Dans le cadre de son rapport annuel publié ce 12 février, la Cour des comptes, qui analyse les dépenses de santé liées aux restructurations hospitalières, n’épargne pas l’hôpital Saint-Jean de Perpignan, pas plus que ses tutelles, dont l’ARH (devenue depuis l’ARS), et en filigrane les élus locaux. Selon la Cour, « les projets successifs de reconstruction de l’hôpital de Perpignan ont occasionné, depuis 1993, de nombreuses dépenses inutiles. » Certains élus du conseil général des P.-O., à l’instar de Christian Bourquin et Jean Codognès, souhaitaient à l’époque voir l’hôpital s’établir au sud de la Ville. Une vision non partagée par Jean-Paul Alduy, alors maire de Perpignan, qui a tenu à maintenir l’hôpital sur le quartier du Haut-Vernet. Une vision qu’il assume toujours en tant que président du conseil de surveillance.
L’abandon des projets a conduit à alourdir la facture : indemnisation des architectes (4,8 M€ entre 1995 et 1999) et des entreprises (9,96 M€ en 2010) sans compter le temps perdu estimé entre 5 et 10 ans et la hausse afférente des prix à la construction. Quant aux cent lits exclus du nouvel hôpital par l’ARH en 1997 et toujours logés dans un ancien bâtiment, ils ont nécessité plus de 10 M€ de travaux de mise aux normes sismiques.
Un investissement multiplié par deux
« L’enveloppe financière du projet, d’abord estimée en 1995 à 95 M€, est passée à 136 M€ en 2003 pour atteindre 190 M€ en 2012, soit une progression de 63 % en euros constants », précise la Cour des comptes, notant que « le bâtiment apparaît aujourd’hui peu fonctionnel et coûteux en fonctionnement. » Elle fait notamment mention « des emplois supplémentaires qui ont dû être créés lors de la mise en service du nouveau bâtiment, représentant un surcoût de 6,9 M€ annuels. » L’institution craint que « ces dépenses auront pour conséquence d’hypothéquer pour longtemps la situation financière de l’hôpital : la capacité d’autofinancement sera insuffisante pour couvrir le remboursement en capital des emprunts dès 2013/2014 et la dette progressera de 116 M€ entre 2009 et 2016. » Une analyse qui remet en cause la troisième tranche de travaux restant à réaliser (regroupement, dans un bâtiment à construire, des soins de suite et de réadaptation et de lits de médecine situés dans un ancien bâtiment de l’hôpital) et la quatrième (réhabilitation de l’unité de long séjour de 200 lits).
Densification
« Nous travaillons avec un architecte pour trouver des solutions de densification et/ou d’extension, expliquait récemment Vincent Rouvet, directeur de l’hôpital à La Lettre M, qui se disait confiant dans la poursuite des opérations, car l’hôpital a renoué avec l’équilibre budgétaire. Et nous réfléchissons avec l’USSAP à réunir à moyen terme, les 100 lits de médecine et les 200 lits de SSR. » Jacques Cresta, le député PS du département espère de son côté que « le remboursement de cette dette par l’Hôpital ne se fera pas au détriment des agents et de la qualité du service ? », tout en dénonçant l’autorisation d’ériger la clinique mutualiste La Roussillonnaise à Toremilla, qui selon la Cour des comptes, a une offre de soin similaire à celle de l’hôpital.
Des superpositions d’offres médicales
« La décision de le reconstruire (l’hôpital) a été prise en 1993 (...) sans qu’à aucun moment n’apparaisse clairement une réflexion aboutie sur l’offre de soins sur le territoire », attaque la Cour des comptes, en regrettant notamment qu’« aucune complémentarité » ne se soit concrétisée avec la clinique mutualiste La Roussillonnaise, qui a transféré ces lits basés en ville en périphérie. Dernière estocade, la Cour estime également que le nouvel hôpital ne permet pas le développement de la chirurgie ambulatoire, un phénomène de plus en plus prégnant et source d’économies.