L’agrivoltaïsme essaime en Occitanie
Adoptée le 7 février, la loi relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables (EnR) donne pour la première fois un cadre règlementaire à l’agrivoltaïsme. Le concept, qui permet de produire de l’électricité à partir de panneaux solaires installés sur des parcelles agricoles, a vu le jour en 2011 à Montpellier. Chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l'alimentation et l’environnement (Inrae), Christian Dupraz invente alors le terme dans le cadre d’une publication scientifique. L’agronome part du postulat que les plantes n’utilisent en moyenne que 30 % du rayonnement solaire. De fait, ce process permet d’exploiter un gisement pour la fourniture d’énergie sans pénaliser le rendement.
Un premier démonstrateur à Lavalette
Un tout premier démonstrateur est mis au point en 2009 sur un site prototype à Lavalette (34) avec l’entreprise Sun’R. « Nous avons installé un procédé dynamique de panneaux mobiles favorisant les cultures. Le système s’adapte aux besoins en lumière et les panneaux s’alignent sur les rayons du soleil, sans générer d’ombre », précise le scientifique à La Lettre M. Il estime que l’agrivoltaïsme va devenir une filière majeure du futur mix énergétique, avec des potentialités certaines. « En utilisant 2 % de la surface agricole, soit 30 M d'hectares, il est possible de produire autant d’électricité que le parc nucléaire français existant. » Actuellement, de nombreux projets agrivoltaïques voient le jour en Allemagne, en Italie, en Corée du Sud, au Japon ou aux États-Unis. En avance d'« une douzaine d’années » sur la recherche, la filière française commence elle aussi à se structurer avec 13,2 GW installés en 2021.
L’Occitanie en pointe
Selon l’Inrae, l'Hexagone compte à ce jour une cinquantaine de centrales agrivoltaïques en service ou en construction, avec des projets portés par des industriels tels qu’Engie Green, Valeco ou encore Valorem. En Occitanie, une dizaine de centrales est en passe d’être opérationnelle. Et les entreprises régionales sont en pointe sur ce marché. À l’origine du premier dispositif agrivoltaïque, le développeur Sun’R a inauguré en 2018 à Tresserre (66) un démonstrateur agrivoltaïque dynamique sur une surface de 4,5 ha. Avant de lancer en 2019 une filiale dédiée dénommée Sun’Agri. L’entreprise, dont le centre de recherche est basé à Montpellier, essaime désormais au sein d’une vingtaine de parcelles déjà exploitées ou qui verront le jour en 2023. Et elle vise 160 ha de terres agricoles couvertes à horizon 2025. « Nous consacrons chaque année 10 % de notre chiffre d’affaires à nos investissements R&D. 55 % de nos projets sont situés en Occitanie. Ce taux sera porté à 65 % fin 2023 », précise Damien Fumey, responsable R&D de l’opérateur.
70% des appels à projets de la CRE
Considérée comme pionnière de la filière, la société remporte en moyenne « 70 % des appels à projets annuels émis par la Commission de régulation de l’énergie depuis 2017 ». En janvier dernier, Sun’Agri s’est vu notifier quinze nouveaux projets lauréats sur cinq cultures différentes, dans six départements. Et ce à un coût de production oscillant entre 900 k€ et 1,1 M€ par ha.
Autre acteur régional actif : Amarenco. Le producteur franco-irlandais d’énergies renouvelables, implanté à Lagrave dans le Tarn, vient de boucler une levée de 300 M€. L’opération doit notamment financer le développement d’infrastructures agrivoltaïques. À ce jour, l’entreprise a réalisé plus de 500 installations sur le Vieux Continent. Et Amarenco préside le groupe de travail sur l’agrivoltaïsme de SolarPower Europe.
Dilemme programmatique
Parmi les autres acteurs référents de l’Occitanie, l’opérateur énergétique montpelliérain Urbasolar. La filiale du groupe Axpo (300 M€ de CA) a investi le segment de l’agrivoltaïsme depuis quelques années. « Cela représente 10 à 20 % de notre activité », précise Gilles Amendola, directeur général adjoint. Membre du bureau solaire du syndicat national des EnR, le dirigeant précise que le concept permet d’élargir la typologie de terrains pour développer la production d’énergie solaire. Et ce en complément des ombrières installées le plus souvent dans des friches ou des terrains dégradés. L’entreprise héraultaise revendique ainsi « 35 serres construites ou en cours d’élaboration dans des structures agricoles, dont 22 mises en service ». Trois d’entre elles se situent en Occitanie, dont une dans l’Aude, à Castelnaudary (3 MW). L’opérateur développe en outre « 24 projets hors serre au sein de pâturages », dont neuf en région. Avec cette multiplication du nombre de centrales agrivoltaïques, la régulation du marché va relever du dilemme, estime Christian Dupraz : « Nous sommes désormais face à un choix programmatique. Faut-il réaliser 100 projets de 1 000 ha comme certains opérateurs le souhaitent ? Ou 100 000 projets de 1 ha pour faire bénéficier tous les agriculteurs de cette technologie ? »











