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Haute-Garonne
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Institutions
| 7/11/2024

La fronde des élus locaux contre les restrictions budgétaires imposées par l'État

Les élus se sont rassemblés à la préfecture de la Haute-Garonne, à Toulouse, le 7 novembre
© Laurie Correia

« Cette privation brutale et drastique de recettes déséquilibre notre action », déplore Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors du rassemblement des élus locaux organisé le 7 novembre devant la préfecture de la Haute-Garonne, à Toulouse, pour protester contre les restrictions budgétaires imposées aux collectivités dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2025. L’édile l’assure : « Quelles que soient nos sensibilités politiques, nous avons tous parlé d’une voix. » Sébastien Vincini, à la tête du Département, dénonce « un mur d’efforts quasi insurmontable » dont les conséquences vont « impacter le quotidien de nos concitoyens ». Les élus appellent le Gouvernement à s’ouvrir au dialogue.

45 M€ d’impact sur la métropole toulousaine
« Nous ne pouvons pas être indifférents à la situation financière de l’État, concède le DVD Jean-Luc Moudenc. Mais nous voulons discuter dans le respect mutuel, pour bâtir ensemble des trajectoires de rétablissement des finances publiques qui ne se feront pas au détriment des citoyens et des collectivités. » L’impact des mesures gouvernementales sur la métropole toulousaine est estimé à 43 M€ – auxquels s’ajoutent 2 M€ liés à la suppression du Fonds vert – soit l’équivalent de son épargne nette. « Il ne s’agit pas d’un problème d’étiquette politique ou de couleur du Gouvernement, poursuit l’édile. Si nous sommes dans cette situation, c’est parce que depuis 50 ans, tous les gouvernements du pays ont systématiquement voté des budgets en déficit et emprunté davantage, alors que nous avons tous voté nos budgets à l’équilibre. Nous ne pouvons pas accepter que nos services publics soient déstabilisés ou que les projets sur lesquels nous avons été élus et que nos concitoyens attendent soient mis entre parenthèse ou de côté. »

« Des élus vont rendre leur écharpe »
Karine Traval-Michelet, maire PS de Colomiers et vice-présidente de Toulouse Métropole, ne cache pas sa colère : « Les communes et les maires sont de bons gestionnaires, et les montrer du doigt est insupportable. » Un avis que partage Françoise Siméon, maire de Fonsorbes et 4e vice-présidente du Muretain Agglo : « Le déficit a été creusé par l’État, pas par les maires. Nous sommes très inquiets : allons-nous pouvoir continuer à offrir la même qualité de service public de proximité avec les baisses annoncées et les ponctions ? » Pour Sébastien Vincini, il va falloir s’attendre à ce que des édiles rendent leur écharpe, à l’instar de Camille Pouponneau, ancienne maire de Pibrac, qui a démissionné le mois dernier. « Elle a lâché, mais nous sommes tous dans cet état d’esprit », assure Françoise Siméon, qui a proposé de fermer les mairies du Muretain Agglo ce jour afin d'« interpeller aussi les administrés » sur la situation.

« Un impact significatif sur l’économie locale »
Les élus de tous bords le répètent : le manque de visibilité est selon eux inquiétant. « Nous avons initié des projets et, encore une fois, au milieu de la partie, on nous change les règles du jeu sans concertation », s’insurge Vincent Terrail-Novès, maire de Balma. Le président départemental de Renaissance, le parti macroniste, assure avoir fait remonter ses revendications au niveau national. Il appelle à une négociation et à une concertation avec l’État : « Nous devons restaurer le lien de confiance. » Pour Laurent Chérubin, maire de Labège et 4e vice-président du Sicoval, « l’effort fait pour équilibrer le budget national va avoir un impact significatif sur l’économie locale. Il faut réfléchir à un autre modèle. » D’après l’élu, président départemental du Parti Radical de Gauche, l’impact « représente 3,5 M€ sur le Sicoval, sans compter les charges sociales supplémentaires et les efforts annexes ».

« Les élus locaux sont le ciment de notre collectivité »
Alors que la 106e édition du Congrès des maires et des présidents d'intercommunalité de France doit se tenir à la fin du mois, Jean-Luc Moudenc s’attend à un événement « très agité. Il faudra que le Gouvernement soit là, en face, pour dialoguer et nous donner des réponses malgré la tension énorme. » Et André Mandement, maire PS de Muret et président du Muretain Agglo, de conclure : « Les élus locaux sont le ciment de notre collectivité nationale ; s’il se défait, nos concitoyens auront une qualité de vie altérée. Il faut un changement de comportement vis-à-vis des élus locaux. Autrement, tout le système va s’effondrer. »

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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