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Languedoc-Roussillon
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Commerce - Artisanat / Conjoncture
| 28/05/2020

Crise économique en vue : comment les entreprises peuvent s'y préparer

Tout le monde la redoute mais sait pourtant qu’elle va arriver. Après la crise sanitaire, la crise économique. « Mon degré d’inquiétude est très élevé, alerte Jean-Marie Albouy, président du tribunal de commerce de Nîmes. Nous estimons qu'environ 20 % des entreprises ne survivront pas à la crise liée au Covid-19. » De Nîmes à Perpignan, toutes les professionnels interrogés par La Lettre M avancent le même pronostic. Michel Binier, président du tribunal de commerce de Perpigan craint « une envolée des procédures collectives dès le mois de mai et surtout en septembre-octobre alors que leur nombre avait fortement baissé ces dernières années. » Au coeur du réacteur des entreprises, les experts-comptables confirment : « Je suis de ceux qui pensent que les mois qui vont courir de septembre à début 2021 vont être difficiles. Si rien n’est fait, 20 % de notre clientèle sera en cessation de paiement », indique Philippe Lamouroux, expert-comptable à Alès et président de l’ordre des experts-comptables région Montpellier, alertant sur l'arrivée d'un « deuxième mur de trésorerie ».

Bombe à retardement
Si la rapidité de mise en place des mesures compensatrices par l’Etat suite au confinement est saluée par tous, leurs effets secondaires et à retardement sont tout autant redoutés. Aujourd’hui, l’activité des entreprises redémarre, « mais en mode dégradé », poursuit Philippe Lamouroux. Ce mode dégradé se traduit par un chiffre d’affaires et une productivité moindres : « cela signifie que les entreprises vont fonctionner mais…à perte, et avec des coûts supplémentaires qui agissent comme un poison lent. Les reports d’échéances fiscales et sociales, le PGE (prêt garanti par l'État, NDLR), vont être à payer en fin d’année. » Des aides gouvernementales à utiliser donc avec prudence recommande Nadine Baptiste, présidente du Tribunal de commerce de Montpellier car « il va bien falloir les rembourser ».

Le PGE, un faux-ami
« Je me demande si le PGE n’est pas un faux-ami, confie de son côté MeJean-Charles Simon, du cabinet d'avocats Simon Associés, dont l’une des spécialités est les entreprises en difficulté. Que va-t-il se passer si le bilan des entreprises est durablement affecté? Sans recapitalisation des entreprises, la situation va se dégrader et cela sera pire d’ici un à deux ans. » Pour l’avocat d’affaires, « le PGE a permis d’éviter un tsunami sur l’économie française - qui aurait tout emporté sur son passage - mais la houle qui se forme actuellement va durer des mois et elle emportera à son tour les entreprises les plus fragiles. »

L'urgence d'anticiper
Une seule solution selon MeJean-Charles Simon : anticiper, « en ouvrant le capital par exemple, en allant chercher de nouveaux financements. Toutes les entreprises qui tarderont à sortir du dispositif PGE vont être soupçonnées d’être fragiles. Les banques vont faire des analyse métiers et sectoriseront leurs clients. Si le PGE n’est pas remboursé mais que cela est considéré comme normal vu le secteur d’activité de l’entreprise, pas d’inquiétude. Si, au contraire, la reprise de l’activité du secteur de l’entreprise concernée devrait permettre le remboursement du PGE dans les temps, les banques ne suivront pas ce client dans d’autres projets. »
Et le juriste de rappeler que les entreprises sont aujourd’hui dans un contexte de crise globale : « ce n’est pas seulement l’offre ou la demande qui est atteinte mais bien l’offre et la demande. L’entreprise est confrontée à gérer des situations délicates aussi bien en tant que fournisseur que client et cela la rend d’autant plus fragile. La relation avec le client et le fournisseur doit donc là aussi être anticipée, le droit des contrats est là pour ça. »

Mesures d'accompagnement
Plans de relance du tourisme, du secteur automobile, … les annonces de l’État pour accompagner la reprise d’activité arrivent. « Ces mesures d’accompagnement sont vitales, poursuit Philippe Lamouroux de l'ordre des experts-comptables. Nous poussons pour qu’elles se mettent en place au plus vite car il n’y a rien de pire que l’incertitude pour un entrepreneur. » Les experts-comptables proposent aussi de puiser dans l’épargne des Français. « Ces derniers temps, il y a eu trois plus d’épargne que d’habitude, il faut trouver des mesures pour inciter les épargnants à sortir cet argent. Cela pourrait être une baisse de la TVA sur certains produits comme par exemple passer la TVA de l’hôtellerie-restauration à 5,5 %. Cela redonnerait à ces professionnels un potentiel de marge et financerait ainsi les surcoûts liés à la mise en place des mesures de distanciation et la perte de productivité qu’il va y avoir. »
Autres mesures appelées des voeux des experts-comptables: un étalement des charges et des loyers mais aussi des échéances du PGE. « Faire remonter le PGE en haut de bilan, en quasi fond propre, peut être une solution pour l’entreprise en difficulté. Car il ne faut pas oublier que le PGE est à ce jour un emprunt qui risque de dégrader le ratio d’autorisation des banques pour effectuer d’autres investissements pour l’entreprise. »

Les outils des tribunaux de commerce
Les tribunaux de commerce soulignent de leur côté d’autres services méconnus de la juridiction, à l’instar des Modes alternatifs de résolution des différends (ou Mard) destinés à trouver une solution globale, amiable, aux différends entre deux sociétés avec l’intervention d’un juge et en présence des avocats. Depuis Perpignan, Michel Binier, président, insiste sur les procédures de prévention : mandat ad hoc et conciliation. « Ces dispositifs amiables et confidentiels, non publiés sont mis en place à l’initiative du chef d’entreprise. Pour l’heure, nous n’avons eu qu’un ou deux appels, s’inquiète-t-il. Ces mesures amiables présentent des taux de réussite largement supérieurs à ceux des procédures contentieuses qui aboutissent très souvent à la liquidation immédiate de l'entreprise. »

La relocalisation de la production
Quant à la relocalisation des entreprises de production, « il faut mettre en place des dispositifs incitatifs, et rapidement car nos voisins allemands sont déjà repartis par exemple, prévient Philippe Lamouroux. Cela peut se traduire par une incidence fiscale sur l’amortissement d’un investissement industriel, un impôt sur la production à revoir - le 
CFE est encore beaucoup trop lourd -, des taxes foncières allégées sur les usines… »

La rédaction / redaction.montpellier@lalettrem.net
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