Deux ministres échangent sans tabou avec les start-up régionales
Pas d’annonce phare mais une volonté affichée de « remonter les problématiques du terrain ». Le 22/12, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique, et Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, rencontrent une douzaine de start-up d’Occitanie dans les locaux de l’incubateur Green Tech verte de Météo-France, à Toulouse. Trois heures pour écouter les doléances des jeunes pousses régionales, principalement positionnées sur les marchés de l’énergie et de l’environnement. Morceaux choisis.
La lourdeur réglementaire. En ligne de mire : la complexité administrative et réglementaire, dénoncée notamment par Julien Chardon, fondateur de la société toulousaine Ilek, fournisseur d’électricité verte et locale. « Notre ambition est clairement internationale, mais même en Europe, les normes sont très différentes en fonction des pays, regrette-t-il. Ne pourrait-on pas uniformiser les réglementations ? » Les « choses se feront, mais lentement », répond Brune Poirson. Reste que selon les créateurs d’entreprises, deux mondes se font face. « D’un côté, la méthode agile des start-up, et de l’autre, la lourdeur administrative », dénonce Sandrine Jullien-Rouquié, fondatrice de Ludilabel, société toulousaine qui fabrique et commercialise des étiquettes innovantes pour les vêtements des enfants. Au chapitre des freins réglementaires, le RGPD (Règlement européen sur la protection des données) revient à plusieurs reprises dans les débats. « C’est sans doute une bonne chose, mais pour une start-up comme nous, cela coûte très cher à mettre en place », estime Romulus Grigoras, fondateur de Devatics, société spécialisée dans le marketing comportemental, à Toulouse, Paris et Bristol. Mounir Mahjoubi acquiesce, mais nuance : « À terme, cela va vous simplifier la vie. Car lorsque vous serez RGPD compatible en France, vous le serez pour toute l’Europe. Et rassurez-vous, la police des données ne va pas débarquer dans toutes les entreprises du jour au lendemain pour les sanctionner. La Cnil n’en a ni les moyens ni la volonté. Mais il faut se préparer dès maintenant. Croyez-moi, le RGPD, par rapport aux obligations Cnil actuelles, ce sera un bonheur absolu ! ». Et à ceux qui dénoncent les flous réglementaires qui peuvent encore exister sur des marchés de niche très innovants, le secrétaire d’État répond dans un sourire : « Les lobbies des grands acteurs ne se gênent pas pour nous envoyer des livrets de normes complets. Donc je ne peux qu’inviter les start-up à nous faire part elles aussi de ce qui, à leur sens, pourrait être une normalisation vertueuse de leurs marchés respectifs ».
L’accès aux marchés publics. La question de la commande publique suscite également de nombreux débats. « C’est un vrai problème ! assène Émile Merhi, DG de la société toulousaine de conseils environnementaux Eco² Wattconseil. Les acteurs publics ont peur de faire appel aux start-up. Je vous lance un défi : faites-nous confiance. Nous avons besoin de vos contrats ! ». Un avis partagé par Adélaïde de Vulliod, responsable du développement de la start-up tarnaise Citizen Farm, spécialisée dans l’agriculture urbaine : « Ce n’est pas de subventions dont nous avons besoin, mais de contrats. Pour le moment, ce ne sont que les privés qui nous font travailler. Il faut que les institutions se mobilisent ! » Pour Mounir Mahjoubi, la réponse est complexe. « De quelle façon les administrations peuvent-elles acheter des choses nouvelles ? Cela nécessite une transformation profonde de la philosophie de nombreux acteurs. Car pour un acheteur public, les start-up cumulent a priori tous les risques possibles de mauvaise dépense publique. Les clauses existent, pour faciliter ce type d’achat. Mais elles ne sont pas encore suffisamment utilisées. »
Le numérique, une « lame de fond ». Pour Brune Poirson, le numérique est « une lame de fond, un changement de paradigme » comparable à une « révolution copernicienne, qui pose des questions très profondes, avec un changement de philosophie à mener dans nos propres administrations ». Sans oublier pour autant les réalités économiques, incontournables. « En matière d’énergie, qui paye, par exemple, pour les lignes à haute tension, qui sont la base du service public ? », relève-t-elle, face à de jeunes pousses qui entendent proposer des innovations de rupture.










