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Energies
| 26/03/2026

Emmanuel Riu (Dyneff) : « Notre secteur a toujours su faire preuve de résilience face aux difficultés »

© Henri Comte

Directeur général du groupe héraultais Dyneff, spécialisé dans la distribution d’énergie et les services à l’habitat, Emmanuel Riu évoque dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M le bilan de l’exercice 2025 et ses perspectives de développement dans un contexte de hausse des prix du gaz et des carburants liée au conflit au Moyen-Orient.

Quel bilan tirez-vous de l’exercice écoulé ?
2025 a été une bonne année pour Dyneff. Le groupe s’était fixé plusieurs objectifs l’an dernier. Tout d’abord, celui de digérer la phase d’hyper croissance enregistrée depuis 2016, en consolidant l’ensemble de nos équipes autour de nos différentes activités. Nous avons par ailleurs poursuivi nos opérations de croissance externe avec le rachat de l’entreprise Combustible 31, un distributeur haut-garonnais de carburants et de combustibles basé à Nailloux. Autre acquisition bouclée l’an dernier, celle de la société héraultaise Jean & Barthès (31 salariés, CA : 4,5 M€, NDLR) spécialisée dans les installations électriques et le CVC-PV (chauffage, ventilation, climatisation et photovoltaïque) en l’intégrant à notre pôle dédié à ces activités. Ces opérations s’inscrivent pleinement dans notre stratégie de développement et de diversification dans le domaine de l’énergie de l’habitat et du bâtiment. Elles nous permettent également de renforcer notre ancrage régional et notre savoir-faire. Enfin, nous avons ouvert deux nouvelles stations-service sur autoroute, à Vironvay, près de Paris, et au nord de Limoges, portant à 19 le nombre de stations exploitées dans le cadre de concessions autoroutières. Concernant le segment gaz-électricité où nous adressons une clientèle de professionnels et d’entreprises, les performances sont relativement bonnes, avec une montée en puissance de nos équipes achat et trading. Seule exception à ces bons résultats, le marché des particuliers, avec nos activités de rénovation et d’installation de panneaux photovoltaïques. Des difficultés liées aux atermoiements du Gouvernement qui plombent ce marché avec un manque de visibilité en termes de réglementation. Enfin, le groupe emploie aujourd'hui 950 salariés et nous devrions franchir le cap du millier de collaborateurs cette année. Et notre chiffre d’affaires s’est élevé à 2,6 Md€ l'an dernier avec un Ebitda de 42 M€, en progression par rapport à 2024.  

Concernant 2026, quelles sont vos priorités ? 
Nous allons continuer à investir sur ce segment du CVC-PV. Nos équipes sont chargées d'équilibrer et de diversifier davantage nos activités, entre la clientèle des particuliers et celle des professionnels, que ce soit sur le marché des pompes à chaleur ou du photovoltaïque. L’objectif est de pouvoir résister à ces retournements de marché. Cette stratégie de diversification de nos activités et de nos segments de distribution a toujours été celle adoptée par Dyneff, et ce depuis sa création. Concernant le volet gaz-électricité, nous allons adresser pour la première fois les marchés publics et les clients des entreprises locales de distribution (ELD). Au niveau de notre cœur de métier, nous allons continuer à répondre à des appels d’offres autoroutiers. Dans ce domaine, nous sommes sur une phase de transition et de consolidation de notre réseau. Dans les quatre prochaines années, les concessions d’une centaine de stations-service vont en effet être renouvelées et mises en concurrence, ce à quoi nous nous préparons. Autre axe de développement, nous allons relancer les acquisitions de revendeurs dans le but de renforcer la proximité avec nos clients dans les territoires ruraux où nous distribuons du carburant pour les professionnels du BTP ou les agriculteurs. Enfin, nous souhaitons consolider notre branche dédiée au déploiement de réseaux de chaleur en milieu rural avec de nouveaux projets, notamment dans le centre de la France. Nous étudions également la possibilité de développer cette expertise en Occitanie. Plus largement, le seul marché que nous avions ciblé il y a une dizaine d’années dans le cadre de notre stratégie de développement sans être parvenu à l’investir à ce jour est celui de la méthanisation. Mais nous envisageons toujours de devenir à terme un producteur de biogaz.  

