La Lettre M a recueilli l’avis des principaux décideurs politiques et économiques de Midi-Pyrénées sur la fusion des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, votée hier en première lecture par l'Assemblée nationale. Si le président socialiste de la Région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, y est très favorable, le maire UMP de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, est moins enthousiaste. Les représentants du monde patronal son divisés, entre ceux qui auraient préféré se marier avec l’Aquitaine, et ceux qui se félicitent de l’union avec le Languedoc-Roussillon.
Martin Malvy, président PS du conseil régional de Midi-Pyrénées (photo ci-dessus) : « Le rapprochement avec l’Aquitaine était une hypothèse qui avait sa logique car ce sont deux régions qui ont un grand nombre de coopérations. Mais le rapprochement avec le Languedoc-Roussillon a une cohérence quand on examine la carte de près. Nos voisins sont, au nord-est, la région Rhône-Alpes qui a 6,4 millions d’habitants, au sud-est, la région PACA avec 5 millions d’habitants, et au sud, la Catalogne, la région la plus puissante d’Espagne. On voit bien qu’il y a un rééquilibrage à faire. Une grande région Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon de près de 6 millions d’habitants a la capacité d’affronter la compétition avec ces territoires. Si l’on avait fait un rapprochement entre Midi-Pyrénées et l’Aquitaine, on aurait laissé le Languedoc-Roussillon coincé entre deux blocs.
Depuis dix ans, on a essayé de constituer l’Eurorégion Pyrénées Méditerranée. Avec le Languedoc-Roussillon, nous gérons aussi le parc naturel régional du Haut Languedoc et on va créer le parc de l’Aubrac. Nous avons en commun le pôle de compétitivité sur l’eau et le pôle Derbi sur les énergies nouvelles. Nous avons deux belles universités, deux puissances de recherche. Nous avons des liens avec le Canal du Midi, l’occitan et plusieurs siècles d’histoire commune. La carte proposée réunit les deux-tiers de la chaîne pyrénéenne.
Mais la crainte est que Toulouse va manger Montpellier. Or quand on voit le développement de Grenoble qui cohabite avec Lyon en Rhône-Alpes et de Nice en Paca... Il faut dépasser cette logique régionale et voir la compétition avec les grands ensembles dans vingt ans.
Il serait naturel que la capitale de cette nouvelle région soit Toulouse car elle est la 4e ville de France. Il faudra ensuite trouver le statut de Montpellier qui est une ville importante. La capitale sera le lieu où l’on siège mais il y a plusieurs instances dans une Région. Il faudra créer une harmonisation entre les territoires. »
Jean-Luc Moudenc, maire UMP de Toulouse, président de la communauté urbaine et de l’Association des maires de grandes villes de France :« C’est une réforme spectaculaire sur la forme, anecdotique sur le fond car la vraie question est celle des compétences. Ce qui me paraît plus important, ce sont les moyens et les pouvoirs nouveaux de ces régions renforcées d’un côté, et des métropoles de l’autre. Et quel est le calendrier pour le partage des compétences départementales entre les régions et les métropoles ? »
Alain di Crescenzo, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse et de la société de logiciels de conception électrique IGE+XAO : « Le découpage présenté n’a pas de sens ! On aurait pu réunir l’Aquitaine, Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon pour faire un grand arc sud-ouest compétitif au plan mondial, qui correspond au bassin aérospatial et aux pôles de compétitivité. Ou bien réunir Midi-Pyrénées et l’Aquitaine si l’on ne regroupait que deux régions. On a constitué le premier pôle mondial de l’aéronautique avec l’Aquitaine, quelle idée de le couper en deux ! »
Didier Gardinal, président de la Chambre régionale de commerce et d’industrie de Midi-Pyrénées et agent d’assurances associé à Albi : « Notre culture du Sud-Ouest et nos liens économiques sont plutôt avec l’Aquitaine. Mais nous avons aussi des liens universitaires dans le triangle Toulouse-Montpellier-Barcelone. L’Ecole supérieure de commerce de Toulouse a une succursale à Barcelone. La logique aurait été de réunir les trois régions frontalières de l’Espagne pour former une région hyper-compétitive au plan mondial. »
Philippe Robardey, PDG du groupe d’ingénierie Sogeclair à Blagnac et ancien président du Medef de la Haute-Garonne de 2008 à juin 2014 : « Nos pôles de compétitivité Aerospace Valley et Agri Sud-Ouest Innovation sont communs avec l’Aquitaine. Il y a une complémentarité entre la région Midi-Pyrénées orientée vers l’aéronautique civile et l’Aquitaine orientée vers l’aéronautique militaire. Il y aurait une cohérence à regrouper Midi-Pyrénées, l’Aquitaine et le sud du Languedoc-Roussillon. Mais cela donnerait une région Sud-Ouest trop puissante, qui ne convient pas à l’équilibre que le gouvernement veut établir entre les régions. Il préfère nous fusionner avec le Languedoc-Roussillon. L’économie de Montpellier est sympathique mais on n’a rien à voir avec elle. Le découpage administratif ne prend pas en compte la réalité économique. Quel que soit le découpage, le Sud-Ouest restera une réalité. »
Daniel Thébault, président du Medef de Midi-Pyrénées : « Les relations entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont déjà fortes. Nous formons depuis longtemps un espace de coopération. Ce rapprochement ne remettra pas en cause la pertinence d’un pôle aéronautique commun avec l’Aquitaine. Mais avec deux grandes métropoles comme Toulouse et Bordeaux, le rapprochement avec l’Aquitaine n’était pas jouable. »
Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental régional de Midi-Pyrénées :
« Midi-Pyrénées a des partenariats économiques renforcés avec l’Aquitaine par le pôle de compétitivité Aerospace Valley qui compte 100.000 emplois, le pôle Agri Sud-Ouest Innovation et la marque Sud-Ouest France. Le regroupement avec le Languedoc-Roussillon a une cohérence mais aussi des incohérences. Il faut tenir compte de la réalité démographique et économique : le Gard est plus tourné vers Paca et la Lozère vers le Massif Central. Le problème des régions n’est pas un problème de taille. »
Photo (DR) : Martin Malvy lors du débat du conseil régional Midi-Pyrénées sur la fusion des régions, le 26 juin.