Fil infos

Languedoc-Roussillon
|
Eau - Environnement / Institutions
| 26/10/2022

Le Conservatoire du littoral souhaite « préserver 30 000 ha de littoral d’ici à 2050 »

Délégué de rivage Languedoc-Roussillon, Cédric Bohun supervise la préservation des 14 500 ha détenus en propre par le Conservatoire du littoral dans la région tout en ouvrant ces espaces au public. Sous-jacente à chaque action du Conservatoire, une adaptation inévitable aux changements climatiques, de plus en plus prégnants sur le littoral.

À quoi sert le Conservatoire du littoral ?
Son objectif est de préserver un tiers de tous les littoraux français via des acquisitions tout en per- mettant une ouverture au public dans la mesure où cela n’interfère pas avec la protection de la biodiversité. Notre délégation couvre l’ex-Languedoc-Roussillon, de la Camargue gardoise à Cerbère dans les Pyrénées-Orientales, soit 220 km de côtes et 30 communes, auxquels il faut ajouter les 20 communes du rétro-littoral qui bordent les étangs et lagunes, nombreux sur ce territoire. Au total, le Conservatoire est pro- priétaire de 14 500 ha. L’objectif à 2050 est de doubler, avec près de 30 000 ha en pleine propriété.

Est-ce ambitieux ?
Oui car nous achetons très souvent à l’amiable ou par préemption – jamais par expropriation. Il reste peu de grandes propriétés foncières à acquérir, il s’agit de petites parcelles. Cela implique un démarchage foncier individuel qui prend du temps. Nous sommes de plus en plus en contact de zones urbanisées ou de zones où il y a des usages comme de la cabanisation. Selon sa complexité, un dossier se boucle entre six mois et plusieurs années.

Quels sont vos moyens financiers ?
Le Conservatoire du littoral dispose d’un budget national – issu de la taxe sur les bateaux à moteur mais aussi de subventions, de mécénat et de dons – de 50 M€ par an. Le budget de chaque délé- gation est ensuite le fruit d’un arbitrage annuel. Tous les projets sont co-financés par la Région, l’Europe, les Départements, les collectivités et l’Agence de l’eau. Le maître d’ouvrage doit assurer 20 % d’autofinancement. Le Conservatoire participe à hauteur de 10, 20 ou parfois 30 %.

Quels sont vos dossiers prioritaires ?
Hormis les acquisitions foncières, nous avons des opérations sur des bâtis en vue de créer un réseau de maisons de site tout le long du littoral. Il y a actuellement huit gros projets en phase opérationnelle pour un coût total estimé à 20 M€, dont 2,4 M€ financés par le Conservatoire. Les plus importants seront celui du phare de l’Espiguette dans le Gard et du cap Béar dans les Pyrénées- Orientales. Dans l’Aude, nous allons ouvrir au printemps pro- chain le premier refuge de littoral de la région au cœur du domaine Sainte Lucie. C’est le même principe qu’un refuge de montagne, avec de l’hébergement mais toujours accompagné d'explications sur ces espaces naturels.

Comment travaillez-vous avec les collectivités territoriales ? Tout est basé sur un système de partenariats. Nous achetons le foncier et la gestion du site est ensuite généralement assurée par les collectivités. Il y a au total 36 gestionnaires : quelques com- munes, beaucoup d’aggloméra- tions ou de métropoles ainsi que des associations comme le Conservatoire d’espaces naturels ou encore la fédération de chasse. Nous avons des conventions de partenariat avec la Région et tous les Départements, l’Agence de l’eau et la Safer.

Quel est l'impact du changement climatique sur le littoral ?
Le littoral étant en première ligne partout, il est un très bon indicateur de ce changement. Ses effets sont très visibles et cela s’est accé- léré avec des phénomènes assez brutaux : inondations, submersions marines, montée du sel. Autant de phénomènes qui mettent en péril certaines cultures et menacent des écosys- tèmes. En Camargue, dont nous sommes l’un des principaux propriétaires fonciers, la baisse d’apport en eau douce est très préoc- cupante. Le Rhône perd 5 % tous les ans et on voit l’impact sur les lagunes et les étangs, avec, paral- lèlement, la mer qui monte.

Que faire ?
Les collectivités se projettent de plus en plus à 2050, voire à 2100. À chaque territoire d’avoir sa propre feuille de route. Le Conservatoire a une stratégie d’adaptation. Il y a des espaces où il faut résister car il y a des enjeux mais d’autres où l'on sait que c’est peine perdue. L’intervention sur le lido du Petit travers (entre La Grande Motte et Carnon, NDLR) en est un exemple via la renaturation du site : pour diminuer l’effet de l’éro- sion, la route a été déplacée pour reconstituer le fonctionnement naturel de la dune. La submersion marine et le sel qui va avec, la diminution de la ressource en eau douce et le risque incendie sont trois dangers immédiats qui dictent les interventions du Conservatoire.

 

Propos recueillis par Nelly Barbé - barbe@lalettrem.net
Bloc Abonnement

La Lettre M sur votre bureau chaque mois, la newsletter quotidienne à 18h, toute l'actualité en temps réel sur lalettrem.fr, les magazines thématiques, le guide « Les Leaders, ceux qui font l’Occitanie », la référence des décideurs d'Occitanie