« La fausse bonne idée c’est d’avoir mis en place le traité sur la stabilité... »
De nombreux indicateurs sont dans le rouge, la note de la France vient d’être à nouveau dégradée, le chômage s’aggrave, … Le pire est-il dernière nous ?
Pour l’instant, tout indique que le pire est devant nous. Toutefois, d’autres décisions pourraient encore éviter que le pire ne se produise. Jusqu’à aujourd’hui, les décisions politiques n’ont pas conduit à des ruptures nécessaires. Malgré le discours politique affiché de changement, les choix ont été surdéterminés par la volonté de ramener très rapidement le déficit public à 3%.
Après les risques de « crédit crunch », les PME, qui pâtissent à la fois de la contraction des crédits bancaires et de l’allongement des délais de paiement des donneurs d’ordres, ne risquent-elle pas le « cash crunch » ?
Il semble bien qu’il y ait un ralentissement général de l’activité économique, moins d’investissements. Les entreprises les plus fragiles se trouvent à la limite de la faillite. Ce n’est que la conséquence des politiques d’austérité menées simultanément en Europe.
Que pensez-vous de la création de la Banque Publique d’Investissement (BPI) et du pacte de compétitivité ?
Le principe d’une banque publique qui aurait pour objectif de soutenir l’investissement selon des critères différents que le seul rendement du capital, c’est une bonne chose. Par contre, pour le pacte de compétitivité, j‘y suis opposée. Le problème de la désindustrialisation ne provient pas d’un problème de coût du travail et de la profitabilité des entreprises. Rendre 20 milliards d’euros aux entreprises sous forme de crédits d’impôt en alourdissant la fiscalité des ménages (via la TVA) va aggraver le ralentissement économique.
Pour sortir de la crise, qu’elle est, selon vous, la fausse bonne idée de 2012 ?
La fausse bonne idée c’est d’avoir mis en place un traité européen, le TSCG, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, qui nous condamne à une austérité permanente et simultanée. Dans un contexte déjà marqué par un coup de frein sur la consommation des ménages, si tous les pays cherchent à se désendetter en baissant la dépense publique en même temps, il n’y a plus de possibilité de créer de la croissance au sein de la zone euro.
Et la vraie bonne idée pour 2013 ?
Le début de la mandature a été marqué par le lancement d’une réforme fiscale plus positive, car plus redistributive. Même si elle a été amendée et amoindrie, elle va dans le bon sens. Il ne faut pas oublier que l’origine de la crise n’est pas liée à un problème localisé de disfonctionnement financier (les subprimes), mais à un problème de trop grandes inégalités économiques. On n’observe avant la crise des niveaux d’inégalités du même ordre qu’à la veille de la crise de 1929. La bonne idée serait de poursuivre les politiques visant la baisse des inégalités.
> Propos recueillis par Marina Angel
*Centre d’Etudes et de Recherche sur le Travail, les Organisations et le Pouvoir










