Françoise Debaisieux ne savait pas. Crédule, elle pensait que les 1 000 € d’emplettes mensuels (14 000€ au total) dépensés au frais de la préfecture de Lozère l’étaient pour « le préfet et sa famille. » Dès lors, quoi de plus normal à ce que les policiers, lors d’une perquisition en Champagne-Ardenne au domicile de l’ex-préfète de Lozère (2007 à 2009), retrouvent des fauteuils Louis XVI, ou encore des chaises Napoléon III, et du linge de maison. « C’était pour moi (…). Je stockais au fur et à mesure dans la chambre fushia (de la préfecture, NDLR) avant de les amener en Champagne-Ardenne. » Par deux fois, elle missionnera son chauffeur pour l’emmener vers une sortie d’autoroute près de Paris avant de charger avec son mari « des valises lourdes » pleines de linges et objets achetés au frais de la préfecture, dans sa voiture personnelle.
Pas étonnant non plus à ce que l’on retrouve également dans le coffre de la voiture de sa fille « un chandelier à trois branches » que les fonctionnaires mendois se souviennent avoir vu en préfecture. L’ex-préfète se dit en revanche surprise à l’évocation d’un vêtement : Que faisait l’imperméable, déclaré volé, de la directrice de cabinet de Françoise Debaisieux chez la fille de cette dernière ? « Ça m’interroge », répond-elle elliptiquement. Et que dire de cette peinture à l’huile, non cadrée, représentant un bouquet de fleur peinte par la femme d’un ancien préfet retrouvée elle aussi en Champagne-Ardenne ? « C’est arrivé chez moi, il a du être emmené par mes gamins. »
« Bonne foi »
L’ex-préfète de Lozère se défend sur chaque objet. Mais dans les grandes lignes, elle aurait agi par méconnaissance. Médecin de formation, elle n’est pas du sérail de la préfectorale. « J’espère que vous entendrez ma bonne foi », dit-elle en préambule s’adressant à la présidente, qui, une heure et quarante-cinq minutes durant, s’est attelée à lire de manière quasi-exhaustive la procédure. Probablement courbaturé, le procureur Finielz se lève pour faire quelques pas. « N’ayez pas peur, je reste », lance-t-il aux avocats de la défense. Quand vient son heure d’interroger la prévenue, il descend de son perchoir pour s’asseoir sur le bureau de l’huissier pour poser les mêmes questions que la présidente sur sa perception de la propriété privée et du bien d’Etat. Comme devant les enquêteurs, Françoise Debaisieux ne change sa défense d’un iota. Elle ne savait que ce qu’elle faisait était illégal. La preuve de sa bonne foi ? Elle a remboursé « au prix du neuf » certains objets qu’on lui reproche d’avoir emporté. Et puis, il y a des meubles achetés sur ses propres deniers « que j’ai laissé à Mende quand j’ai été nommée à Tarbes. » « Des meubles de moindre qualité », précise la présidente. Le procureur reprend : « En somme vous laissez à la préfecture vos biens personnels et emportez à votre domicile personnel les biens de la préfecture. »
Peu de questions pour le mari de Françoise Debaisieux (Hervé) qui prend tout de même la défense de madame. « Je suis un peu surpris du procès que l’on fait à ma femme. Ma femme est une technicienne de la santé. Ce poste, elle ne l’a pas demandé. Elle s’est retrouvée préfète. On lui a demande d’acquérir tout de suite ce qu’on a demandé à un énarque d’apprendre en deux ans. » Leurs deux avocats, Me Cabannes et Scheuer, ténors des barreaux régionaux devaient plaider la relaxe.
Le procureur a requis deux mois avec sursis contre Hervé Debaisieux. Et douze mois avec sursis assortis de 10.000 € d'amende et cinq ans d'interdiction de droits civiques à l'encontre de l'ex-préfète. Ses avocats ont plaidé la relaxe. Le tribunal rendra son délibéré le 1er décembre.