IoT Valley : face aux élus, Ludovic le Moan souffle le chaud et le froid
C’est à un savant jeu d’équilibriste que s’est prêté le 20 septembre Ludovic le Moan, DG de la société Sigfox (réseau mondial bas débit dédié à l’internet des objets, CA 2017 : 50 M€, siège à Labège) et président de l’IoT Valley (écosystème d’entreprises de l’internet des objets, à Labège, avec 40 start-up regroupant 700 salariés). Devant la presse, le chef d’entreprise a profité de la présence des élus locaux à l'occasion de l'Innovation Day 2018 pour remercier les collectivités qui participent au financement du futur Campus IoT Valley*, à Labège, tout en tirant « la sonnette d’alarme ». Côté pile, la conférence de presse a débuté avec un message vidéo d’Emmanuel Macron, vantant l’IoT Valley comme placée « au cœur du projet de transformation du pays, de la stratégie, de l’ambition française ».
« Ne cassez pas ce projet-là ! »
Mais côté face, Ludovic le Moan n’a pas hésité à interpeller les élus, regrettant que le projet de Campus IoT Valley ait été revu à la baisse, passant de 8 ha à 1 ha. « Il faut que les politiques soient conscients de l’enjeu. Je ne veux pas faire un bâtiment, je veux faire une vraie vallée, allant de Montpellier à Bordeaux ! Notre projet immobilier est passé de 8 à 1 hectare. Ma crainte, aujourd’hui, c’est que les surfaces restantes soient utilisées pour faire autre chose. On peut faire un truc colossal. On peut devenir une nation de conquérants. Arrêtons d’être dans la protection : les Cathares sont morts avec leurs châteaux ! Alors je le dis aux élus : surtout, ne cassez pas ce projet-là. Laissez-nous les 8 ha. Si on ne fait pas ça, je retourne… je ne sais pas où, mais à part les start-up que nous accompagnons, franchement, je n’ai aucun intérêt à rester ici. Je laisserais tomber, car j’ai autre chose à faire. » Pour Jacques Oberti, président du Sicoval (communauté d'agglomération du sud-est toulousain), le problème est exclusivement financier : « On nous aurait proposé 100 000 m2 de bâtiment avec un financement qui va avec, il n’y aurait eu aucun souci ! ».
« Pour construire, il faut du cash ! »
Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région en charge du développement économique, va plus loin. « Pour le moment, la Région Occitanie a investi 15 M€ dans ce projet, rappelle-t-elle. En tant qu’investisseur public, nous recherchons un modèle économique, en responsabilité. Évidemment que nous croyons à ce pari, mais pour construire, il faut du cash ! Les 8 ha restent possibles. Mais pour cette étape, nous avons, je crois, trouvé le bon curseur. » La réponse de Ludovic le Moan ? « On est dans l’innovation, dans la stratégie. Quand je lève 300 M€ avec Sigfox, mes actionnaires jouent le long terme. Je sais que le financement est un vrai sujet, je ne suis pas naïf. Ce n’est pas simple, mais il faut résister. Si on ne réserve pas les terrains, alors qu’est-ce qu’on fait ? Je suis là pour alerter. Pour ne pas que l’on casse cette dynamique ». Sur ce sujet, Jacques Oberti se veut apaisant : « Nous conservons la maîtrise complète de ces 8 ha. Si nous avons investi, c’est bien parce que nous sommes dans cette dynamique ». Nadia Pellefigue, elle, conclut en rappelant que « l’investisseur public est très exigeant en matière de dividendes : ça s’appelle des emplois ! ».
* Porté par la SCI IoT Valley, constituée majoritairement de l’IoT Valley et de LRA (société mixte de la Région Occitanie), le projet de campus (architecte : Jean-Paul Viguier) a fait l’objet d’un dépôt de permis de construire en février, portant sur un premier lot de 27 214 m2 de surface de plancher, incluant un immeuble de bureaux de 20 000 m2 et un immeuble mixte de 7 214 m2 (bureaux, commerces et un hôtel de 90 chambres). Coût prévisionnel : 42 M€ HT. Les entreprises devraient être consultées à l’été 2019, pour une livraison prévue en 2021. Le projet global, lui, concernerait, à terme, une surface de 85 000 m2.
Fondée en 2011, l’IoT Valley (ex-Tic Valley) est animée par une équipe de 25 personnes. Elle s’appuie sur un réseau de 20 partenaires – dont deux nouveaux, Spie et Liebherr-Aerospace Toulouse ont été présentés le 20 septembre – et est installée à ce jour dans trois bâtiments, à Labège (surface totale : 13.000 m2). L’association revendique 100 visites de délégations d’entreprises et 200 événements internes organisés chaque année. Ses entreprises devraient recruter environ 100 personnes d’ici à la fin de l’année. Pour « tenir jusqu’à la livraison du campus », l’IoT Valley pourrait prochainement investir un 4e bâtiment, toujours à Labège, indique Pierre-Olivier Bessol, vice-président.
> À lire également : Permis déposé pour le campus de l'IoT Valley










