Défaillances d'entreprises : le combat de la prévention
Des défaillances d’entreprises au plus bas depuis 35 ans. C’est le constat dressé par l’institut Altares pour 2021 en France. L’Occitanie s’inscrit pleinement dans cette tendance, avec un recul des redressements et liquidations judiciaires de 15,9 % sur un an. En 2020 déjà, elles avaient baissé de 40 % par rapport à 2019. « Une baisse en trompe-l’œil, estime Michel Binier, président du tribunal de commerce (TC) de Perpignan. Quand la perfusion d’argent public cessera (PGE, report d’échéances, etc., NDLR) et que les créanciers tels que l’Urssaf reprendront leurs assignations au printemps prochain, surviendra mécaniquement un rattrapage. »
Prévention
Inquiets pour l’avenir des entreprises, les TC misent sur la prévention trop souvent boudée par les dirigeants. « Il y a une diminution sensible des entretiens en prévention », constate Laurent Granel, président du TC de Haute-Garonne. « Les entreprises ne doivent pas rester attentistes », martèle Jean-Pierre Cassan, président du TC de Narbonne. D’autant plus que certaines procédures sont confidentielles. « Avant la cessation de paiement, il est possible de demander un étalement des dettes publiques, de faire appel à un mandat ad hoc ou de lancer une procédure de conciliation », rappelle Éric Gillis, expert-comptable à Toulouse. Les comptes annuels des entreprises sont aussi un bon indicateur permettant aux juges de détecter, en amont, d'éventuelles difficultés. Encore faut-il qu'ils soient déposés… « Seules 40 % des 60 000 entreprises héraultaises s’en acquittent », déplore Nadine Baptiste, présidente du TC de Montpellier.
Travail d’équipe
L'action des TC nécessite le concours de l’ensemble de l’écosystème administratif, à commencer par les succursales départementales de la Banque de France et les CCI. « L’urgence est aussi de redonner aux commissaires aux comptes leurs prérogatives (antérieures à la loi Pacte de 2019, NDLR) », estime Jean-Marie Albouy, président du TC de Nîmes. Un avis partagé par Guy Boulet, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes Montpellier-Nîmes. « Désormais, seules les entreprises dépassant deux des trois seuils suivants ont l’obligation de nommer un commissaire aux comptes : avoir un total de bilan de 4 M€, un CA de 8 M€ et cinquante salariés », détaille-t-il. Leur mission est pourtant essentielle, comme l'explique ce dernier : « Lorsque nous détectons des difficultés dans une entreprise, nous demandons des précisions au dirigeant et, si celles-ci ne lèvent pas nos inquiétudes, nous alertons le TC ». Les experts-comptables ont également un rôle clé à jouer, rappelle Nadine Baptiste, qui les appelle à « mieux informer leurs clients sur les différentes possibilités de règlement d’une difficulté ».
Ainsi, malgré des défaillances au plus bas, « l'entrepreneuriat n’est pas un long fleuve tranquille », rappelle Jean-Marie Albouy, qui face au taux élevé de créations d'entreprises (10 000 dans l'Hérault en 2021 au lieu de 7 000 d'ordinaire) insiste sur l'importance de la préparation. Et d'estimer : « Tout le monde n'est pas fait pour ça. »










