[Enquête] Le biogaz, alternative à la dépendance énergétique
Production de biogaz et de digestat utile à la fertilisation des sols, source de revenus pour les entreprises (agricoles, industrielles...) et les collectivités, la méthanisation a de nombreux atouts. Voie d’avenir, elle peut contribuer à la transition énergétique et écologique de l’Occitanie.
Les professionnels interrogés sont unanimes : dans un contexte de hausse du prix de l’énergie comme le gaz, ainsi que de celui des engrais azotés qui arrivent notamment de Russie, la méthanisation peut être un levier intéressant pour l’autonomie des territoires. Concrètement, la méthanisation est un procédé biologique qui permet de valoriser les déchets organiques issus des productions agricoles, agroalimentaires ou des stations d’épuration. Ce procédé génère du biogaz – servant à la production d’électricité, de chaleur et de biométhane – ainsi qu’un digestat destiné à l’épandage des terres en guise d'engrais naturel. Ré-injecté après épuration dans le réseau de gaz, l’intérêt du biométhane est qu’il peut servir à chauffer, aux mobilités – terrestres et maritimes – et aux process industriels.
Ambitions régionales
Déjà mature dans certains pays comme l’Allemagne ou l’Italie, la méthanisation se développe en France et en Occitanie. Elle figure dans les scénarios de l’Ademe « Transition 2050 » et est intégrée au celui de la Région « région à énergie positive », qui projette une production de biogaz de 9 400 GWh à horizon 2050 (contre 70 GWh en 2015). « L’Occitanie compte une cinquan- taine d’unités de méthanisation dont une quinzaine injecte le biogaz vert produit dans le réseau géré par GRDF et Teréga, précise Philippe Pouech, responsable du centre régional gaz verts/Arec Occitanie, qui accompagne les projets de gaz verts renouvelables. Nous enregistrons entre vingt et vingt-cinq demandes d’études de projets de méthanisation par an. »
Une filière face à des vents contraires
Bien qu’elle réponde aux enjeux de la souveraineté énergétique, de la préservation de l’environnement, de la loi anti-gaspillage et qu’elle s’inscrive dans l’économie circulaire, la méthanisation doit encore faire ses preuves. Des mobilisations se font jour, comme celle du collectif national Vigilance Méthanisation, actif dans le Lot. Celui-ci dénonce les problèmes liés aux odeurs et aux effets de l’épandage massif ainsi que la faiblesse des rendements énergétiques. Autre défi de la méthanisation : le financement des projets. « La filière a besoin d’être soutenue car elle n’est pas mature face aux attentes des banques. Si nous pouvions actuellement vendre le gaz au prix du marché, nous n’aurions pas besoin d’aide », note Katia Sigaud, DG du groupe indépendant multi- énergies Arkolia Énergies, basé à Mudaison (34).
Des opérateurs mobilisés
Les projets de méthanisation, principalement initiés par des agriculteurs qui y trouvent une solution de valorisation des déchets et une source de revenus, des industriels et des collectivités, mobilisent des opérateurs énergétiques ou de traitement des déchets. Chez Arkolia Énergies, la méthanisation représente 15 % de l'activité. « Nous intervenons sur toute la chaîne de valeur et proposons deux solutions techniques dont une innovante qui permet de traiter les matières sèches », explique Katia Sigaud. Le groupe – aux 150 salariés et qui frise les 100 M€ de chiffre d'affaires – a réalisé depuis 2009 « sept unités de méthanisation dont trois en Occitanie. Nous construisons actuellement deux nouvelles unités en Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine. » Depuis 2016, l'entreprise haut-garonnaise Cler Verts valorise par méthanisation les biodéchets issus de la restauration, des grandes et moyennes surfaces et des services logistiques. À Perpignan, à travers l'unité BioRoussillon (lire ci-dessous), « TotalEnergies Biogaz France ambitionne de produire 10 % de biogaz en 2030 – contre 1 à 2 % actuellement –, passant de 0,5 TWh à plus de 4 TWh, confie Fabien Haas, directeur général. Nous prévoyons entre 40 et 50 recrutements en 2022 dont un chef de projet et un responsable régional en Occitanie ».
L’enjeu des intrants
Pour que la méthanisation reste une technique vertueuse, l’apport et la qualité des intrants doivent être maîtrisés. Selon Philippe Pouech, l’apport de cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) est intéressant sur des teritoires où il n’y pas d’élevage. « Mises en place entre deux périodes de cultures principales, les Cive permettent de récolter de la biomasse et d'en faire de l’énergie via la méthanisation. Elles protègent les sols de l’érosion et améliorent la fertilité », explique-t-il. D’autres potentiels d’intrants existent, comme « les biodéchets issus des cantines ou des ménages, ajoute Fabien Haas. Les volumes de ces déchets vont augmenter avec la généralisation du tri à la source prévu d’ici 2025 pour tous les producteurs de biodéchets, entreprises comme particuliers. »
Première parution dans La Lettre M, l'hebdo du 12 avril










