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Languedoc-Roussillon
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Transports - Logistique
| 19/04/2013

L'appel des maires du Sud pour la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan

de gauche à droite : Xavier Trias, maire de Barcelone, Raymond Couderc, maire de Béziers et président du 6ème sommet des villes pour la grande vitesse et Hélène Mandroux, maire de Montpellier.

Arme anti-crise, outil de développement durable (fret ferroviaire) et de rapprochement entre territoires, accélérateur d’affaires et de tourisme, connexion des réseaux à grande vitesse français et espagnol… les élus de 12 villes française et espagnole* ont multiplié les arguments pour que leurs Etats respectifs et l’Europe financent massivement le projet de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (150 km, environ 6 Md€), vendredi au Palais des Congrès de Béziers, à l’occasion du 6e sommet des villes pour la grande vitesse.
Pour souligner le caractère international de la manifestation et de ce projet ferroviaire, les drapeaux occitan, catalan, français et espagnol ont été déployés au-dessus de l’assistance.

L’argent, nerf de la guerre

« Qui va payer, et dans quelles proportions ?, s'interroge Jean-Paul Alduy, président de Perpignan Méditerranée. Ce projet ne se fera pas sans financements européens. Or, l’Europe fonctionne selon le principe du "1er arrivé, 1er servi". Je suis inquiet. Au niveau national, la commission Duron doit classer les projets en trois groupes. Des commissions donnant des priorités, j’en ai connu… Il y a une grande probabilité que nous ne soyons pas au rendez-vous des financements européens. On n’aura des financements européens que si nous sommes capables de définir nous-mêmes un plan de financement crédible. L’horizon est rapide : 2014, peut-être 2015, pas au-delà. Il nous faut faire feu de tout bois en termes de lobbying sur le plan national, et pas qu’européen, pour dégager auprès de Bruxelles un plan de financement crédible. Idem vis-à-vis de nos amis catalans : ils ne nous aideront que s’ils y voient clair dans notre plan de financement. »

Inquiétudes

Dans des contextes budgétaires tendus, et pour l’Europe et pour les Etats, les élus craignent un énième report du projet, jugé prioritaire pour le développement et l’attractivité du territoire. « Les études, les questions de normes (signalisations et écartements de rail différents, NDLR) et les financements croisés, c’est des façons de retarder le projet, a déclaré Jacques Bascou, maire (PS) de Narbonne. Montpellier-Perpignan. Je souhaite que la commission Duron fasse une hiérarchisation des projets. Je ne suis pas sûr qu’elle la fasse. Il faut faire pression sur cette commission 21, et les parlementaires membres de cette commission, qui sont eux-mêmes des élus portant des projets locaux. Je ne fais pas de procès d’intention, mais il faut être présent. »

Impatience

Pour le représentant du maire de Toulouse, la LNMP serait aussi une façon de « lutter contre la crise et d’investir dans le développement durable ». Pour Xavier Trias, maire de Barcelone, « il faut créer une région transfrontalière pour créer de l’activité économique. L’Europe commence à y croire. Il faut que ça devienne une réalité. Nos propres pays doivent y croire aussi. C’est important pour le trafic passager, mais aussi pour la logistique. La ligne nouvelle sera une réponse aux besoins de nos territoires, alors que tout se transporte par la route… » D’après lui, il y a urgence. « Le temps, c’est de la compétitivité. Chaque année perdue, c’est une tragédie. Nous avons perdu tellement d’années. On pourrait être aujourd’hui dans une situation très différente. Appliquons le bon sens, dépensons ce que nous pouvons dépenser, on ne peut plus jeter de l’argent. » Hélène Mandroux, maire de Montpellier (PS) a fait part également de son impatience. « Ça fait 25 ans qu’on attend. D’autres trains à grande vitesse sont passés depuis en Europe. Le goulet d’étranglement est peut-être prioritaire, mais le train est aujourd’hui un tortillard entre Montpellier et Perpignan. Je m’inquiète un peu, même si je me félicite de la réalisation du contournement de Nîmes et Montpellier. En 2008, j’étais déjà allée à Bruxelles, avec le maire de Barcelone, et on nous avait écouté. Nous écouter, c’est bien, mais agir, ça serait peut-être mieux. »

Services associés

Ricard Font, secrétaire du Territoire et de la Mobilité de la Generalitat de Catalunya, a insisté sur la définition en amont de services associés à l’infrastructure. Réflexion qui a déjà cours en Catalogne espagnole, autour de la ligne nouvelle Barcelone-Figueras : raccordement aux ports et aéroports (Barcelone notamment). « Le débat doit être double : l’infrastructure elle-même, et les services qu’on lui associe. C’est par ce biais que l’infrastructure dynamise l’économie d’un territoire. »

Europe : match Parlement/Commission

Le sommet a donné lieu à une guerre des chiffres entre émissaires du Parlement européen et de la commission. Version optimiste pour Cyril Robin-Champigneul, chef de la représentation régionale Sud (basée à Marseille) : « La valeur européenne de ce corridor vient d’être renforcée par une évaluation de la pertinence des réseaux de transport européens. L’objectif de l’Union Européenne, c’est que ce réseau central européen soit opérationnel en 2030. Cela paraît loin, mais c’est demain. Le projet de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan est incluse dans le réseau central, qui relie les grands pôles économiques de l’Union Européenne. Le fret joue tout son rôle dans ce corridor : ports de Valence, Tarragone, Barcelone, Marseille, Sète, pôle économique Saint-Charles à Perpignan… »

23,2 Md€ pour les réseaux de transports
Côté budget, il rappelle que 23,2 Md€ devraient être consacrés aux réseaux de transport dans le cadre du budget 2014-2020. « 13,2 Md€ seront affectés aux Etats éligibles aux fonds de cohésion, et les 10 Md€ restants seront disponibles pour les projets des 27 Etats membres. Il y aura une liste très limitée de projets à financer. La LNMP est identifiée, d’autant plus que Bruxelles constate que des progrès ont été faits : lancement des travaux du contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier et achèvement de la LGV entre Barcelone et la frontière française. »
Agenda

De son côté, la députée européenne Marie-Thérèse Sanchez-Schmid demande une clause de révision à mi-parcours (2017) pour augmenter cette enveloppe européenne, jugée insuffisante. D’après elle, une course de vitesse pour la financement de projets concurrents entre eux est lancée. « L’Europe financera entre 20 % et 40 % du projet. Il est important de vite mettre en place un agenda précis. La règle, à Bruxelles, c’est "1er arrivé, 1er servi". Si l’Etat français montre un engagement financier important, on pourra obtenir un financement européen conséquent. »
Enquête publique en 2015

RFF, maître d’ouvrage du projet, table sur une enquête publique en 2015, pour une mise en service, au mieux, en 2020. La phase d’études préliminaires et de concertation (40 M€) est en cours. En 2008, sur les 12 millions de voyageurs qui ont franchi les Pyrénées côté Méditerranée, 2 % seulement l’ont fait par train. Le projet sommet des Villes pour la grande vitesse se tiendra en 2014 à Gerone (Espagne).

* Nîmes, Montpellier, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Toulouse, Perpignan, Figuères, Girona, Barcelona, Tarragona et Lleida.

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