inventé le partenariat public-privé, et a compris que l’union des territoires était une force. »
- Le Plan Littoral 21. « La mission Racine a été confiée à un grand aménageur, Racine, qui a mené la réflexion pour l’aménagement du littoral, il y a 50 ans. Un tour d’hélicoptère, une tape sur l’épaule, et l’affaire est réglée. C’était une époque bénie (sur le ton de l’humour). Pas d’interministériel, pas de concertation avec les collectivités locales, pas de discussion avec les associations, les syndicats… 50 ans après, il a fallu réengager ce dossier, en étant attentif aux nouvelles méthodes, aux nouveaux objectifs et aux nouvelles attentes. C’est un beau dossier. »
« La croissance démographique crée des difficultés »
« Nous devons être attentifs à la façon dont les gens perçoivent cette région. La réforme n’est pas un jumelage entre deux régions. Nous avons trois défis : mettre en œuvre la politique du nouveau gouvernement. Il y a aussi l’adaptation aux prochains chantiers, comme la montagne, par exemple, à savoir les Pyrénées. Les massifs souffrent, ils sont en retrait par rapport aux Alpes. Il faut éviter de travailler vallée par vallée, et aborder les choses de haut, y compris avec l’Espagne et l’Andorre. Enfin, les choses vont vite. Il y a deux ans, Toulouse était le chef-lieu de la région Midi-Pyrénées. Aujourd’hui, il y a 13 départements. La démographie est galopante, avec 50.000 arrivants de plus. De 5ème région sur 13, l’Occitanie deviendra à la fin de l’actuel quinquennat la 3ème de France, derrière l’Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Est-on prêts, en 3 ans, 5 ans maximum, à passer à la 3ème région sur 13 ? La croissance démographique crée des difficultés. Au hasard : créera-t-on assez d’emplois ? Créera-t-on assez de logements ? Les transports seront-ils adaptés ? En 2040, la région comptera 1 Mdm3 d’eau de déficit par an ! En matière de consommation foncière, chaque nouvel habitant en Occitanie ‘coûte’ 600 m2 de surface – pas uniquement le logement bien sûr. Pourra-t-on longtemps continuer à ce rythme-là ? Non. La réserve foncière s’amenuise sur les communes littorales, qui n’ont plus que 8 ans devant elles. Les conséquences de la croissance démographique sont un défi. Il faut prendre la mesure de ces défis - les identifier, et y répondre collectivement. »










