« La fausse bonne idée est de trop augmenter les prélèvements… »
Guillaume Plantin vient d’être nommé membre du Conseil d’Analyse Economique, une instance chargée d’aider le gouvernement dans ses orientations de politique économique.
De nombreux indicateurs sont dans le rouge, la note de la France vient d’être à nouveau dégradée, le chômage s’aggrave… Le pire est-il dernière nous ?
Il y a eu une accalmie dans la crise, suite aux annonces faites au niveau de la zone euro, avec le pacte de stabilité et de croissance renforcé et l’union bancaire. La situation de la France ne peut pas être analysée hors du contexte européen et la crise en France ne se résoudra pas à la seule échelle nationale. C’est bien aujourd’hui la politique européenne en matière économique qui permettra d’enclencher définitivement la sortie de crise. Certes, il ne faut pas s’attendre à renouer avec la croissance dès 2013. Toutefois, si les mesures annoncées en 2012 sont implémentées de façon rapide et crédible, alors, on peut raisonnablement envisager une mécanique de sortie de crise sur le second semestre de 2013.
Après les risques de « crédit crunch », les PME, qui pâtissent à la fois de la contraction des crédits bancaires et de l’allongement des délais de paiement des donneurs d’ordres, ne risquent-elle pas le « cash crunch » ?
Les problèmes de trésorerie sont aussi des problèmes de crédits. Si des entreprises ont des projets profitables, il faut comprendre pourquoi les banques ne peuvent pas, ou ne veulent pas suivre. Il me semble que les fortes incertitudes des banques quant aux nouvelles contraintes de liquidité que Bâle III va leur imposer, explique leur réticence à fournir de la liquidité aux entreprises.
Que pensez-vous de la création de la Banque Publique d’Investissement (BPI) et du pacte de compétitivité ?
La BPI est un outil conjoncturel pour pallier l’aversion au risque des banques. Elle peut éventuellement être une réponse temporaire au risque de crédit crunch ou de cash crunch. Quant au pacte de compétitivité, il apporte un signal fort sur une problématique de fonds : si on ne réduit pas les écarts de compétitivité entre les pays de la zone euro, on aura une crise de la dette permanente. Le pacte de compétitivité présenté par le gouvernement français va globalement dans le bon sens, avec une feuille de route assez claire.
Pour sortir de la crise, qu’elle est, selon vous, la fausse bonne idée de 2012 ?
La fausse bonne idée est certainement de trop augmenter les prélèvements et d’insuffisamment réduire les dépenses pour résorber le déficit budgétaire. A court terme, l’augmentation des impôts a un effet plus récessif que la réduction des dépenses, ce qui obère la réduction du déficit rapportée au PIB.
Et la vraie bonne idée pour 2013 ?
Ce qui me semble de tout premier ordre est de poursuivre le renforcement de la coordination européenne en matière de finances publiques et de régulation du secteur financier. Il faut rapidement implémenter l’union bancaire et préciser les projets de réforme prudentielle pour effacer les incertitudes qui planent encore sur les banques. L’élément le plus innovant de Bâle III concerne les ratios de liquidité. Il y a encore trop d’imprécision sur le degré de contrainte qu’ils vont induire pour les banques. On ne peut pas dire aux banques : « on va vous contraindre beaucoup plus, mais on ne vous dit pas au juste comment ».
> Propos recueillis par Marina Angel