En termes de digitalisation, quels sont vos axes de développement ? 
Dans ce domaine, nous avons réalisé un audit complet des cas d’usage pouvant être confié à des outils d’intelligence artificielle en vue d’aider nos équipes. Nous déployons en parallèle des formations générales dédiées à l’utilisation d’outils collaboratifs. L’objectif est de simplifier les tâches en ciblant les plus chronophages. Des investissements importants sont par ailleurs réalisés dans des centres de données et nous allons doubler les effectifs de notre direction des services d’information avec une douzaine de recrutements programmés cette année. Il s’agit de gagner en productivité, en stabilité et en sécurité. 

Comment gérez-vous la crise énergétique actuelle liée au conflit au Moyen-Orient ? 
C’est un sujet qui appelle plusieurs réponses. Concernant nos approvisionnements, nous ne rencontrons pas pour le moment de difficultés majeures avec nos fournisseurs. Globalement, le marché français reste relativement bien approvisionné. Mais nous restons vigilants. Le blocage du détroit d’Ormuz entraîne la perte de 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures sur les marchés. Or, ces volumes ne venaient que très peu en France. Le pays ne fait appel à cette zone que pour couvrir 10 % de ses besoins. Dans le cas où cette situation devrait se prolonger, les disponibilités proposées dans le reste du monde vont être de plus en plus convoitées. Pour l’heure, ce n’est pas encore le cas. Il n’y a donc pas de rupture d’approvisionnement, malgré ces tensions. Autre aspect de cette crise : le choc des prix. C’est pour nous une source de difficultés. Les variations de marché sont quotidiennes, avec des niveaux de volatilité jamais atteints. En fonction des évènements, dont les déclarations du président des États-Unis, les cours varient de façon stratosphérique avec des hausses pouvant varier de 15 à 20 centimes dans une même journée. Or, en tant que grossiste, nous vendons nos produits avec un ou deux centimes de marge brute, ce qui signifie que ces évolutions tarifaires sont difficiles à gérer… Nous ne faisons que répercuter les prix auxquels nous sommes soumis. Si le marché augmente, nous n’avons pas d’autres choix que celui de suivre cette hausse, sans autre marge de manœuvre. Concrètement, nous mobilisons actuellement des moyens financiers énormes pour acheter des cargaisons. À titre d’exemple, le coût d’un navire de 30 000 tonnes atteint aujourd’hui 45 M€, contre 20 M€ il y a seulement un mois. Nos clients souffrent de ce niveau de prix. 

Quel est l’impact sur votre activité de distribution de carburants ?
L’activité de nos stations-service est assez calme. Concernant celles implantées sur le réseau autoroutier, nous constatons une baisse de l’ordre de 10 % de la consommation dans nos boutiques et restaurants. De fait, nous sommes inquiets au sujet du week-end de Pâques qui constitue, avec ceux du 14 juillet et du 15 août, l’un des plus importants pics d’activité de l’année en termes de trafic et de fréquentation. Mais notre secteur a toujours su faire preuve de résilience face aux difficultés

Quelle solution préconisez-vous pour limiter les hausses des carburants ?
L’État pourrait décider d’exempter les énergéticiens et les pétroliers de leurs obligations sur les certificats d’économie d’énergie pendant quelques mois. Dans le cadre de ce dispositif, nous finançons les aides financières dédiées aux travaux d'isolation. Si une telle mesure était appliquée, nous pourrions baisser nos prix de 17 centimes du jour au lendemain sans le moindre coût pour les caisses de l’État.  

Craignez-vous d’autres difficultés si le conflit s’enlise ?
Il est d’ores et déjà certain que la chaîne logistique est globalement perturbée. Le retour à la normale sera long, ce qui pourrait entraîner de nouvelles complications. Autre constat : des infrastructures pétrolières et gazières majeures ont été détruites et leur remise en état va prendre quatre à cinq ans. Or, le pétrole brut iranien est l’un des meilleurs au monde. Il est utilisé pour améliorer la qualité de production de moins bonne qualité. S’il fait défaut pendant une longue durée, cela peut constituer une nouvelle difficulté sur le marché pétrolier. 

Propos recueillis par David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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