Joseph Carles (Ville de Blagnac, Toulouse Métropole) : « Il faut encourager l’entrepreneuriat ! »
Troisième vice-président de Toulouse Métropole, en charge de l’économie et de l’aéronautique, Joseph Carles évoque dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M les enjeux de développement économique du territoire. Le maire de Blagnac prône un dialogue renforcé entre les acteurs publics et privés, allant jusqu’à la constitution de partenariats structurants.
Quels sont les grands enjeux de développement économique de la métropole toulousaine ?
Ce territoire bénéficie d’opportunités extraordinaires, il faut en être conscient. Je me souviens qu’au moment du Covid, alors qu'avait été mandatée une mission de prospective économique (mission « Toulouse, territoire d’avenir », pilotée par Jean Tirole et Marion Guillou, qui avait donné lieu à un rapport publié fin 2020, NDLR), plusieurs membres du groupe de travail, qui ne connaissaient pas le territoire initialement, avaient été étonnés, justement, de voir les perspectives offertes par ce dernier. Nous pouvons être leaders de la réindustrialisation. Mais attention, pour cela, il faut demeurer attentifs. D’une part, il convient d'accompagner les besoins en développement des grands acteurs de l’aéronautique - et en premier lieu d’Airbus - en préservant les espaces fonciers dont ils auront besoin pour préparer l’avenir. Et d’autre part, il faut accompagner le développement des autres secteurs ; le spatial et la défense, bien sûr, mais aussi la santé du futur, les mobilités et les énergies.
Dans ce contexte, comment doit s’articuler le dialogue avec les acteurs économiques du territoire, alors que Jean-Luc Moudenc appelle de ses vœux la mise en place d’un Conseil économique, structure souhaitée de longue date par les organisations patronales ?
Je suis optimiste. Ce type d’instance peut permettre de rassembler les entrepreneurs du territoire, représentés notamment par le Medef et la CPME, mais aussi les organismes consulaires, le monde universitaire et les acteurs territoriaux. Nous devons fédérer toutes les forces qui peuvent porter la dynamique afin de capitaliser sur les opportunités qui s’offrent à nous.
Comment les collectivités peuvent-elles poursuivre leur dynamique d’investissement dans un contexte de raréfaction des ressources financières publiques ?
La question est peut-être de savoir si les fondamentaux qui ont été posés sont toujours pertinents aujourd’hui, en ce qui concerne l’horizon de réduction du déficit public. Mais ce sont des débats qui dépassent bien entendu le cadre métropolitain. À mon sens, l’une des réflexions qu’il faudra mener est celle d’une ouverture plus large aux partenariats public-privé. À Blagnac, par exemple, le groupe Orange laisse derrière lui un foncier de sept hectares, avec des bâtiments de 30 000 m2 situés à proximité de l’aéroport. Que fait-on de ce site ? Nous savons que l’opérateur public ne pourra pas porter un projet seul. Il faudra mobiliser des investisseurs, avec le soutien de la Banque des Territoires, dans une logique de partenariat, afin de développer un campus international, sorte de « Saclay à la toulousaine ». À mon sens, la vérité est toujours dans l’échange. Il faut encourager l’entrepreneuriat et générer un retour sur investissement qui permettra de continuer à assurer de l’équité.
À Blagnac, justement, comment accompagnez-vous les implantations d’entreprises ?
L’aéroport Toulouse-Blagnac a récemment lancé un appel à projets portant sur la valorisation des emprises foncières de la zone de Blagnac 3 (une zone de 28 hectares située au nord des installations aéroportuaires, NDLR). Plus largement, de nombreux acteurs expriment des besoins en foncier avec un accès piste. Aura Aero a trouvé une solution à Toulouse-Francazal, mais nous voyons se développer les projets industriels de Beyond Aero et d’Ascendance, par exemple. À Blagnac, mais aussi à Colomiers et à Cornebarrieu, il y a du foncier. Nous devons accompagner cette dynamique et être réactifs car nous évoluons dans un monde où les entreprises saisissent les opportunités très vite. Il faut faire preuve d’agilité !
Toujours à Blagnac, vous projetez d’accompagner la construction de 3 000 logements en dix ans. Quels leviers allez-vous activer ?
Nous allons continuer à travailler sur un certain nombre d’espaces identifiés, comme la troisième phase d’Andromède, tout en regardant d'autres pistes. Je pense notamment à la transformation de bureaux en logements. Il faut rappeler qu'avant le Covid, nous avions à Blagnac une production de bureaux très importante. La crise sanitaire a changé les modes de fonctionnement des entreprises et nous nous retrouvons aujourd'hui avec beaucoup de vacance. C’est une situation paradoxale, alors que nous avons devant nous une liste d’attente portant sur plus de 11 000 logements sociaux…











