Fragmentation géoéconomique : vers un nouvel ordre productif ?
La pandémie de 2020 et la guerre en Ukraine ont révélé la dépendance européenne aux importations et la vulnérabilité énergétique, tandis que les tensions sino‑américaines continuent d’accentuer la fragmentation géoéconomique. Une analyse du groupe d’origine toulousaine Zalis, spécialiste des entreprises en mutation (conseil en stratégie, retournement et restructuration, fusions-acquisitions et levées de fonds, management et conduite du changement).
L’Union européenne (UE) place désormais la souveraineté au cœur des préoccupations, esquissant un nouvel ordre productif principalement fondé sur la réindustrialisation et le ciblage stratégique de l’investissement, le renforcement des protections économiques et la prise en compte des contraintes climatique. Tout d’abord, si les droits de douane sont l’instrument premier de la protection économique, les États ont de plus en plus recours à des mesures non tarifaires. Entre 2008 et 2009, le nombre de mesures restrictives au commerce international adoptées dans le monde a été multiplié par dix, avant d’osciller aux alentours de 10 000 normes de protection à l’échelle mondiale. La proportion de mesures à destination des exportations a par ailleurs fait un bond en 2020, traduisant la volonté des États de protéger les industries nationales grâce à des investissements stratégiques.
Dépendance et climat. Ensuite, la dépendance européenne aux géants américains du cloud (AWS, Azure, Google Cloud) constitue à ce jour un autre point de vulnérabilité. Ces acteurs contrôlent plus de 65 % du marché européen, alors que le principal fournisseur européen n’en détient que 2 %. L’UE s’expose ainsi à des risques en matière de sécurité des données, de conformité réglementaire et de souveraineté technologique. Enfin, sur le climat, l’Europe a réduit ses émissions de CO₂ de 31 % mais subit la concurrence de produits importés issus de pays moins contraints. Pour corriger cette asymétrie, l’UE a lancé en 2023 le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), dont l’efficacité dépendra de son extension et de sa compatibilité avec les règles internationales. Face aux crises sanitaires, aux tensions géopolitiques et aux défis climatiques, l’UE se trouve toujours à un tournant décisif. En conjuguant réindustrialisation, protection stratégique et transition écologique, l’Europe a l’opportunité d’inventer un modèle inédit : allier puissance économique, souveraineté stratégique et exigence écologique dans un monde fragmenté.











