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Languedoc-Roussillon
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Communication - Médias
| 4/02/2010

La montée en puissance de l’information sur le web aggrave la crise de la presse écrite

« Internet accélère la crise de la presse écrite, qui était déjà mal en point », a martelé l’économiste Elie Cohen, mardi 2 février, à la Maison des Etudiants à Montpellier, à l’occasion d’un débat sur le thème « Internet, quel modèle économique pour l’information ? » ?Pierre Haski, fondateur du site d’information en ligne Rue89, en mai 2007, a défendu les nouvelles valeurs portées par l’information sur le web : « 60 % des citoyens ne croient pas les journalistes. Ça devrait nous interpeller sur la pratique de notre métier. »La stratégie est basée sur l’indépendance : « pas question d’avoir derrière nous un groupe de presse, un fonds d’investissement ou une société de capital-risque. Nous avions la volonté d’avoir les mains libres. »

Un modèle en exploration

Le modèle économique de l’information numérique reste fragile. Rue89, qui n’a pas encore atteint son seuil de rentabilité selon Pierre Haski, a développé en 2008 et 2009 des activités de développement de sites pour d’autres clients et de formation continue de journalistes. « Ce modèle économique nous a permis de traverser la crise. C’est la clé pour rester indépendant et continuer à nous développer ». D’autant plus que l’effondrement du marché publicitaire est accentué « par des portails d’informations sans journalistes, comme Google, Yahoo, MSN, Orange, qui participent au partage d’un gâteau publicitaire qui a lui-même déjà beaucoup souffert ».

« Un lecteur Internet rapporte 20 fois moins qu’un lecteur papier à un éditeur de presse, a souligné un expert de l’Idate. Ce n’est pas la crédibilité de l’information sur Internet qui est en jeu. Les internautes sont de plus en plus nombreux et restent de plus en plus longtemps sur les sites. »

Elie Cohen a expliqué les tâtonnements du New York Times en matière d’offre Internet : « La stratégie est passée d’une offre payante pour un contenu premium à une gratuité intégrale, incluant les archives. Le danger de la gratuité, c’est qu’on habitue mal le lecteur. Il ne va pas sauter au plafond quand on va lui demander de payer… » En mars, le quotidien new-yorkais va expérimenter une formule hybride. Le site sera libre d’accès lors du premier quart d’heure, puis deviendra payant. « J’ai des doutes sur le fonctionnement de ce modèle », a ajouté Elie Cohen. D’après lui, le salut viendrait plutôt des nouveaux terminaux mobiles (Iphone, Blackberry, Ipad), qui « devraient permettre aux éditeurs de monétiser des contenus, sur un modèle de micropaiements ».?

« Affaiblissement historique » de la presse écrite

Si la presse en ligne se cherche encore, la presse écrite connaît un « affaiblissement historique », a rappelé Elie Cohen. « En 2000, le New York Times a déboursé 1 milliard de dollars pour acquérir le Boston Globe. Aujourd’hui, il n’arrive même pas à le vendre à 100 millions de dollars, soit dix fois moins que le prix d’achat ! » Les origines du mal sont connues : « Presse chère, faiblesse de la presse quotidienne nationale par rapport aux magazines et à la presse quotidienne régionale, rôle du Syndicat du Livre dans les coûts de la presse, surcoûts de distribution liés aux NMPP, tendances éditorialisantes, hypertrophie de l’offre, effondrement du marché publicitaire, dispersion des audiences, baisse de la lecture chez les 15-24 ans. »

Face à ces enjeux « d’une très grande nouveauté », Elie Cohen fustige le manque d’imagination des pouvoirs publics et des acteurs : « La seule réponse qu’on trouve en France, quand un secteur est en crise, c’est l’attribution d’aides publiques. » « Sans aides publiques, la moitié de la presse s’effondrerait du jour au lendemain, a conclu Pierre Haski. Le problème des aides et des subventions, c’est qu’elles sont devenues indispensables à la survie des entreprises de presse. »

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