[Enquête] À chaque territoire, sa structure de développement économique
Attirer les entreprises, simplifier leur implantation et créer de l’emploi. Telle est l’ambition de l’agence de développement économique de Béziers Méditerranée lancée le 29 juin. Si se doter d’une agence économique territoriale n’a rien d’inédit – Alès Myriapolis date de 1999 et Perpignan Méditerranée Invest de 2013 –, la démarche séduit de plus en plus. Hérault Méditerranée et Sète Agglopôle Méditerranée présenteront leur future agence d'attractivité économique commune en septembre. Celle de Montpellier Méditerranée Métropole (3M) est attendue pour ce second semestre tandis que des chefs d’entreprise audois, regroupés au sein de l’association Cœur d’Occitanie, sont chargés d’élaborer un projet de développement économique « de Toulouse à la mer ». Quant à l'agence de développement économique de Perpignan Méditerranée Métropole, elle devrait se transformer en agence d'attractivité, intégrant l'office de tourisme communautaire, au 1er janvier 2022.
« Les collectivités territoriales ne veulent plus déléguer
leur destin économique, ni à l’État ni à la Région »
Souplesse et diversification
D’un côté, la crise sanitaire a « démontré l’urgence de développer l’économie et l’emploi », constate Pascal Chavernac, chef de file de Cœur d’Occitanie. De l’autre, « les collectivités territoriales ne veulent plus déléguer leur destin économique, ni à l’État ni à la Région », analyse Gabriel Colletis, professeur d’économie à l’université Toulouse 1 Capitole. Cependant, « si elles restent dans le cadre de leurs compétences et de leurs ressources, les collectivités ont des difficultés à intervenir sur le plan économique, poursuit-il. Les textes et les budgets les limitent. » Résultat : elles créent, à l’instar de la Région avec l’agence de développement économique Ad’Occ, des structures « dotées d’un statut juridique moins contraignant, d’un fonctionnement et d’un budget plus souples », relève l’universitaire. « Ce sera une structure souple, confirme le porte-parole de Sète Agglopôle Méditerranée au sujet de la future agence d'attractivité. Les services économiques respectifs des deux agglomérations (Hérault Méditerranée et Sète Agglopôle Méditerranée, ndlr) sont maintenus, une collaboration avec l’agence sera mise en place. » L’agence biterroise, tout comme celle à venir autour du bassin de Thau, ont opté pour le statut associatif.
La multiplication de ces agences à vocation économique les oblige à jouer des coudes afin de tirer leur épingle du jeu. S’il reste un argument de poids pour attirer les entreprises, le foncier ne suffit plus. « Aujourd’hui, les chefs d’entreprise veulent des services associés », confirme-t-on chez Hérault Méditerranée. « Il y aura par exemple un club des chefs d’entreprise », ajoute Sète Agglopôle. À Béziers Méditerranée, la nouvelle agence œuvrera notamment « au développement de l’offre de formation pour répondre aux besoins des entreprises », précise Michel Aimes, président. Ce n’est ni sur le foncier, ni sur son accessibilité que les agences feront la différence, confirme Gabriel Colletis, « mais sur la cartographie des compétences. » Et l'économiste de poursuivre : « Ce qui importe en effet à une entreprise qui s’installe, c’est que la collectivité lui indique où trouver les compétences, les fournisseurs et partenaires dont elle a besoin ».
Ce n’est ni sur le foncier, ni sur son accessibilité
que les agences feront la différence
Coopération
En dépit de cet écosystème territorial de plus en plus concurrentiel, toutes les collectivités assurent vouloir collaborer. « Il y a une volonté affichée de tirer dans le même sens ainsi que de faire travailler ensemble les entités de développement économique à venir sur les différents territoires », expliquait Alex Larue à La Lettre M en mars dernier. « Combien d’entreprises sont parties faute de trouver une implantation ? Il faut coopérer », martelait de son côté Michaël Delafosse lors de la présentation de la future agence de 3M.
Interrogée, la Région se dit très favorable à l’arrivée de ces nouvelles agences, qui seront « nos interlocuteurs privilégiés au niveau local, nos relais de proximité, détaille Marie-Thérèse Mercier, conseillère régionale et vice-présidente d’Ad’Occ. Nous travaillerons avec elles dans le souci d’être complémentaires. » Pour Gabriel Colletis, la Région Occitanie a une mission de coordination vis-à-vis de ces agences territoriales. « Elle doit assurer un rôle de pilotage », recommande-t-il. Resteront tout de même quelques subtilités en fonction des entreprises accompagnées. « Quand par exemple l’entreprise Safra, installée à Albi, se lance dans la production de bus à hydrogène, la Région doit prendre le relais car il s’agit d’un sujet stratégique pour elle. C’est aussi le cas quand il s’agit de projets portés par des ETI », cite Gabriel Colletis. Pas sûr alors que les collectivités locales apprécient de se voir délester de tels dossiers…
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