L'avion “vert”, planche de salut de l'aéronautique ?
« Décarbonation ». S'il est un mot qui a été répété à l'envi lors des Aerospace Digital Days, organisés les 26 et 27 mai par le pôle de compétitivité Aerospace Valley, c'est bien celui-ci. Et pour cause : alors que le secteur aéronautique – qui concentre plus de 100 000 personnes en Occitanie – est touché de plein fouet par la crise, la filière est amenée à s'imaginer un avenir plus “vert” au travers du développement d'appareils moins émetteurs de Co2. Mais l'avion décarboné est-il vraiment la planche de salut de l'industrie régionale ? Pour Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région chargée du développement économique, cela ne fait aucun doute. L'élue souhaite en effet que les différents plans mis en place par les pouvoirs publics permettent de « faire de l'Occitanie le leader en matière d'aéronautique verte et durable ». L'objectif affiché par l'industrie est de mettre sur le marché un avion totalement décarboné à l'horizon 2035. Pour Patrick Piedrafita, président d'Airbus Opérations SAS, l'enjeu est de taille : « Nos pionniers auraient certainement adoré relever ce défi », glisse-t-il. Tout en rappelant que le secteur aérien ne représente pas plus de 2 % des émissions de gaz à effet de serre, l'industriel confirme que le groupe fait « de la transition écologique un pilier majeur de sa stratégie ».
Une révolution en deux temps
Mais cette révolution devrait en réalité se structurer en deux étapes. À court terme, le secteur mise sur la généralisation des carburants alternatifs et l'amélioration des trajectoires de vol, dans une logique plus éco-responsable. Puis viendra – aux côtés d'autres développements technologiques comme l'optimisation de l'aérodynamisme, l'allongement des structures et la performance des moteurs - l'émergence de technologies hydrogène, avec de premiers essais sur banc d'intégration qui pourraient avoir lieu « en 2024 », estime Patrick Piedrafita. Bénéficiant d'un budget d'1,5 Md€ sur trois ans, le Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile), sous l'égide de la DGAC (Direction générale de l'aviation civile), travaille activement sur ces questions avec les grands industriels du secteur, Airbus en tête. Mais pas seulement. « Nous souhaitons que puissent monter à bord 25 à 30 % de TPE, PME et ETI », confie Yann Barbaux, président d'Aerospace Valley, qui mise par ailleurs sur de premiers développements, probablement « plus rapides », dans l'aviation légère (affaires, voltige, transport sanitaire...). C'est dans ce cadre que s'inscrit le projet Maele, qui a fait l'objet d'un premier appel à manifestation d'intérêt (AMI) fin 2020. « Plus de 200 entreprises du territoire se sont déjà engagées dans la démarche, se félicite Yann Barbaux. Un 2e AMI sera lancé avant l'été. Cela permettrait de développer de nouveaux segments de marché, sur des distances courtes, en redonnant de la vie à de petits aéroports comme celui de Béziers, par exemple. » Une solution « vertueuse », puisqu'en utilisant des plateformes existantes, l'avion léger décarboné aurait « un coût environnemental nul ». Un premier pas avant de voir naître de véritables long-courriers “verts”.










