Dans un contexte difficile, Arterris veut développer son pôle de production
« La campagne 2021-2022 a été excellente, la meilleure que le groupe Arterris ait enregistré (CA : 1,2 Md€, NDLR), mais 2022-2023 sera probablement la pire de notre histoire », affirme Christian Reclus, directeur général de la coopérative audoise (15 000 agriculteurs coopérateurs en Occitanie et Paca, 2 300 salariés). En cause, de mauvaises récoltes, mais également la hausse du coût de l’énergie. « Avec une multiplication par trois de nos factures, 10 M€ d’EBE pourraient être perdus », estime le dirigeant. Malgré le contexte défavorable, la coopérative veut aller de l’avant. Après avoir axé son action sur le développement agroalimentaire, elle mise désormais sur son pôle de production, qui a généré un CA de 738 M€ l’an dernier.
Déprise agricole
« Le chiffre d’affaires du pôle agricole est en hausse (600 M€ en 2020-2021, NDLR), poussé par la hausse du coût de l’alimentaire », explique Christian Reclus. De bons chiffres qui cachent cependant une réalité moins rose : « Une véritable déprise est constatée sur l’arc méditerranéen. Entre 2010 et 2020, 110 000 ha de grandes cultures ont été transformés en prairies en Occitanie sans que le cheptel n’augmente pour autant », alerte Jean-François Naudi, président de la coopérative. Et d’expliquer : « Sur ces zones où les rendements sont assez faibles, certains agriculteurs constatent qu’il est plus rentable de laisser les surfaces en prairie en touchant les aides de la Pac (Politique agricole commune) plutôt que de les cultiver. »
Des productions à haute valeur ajoutée
Souhaitant défendre la souveraineté alimentaire, la coopérative agit pour inverser la tendance, multipliant les initiatives encourageant les adhérents à diversifier leur activité vers des productions à plus haute valeur ajoutée, par définition plus rentables. Premier collecteur français de blé dur, la coopérative est engagée auprès de Panzani dans une démarche de « blé responsable » valorisée par l’industriel des pâtes. La coopérative a également développé une filière meunerie pour valoriser le blé de ses adhérents. 75 000 t de farine ont été produites l’année dernière, pour un chiffre d’affaires de 32 M€. « En 2023, 100 000 tonnes de blé iront vers nos deux moulins, situés dans l’Ariège et dans l’Aude », indique Christian Reclus.
La coopérative envisage également de développer la culture de sorgho, peu gourmande en eau. « 27 000 tonnes ont été produites l’année dernière, mais nous avons largement de quoi doubler les surfaces et les volumes », estime le dirigeant, qui mise aussi sur la culture de riz de Camargue ou sur le renforcement de la culture de légumes frais. « Nous cherchons une quinzaine de producteurs de légumes-racines, notamment dans l’Hérault et dans le Gard, et une dizaine de producteurs d’asperges dans l’Aude. La demande est là », précise Christian Reclus.
Productions animales : saisir les opportunités
Arterris reste convaincue du potentiel de ses filières de production animales – qui génèrent un chiffre d’affaires de 101,4 M€ – même si la consommation de viande tend à diminuer. « La France importe encore beaucoup de viande car l’offre n’est pas suffisante. Il y a une place à prendre », estime le directeur général. Ainsi, Arterris souhaite intensifier sa production de canards gras (+ 30 %), localisée dans le Tarn et la Haute-Garonne, « loin des foyers de grippe aviaire ». La coopérative veut également produire annuellement 4 à 5 000 bœufs Occitalia – sa marque premium –, contre « environ 1 000 aujourd’hui », et recruter des éleveurs d’agneau sous la mère. « Il y a des ruptures d’approvisionnement sur cette filière, nous pouvons être vecteurs de solution », conclut le dirigeant.










