Jean Boher (Ipsophène) : « Nous participons à une mission de souveraineté sanitaire »
Le projet d’implantation d’une usine de production de principes actifs du paracétamol à Toulouse reçoit en ce début d'année le soutien de l’État, dans le cadre de France 2030. En exclusivité pour La Lettre M, Jean Boher, président de la société haut-garonnaise Ipsophène, qui porte l’initiative, revient sur le montage financier du projet, mais aussi sur son calendrier, ses enjeux et ses perspectives commerciales.
Après celui de la Région Occitanie, votre projet a reçu le soutien de l’État, via France 2030. En quoi est-ce important pour vous ?
Au-delà de l’apport financier (non communiqué, NDLR), ce qui est important, c’est la reconnaissance de l’État, qui confirme que le projet porté par Ipsophène participe bien à une mission de souveraineté sanitaire.
Concrètement, sur quel investissement repose votre projet et comment est structuré votre tour de table financier ?
Notre projet repose sur un investissement d’environ 30 M€, lié principalement à la construction de notre ligne de production, mais aussi au travail réalisé pour développer et déployer notre procédé de fabrication éco-responsable, à l’impact environnemental réduit. Il est porté par un ensemble d’acteurs : les soutiens publics, comme nous l’avons évoqué, mais aussi des fonds d’investissement, à l’image de Grand Sud Ouest Capital (filiale du groupe Crédit Agricole, NDLR) et de l’Agence régionale investissements stratégiques (Aris) Occitanie, ainsi que trois grands partenaires industriels qui font partie de la chaîne pharmaceutique globale, dont UPSA (lire en encadré). La gouvernance est structurée de façon simple. Il y a l’équipe qui pilote le projet – constituée de Jean-Christophe Aubagnac (l’un des fondateurs), Maxime Lefebvre et moi-même – et un comité de direction intégrant des représentants de chaque groupe actionnaire, qui se réunit au moins une fois par trimestre et travaille bien entendu de façon concertée, au fil de l’eau.
Où l’usine sera-t-elle implantée précisément et quand sera-t-elle mise en service ?
L’unité de production sera implantée au sein du site ArianeGroup, à Toulouse, dans un ancien bâtiment pharmaceutique de quatre étages et 33 mètres de hauteur, sur une surface globale d’environ 5 000 m2. Nous louons le site à ArianeGroup. Nous allons entièrement le transformer pour accueillir notre ligne de production, dont nous avons déjà reçu quelques éléments. Nous avons déposé en décembre dernier notre dossier de demande d’autorisation d’exploiter auprès des services de la Dreal. L’unité de production devrait être mise en service fin 2025. Nous espérons obtenir notre Certificat de conformité à la pharmacopée européenne (CEP) des mains de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) afin d’être en mesure de commercialiser nos produits à partir du 1er semestre 2026, ce qui nous amènerait à réaliser 30 M€ de chiffre d’affaires lorsque nous serons en pleine capacité de production. Outre UPSA, nous prévoyons de distribuer nos principes actifs auprès d’une trentaine de laboratoires pharmaceutiques, principalement basés en Union européenne.
Combien d’emplois seront créés à Toulouse ?
Notre unité de production sera très automatisée. C’est d’ailleurs ce qui nous permettra de nous positionner face à nos concurrents internationaux. Nous compterons très rapidement une quarantaine de salariés, qui produiront jusqu’à 4 000 tonnes de principe actif chaque année.
Votre procédé et votre organisation vous permettront-ils d’absorber le surcoût lié à une production made in France ?
En partie seulement. Il y aura un différentiel ; nous serons plus chers. Mais qu’est-ce que l’on entend par « plus chers », en réalité ? Est-ce que les consommateurs vont continuer à accepter de polluer la planète pour se soigner ? Va-t-on continuer à accepter de générer 200 grammes de déchets polluants à chaque fois que l’on prend 1 gramme de paracétamol qui est produit hors d’Europe ? Ou est-on prêt à payer quelques centimes de plus pour une production locale à faible impact environnemental ? C’est là la véritable question.











