De la création des caves coopératives - Entretien avec Jean Clavel, historien de la viticulture
La première initiative de création de cave coopérative fut liée au début du siècle au développement du chemin de fer et des coopératives de consommateurs situées en région parisienne et dans les régions industrielles. Les coopératives de consommateurs passaient alors des contrats avec des producteurs de la région qui s’étaient regroupés. Cela n’a pas duré car des problèmes techniques se sont vite fait ressentir. « Les petits producteurs apportaient leur vin en vrac sur le quai de la gare et ils le versaient dans un wagon-foudre. On a très vite constaté des altérations du vin», raconte Jean Clavel. C’est donc l’échec de ce type de coopératives vers 1910. « Cela aura tout de même eu le mérite de démontrer les problèmes techniques de la conservation du vin et la nécessité d’avoir un outil performant pour traiter la vendange et élaborer des vins dans de bonnes conditions », précise Jean Clavel. C’est pour répondre à ces exigences que des coopératives se sont mises en place au début du siècle. Les premières à faire leur apparition dans l’Hérault sont celles de Mudaison près de Montpellier et Maraussan près de Béziers. Mais la guerre de 1914 interrompt le mouvement. Il y avait alors une dizaine de caves coopératives. Une apogée entre 1950 et 1960« C’est surtout après 1945 que le développement des caves a été le plus fort, et cela malgré les oppositions politiques. Les petits producteurs avaient besoin de se regrouper et les grosses exploitations viticoles, qui avaient leur propre matériel, ne voyaient pas toujours cela d’un très bon œil, explique l’historien. Les caves coopératives trouvent leur apogée entre 1950 et 1960, date à laquelle les premières campagnes d’arrachage sonnent le temps des difficultés ». Selon lui, nous ne sommes qu’au début de la réduction de nombre de caves coopératives : « il est souhaitable qu’il reste une viticulture regroupée. » Pourtant, même ces regroupements souhaités ne sont aujourd’hui pas facilités. « Pour le moment, les investissements ne sont pas rentables au regard du prix du vrac. Difficile de faire un investissement, quel qu’il soit, dans le domaine coopératif. » Parallèlement, des dents grincent quant aux politiques mises en œuvre en faveur de la viticulture, à raison pense Jean Clavel. « Il n’y a pas de politique nationale viticole cohérente. On annonce qu’il faut jouer la carte de la décentralisation et des politiques de bassin et les décisions nationales ne reflètent pas cette démarche. Les collectifs ont de bonnes raisons de s’impatienter. ».En ces périodes de commémorations du centenaire de la révolte vigneronne de 1907, on tente les rapprochements. « Pour moi la gravité de la crise est de la même intensité. Toutefois, elle est différente dans le sens où le poids de la viticulture n’est pas le même. En 1907, il était dans toutes les communes et il entraînait toutes les autres activités. En 2007, l’activité est plus marginale et n’a pas autant de conséquence sur la vie et l’équilibre de la société actuelle»,/, conclue Jean Clavel.Les grandes dates 1919 : Loi sur l’organisation des appellations en France1934: Statut du vin à l’initiative du député de l’Hérault Edouard Barthe. Définition de règles de production avec le soutien de l’Etat. « Ce statut du vin a permis à la viticulture de vivre jusque dans les années 1960. Il y avait alors une véritable régulation du marché», explique Jean Clavel.Années 60 : Arrivée de l’Europe avec de nouvelles règles. En plus, le système sur le statut du vin était assez coûteux pour l’Etat. 1950 : Arrivée de la capsule Congé. « Avec la mise en place de la capsule fiscalisée, les droits de chaque bouteille sont payés par l’embouteilleur. Des distributeurs de toute sorte de produits se sont mis à vendre du vin », explique Daniel Bessière, pdg de la Maison Bessière.1965/70 : Essor de la grande distribution et de la mise en bouteille sur le lieu de production1980 : Les accords européens de Dublin. « A cette époque, le 1er ministre anglais Margaret Tatcher s’est opposée à la politique européenne dans laquelle étaient financés les excédants dans tous les domaines agricoles. A cette occasion, tous les financements démagogiques de la production viticole ont disparu. A cette époque, 30% du chiffre d’affaires des caves coopératives provenaient des subventions. Cela a été un basculement vers une gestion plus intelligente du marché », explique Jean Clavel.N.B.










