Éolien flottant : les quatre « régions dans le vent » font monter la pression
Les 6èmes rencontres Internationales de l’éolien offshore flottant (FOWT), qui se tiennent pour la première fois à Montpellier (du 24 au 26 avril), interviennent dans une période charnière pour la filière, face aux choix stratégiques portés par le gouvernement. Aussi, les présidents et vice-présidents des régions Occitanie, Sud Paca Bretagne et Pays de Loire réaffirment-ils leur union et poursuivent-ils leur lobby sur les ambitions jugées insuffisantes de la PPE (programmation pluri-annuelle de l’énergie) présentée en novembre dernier. Lors d’une conférence de presse, le 24 avril, les élus régionaux - Renaud Muselier pour Sud Paca, Gaël Le Saout pour Bretagne et Pays de Loire et Carole Delga pour l’Occitanie - font front commun pour défendre l’urgence à se donner les moyens de créer une filière française de l’éolien flottant. Le moment est « crucial », selon les élus qui poussent le gouvernement à revoir sa copie en termes de puissance dédiée à l’éolien flottant.
Une vision industrielle des territoires
« L'éolien en mer est l'un des leviers de notre futur mix énergétique. C'est aussi l'opportunité de développer une nouvelle filière industrielle et des emplois dans nos territoires », prônent les élus. Le gouvernement propose seulement deux fermes éoliennes dont une seule en Méditerranée (250 MW en 2022) et une puissance 4 GW (GigaWatts) d’ici à 2024. « Nous avons besoin d'une masse critique, d'où notre contre-proposition de 6 GW au lieu des 4 d'ici à 2024, souligne Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. Nous avons raté le virage du photovoltaïque en France, car nous avons attendu que le prix baisse... Ne refaisons pas les mêmes erreurs. La filière a besoin d'un coup de pouce sur le modèle économique les premières années. Nous ne devons pas rater ce coche ! Les Régions et les industriels ont pris leur part de responsabilité, dans une démarche constructive. On a un temps d’avance ! » La Région Occitanie mise sur les deux fermes éoliennes pilotes au large de Gruissan et Leucate/Barcarès (l’enquête publique débute) pour lesquelles elle va investir 250 M€ sur le port de Port-la-Nouvelle afin de créer une digue et un quai nécessaires à la construction et l’exploitation des unités offshore. « Nous avons une vision industrielle pour nos territoires. Les Régions sont déterminées pour parler au gouvernement, aux filières pour rappeler nos compétences... Nous attendons du gouvernement qu'il écoute et respectent les élus locaux qui se sont engagés sur leurs territoires », précise Renaud Muselier, président de la Région Sud Paca. « Le portage politique est crucial pour réussir, il doit créer un climat de confiance, complète Gaël Le Saout, présidente de la commission agriculture, économie et mer, Europe de la Région Bretagne, qui représentait aussi la Région Pays de la Loire. Nous devons chasser en meute. Aujourd'hui, on est prêts ! Même dans un contexte de dépenses à maîtriser, notre proposition est réaliste. Il n'y a pas de concurrence entre les Régions, nous voulons une filière industrielle française ! »
Un décret à l’automne
Alors que le PPE doit encore être discuté au parlement, les élus régionaux attendent un décret à l’automne qui réponde aux ambitions de la filière et des industriels. D’ailleurs, Carole Delga a rencontré, la veille du FOWT, François de Rugy, ministre de la Transition écologique. « Je l'ai senti ouvert à faire évoluer les volumes de la PPE, par rapport à décembre dernier, indique-t-elle. Il réfléchit à une nouvelle proposition pour le décret PPE qui sera proposé en novembre prochain... Il devrait revoir à la hausse les objectifs de puissance annoncés initialement dans le projet de PPE, mais il faut rester mobilisés. » L’enjeu critique de l’avenir de cette filière est le financement. « Des discussions sont en cours sur la question du financement et de la participation de l'État, indique la présidente de la Région Occitanie. Il faut trouver de nouvelles modalités contractuelles avec les producteurs d'énergie. L'argent public doit être utilisé avec sérieux, mais quand il s'agit de créer de l'emploi et de favoriser la transition énergétique, il y a un vrai retour sur investissement ! On ne peut pas être sur un prix d'achat constant sur vingt ans, et on peut entendre qu'il y aura une baisse des aides, mais il faut donner les conditions dès le début. » Une approche partagée par Olivier Perot, président de France Énergie Éolienne : « Le projet de PPE prévoit déjà une trajectoire du prix avec une notion de plafond. On peut associer des prix plafonds déclinant pour des volumes supplémentaires... Il s'agit de se doter de moyens de production d'électricité renouvelable massifs et compétitifs, venant enrichir un mix énergétique. C'est donc un investissement utile.»










